A travers la haie de bambou...

jeudi, 5. janvier 2017 - 16:31:28

(VOVworld) - Au Vietnam, si l’on parle de village, on est aussitôt assailli par des images, des images d’estampes populaires : une haie de bambou, un embarcadère, une grande maison communale, un vieux banian séculaire... Mais au-delà de ces images, le village vietnamien, c’est un art de vivre à part entière : un art de voisiner, bien sûr, mais aussi et surtout de former une communauté soudée à laquelle l’artisanat sert bien souvent de trait d’union.  

« L’autorité de l’empereur s’arrête à la haie de bambou du village », avait-on coutume de dire jadis. Eh bien, cette haie, nous allons jeter un coup d’oeil indiscret à travers pour tenter de découvrir ce qui fait tout le charme de... la vie dans nos campagnes. C’est ainsi, du reste, que s’intitule cette nouvelle rubrique que nous inaugurons aujourd’hui. 

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Les archéologues ont réussi à démontrer qu’au Vietnam, les villages avaient fait leur apparition en même temps que la riziculture inondée dont ils ont toujours été indissociables.  Ils ont en fait été constitués par des agriculteurs venus des montagnes qui ont tissé des liens entre eux : liens de voisinage, bien sûr, mais aussi de parenté dans bien des cas. Et comme naturellement il a bien fallu construire des digues ou creuser des arroyos, que ces travaux nécessitaient la participation de toute une collectivité, très vite, des regroupements se sont faits, d’abord sous forme de hameaux, puis de villages.    

Alors cette communauté villageoise avait deux raisons d’être essentielles : les travaux agricoles, en ce qu’ils avaient de collectivistes, mais aussi la lutte contre les éventuels envahisseurs, le paysan se transformant en soldat le cas échéant. Très rapidement au cours de l’Histoire, le village s’est imposé comme unité administrative de base, avec sa maison communale pour centre névralgique, et sa porte pour délimitation.  Et c’est d’ailleurs ce qui frappe de prime abord : cet aspect de forteresse campagnarde, avec une haie de bambou en guise de rempart et une porte à laquelle n’aurait manqué qu’un pont-levis. Trân Huu Son, folkloriste :    

«La porte du village marque la délimitation entre deux zones bien distinctes : le village proprement dit, avec ses maisons, et la campagne environnante, avec ses champs et ses rizières. Mais c’est avant tout un ouvrage défensif qui est complété par la haie de bambous, et qui permet de faire du village une forteresse inexpugnable. Sinon, sur le plan esthétique, cette porte a évidemment une valeur presque emblématique, avec ses sentences parrallèles de chaque côté... Vous savez, un Vietnamien digne de ce nom gardera toujours gravé dans son coeur le souvenir de la porte de son village natal!...»   

C’est vrai, et de ces portes mi-arcs de triomphe, mi-totems, on peut encore en admirer des milliers au Vietnam.

Mais franchissons-là donc, cette porte. En général, elle ouvre sur l’artère principale qui conduit tout naturellement à la maison communale, laquelle jouxte bien souvent le sanctuaire dédié au génie tutélaire des lieux. Dinh Hông Hai, de l’Université nationale de Hanoï :

« Il y a un proverbe qui dit que les habitants d’un village ne battent que le tambour qui est le leur et n’honorent que le génie tutélaire qui est le leur. Sous-entendu : il n’est pas question de confondre ce village-ci avec ce village-là, chacun veillant jalousement à son prestige. Et sur le plan architectural, ce prestige, c’est la maison communale qui l’exprime le mieux. »            

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La maison communale, donc. C’est un lieu dédié, bien sûr, aux activités communautaires, et qui est appelé à devenir le théâtre des grands évènements, des grandes festivités qui rythment la vie du village.

Autres éléments qui participent de cette image archétypique du village vietnamien : le puits, qui en reflète la tranquilité, et le banian séculaire, témoin par excellence des vissicitudes de l’Histoire.             

Dans l’ensemble, les villages vietnamiens, ceux du delta du fleuve Rouge notamment, présentent une structure tout à fait cohérente, avec tout un réseau de chemins pavés qui permettent de s’y déplacer aisément et qui facilitent le transport autant que les communications. Par ailleurs, il faut savoir que chaque village dispose de son propre code moral et civique et que par conséquent, ce qui est permis ici, ne l’est pas nécessairement ailleurs...   

Cette culture villageoise a profondément marqué les esprits, génération après génération : elle est très solidement ancrée dans le coeur des Vietnamiens. De nos jours, elle représente cette petite part d’intemporel à laquelle chacun a besoin de se rattacher...