Egypte, un an après l’arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi


(VOVworld) - Dimanche 30 juin, Mohamed Morsi fêtera sa première année à la présidence de l’Egypte… avec beaucoup moins d’optimisme qu’au moment de son investiture, lorsqu’il promettait aux Egyptiens une démocratie authentique. A présent, M.Morsi fait face au risque de devoir céder à la pression populaire en démissionnant. Et pourtant, parmi ses détracteurs, plusieurs avaient appelé, il y a un an encore, au respect du résultat de l’élection présidentielle.

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Opposants à Mohamed Morsi réunis place Tahrir, au Caire mercredi, pour suivre la retransmission de l'intervention télévisée du président égyptien sur écran géant. Lors de son discours, Mohamed Morsi a estimé que l'affrontement politique actuel menaçait la démocratie et risquait de plonger l'Egypte dans le chaos. /Photo prise le 26 juin 2013/REUTERS/Asmaa Waguih (c) Reuters


Il y a un encore an, le président élu Mohamed Morsi n’aurait pas pu imaginer que son parcours serait aussi chahuté, rien qu’au cours de la première des 4 années de son mandat. Les Egyptiens sont mécontents de sa gouvernance, tant sur le plan politique que sur le plan socio-économique. Ils estiment qu’aucun changement positif n’a été enregistré. La crise économique continue de ruiner le pays. Les prix ont doublé par rapport à la fin de l’année passée. En 11 mois, de juillet 2012 à mai 2013, le déficit budgétaire s’est élevé à près de 30 milliards de dollars, soit 11,8% du PIB. Il y a un an, ce chiffre n’était que de 20 milliards de dollars. Quant à la dette extérieure de l’Egypte, elle a également augmenté de 15,5% pour dépasser les 38 milliards de dollars. Le taux de chômage, lui, a atteint 13%.

Sur le plan politique, Mohamed Morsi tente de s’emparer de tous les pouvoirs. Il vient de nommer bon nombre de ses proches aux postes de gouverneurs provinciaux. Les Frères musulmans contrôlent désormais 10 des 27 villes et provinces du pays, dont certaines passaient autrefois pour être des bastions de l’opposition.

Les Egyptiens sont frustrés. Un sondage d’opinion publié le 17 juin dernier par l’institut Zorby montre que le président Morsi n’inspire plus confiance qu’à 28% de la population. Il y a un an, ce chiffre était de 57%.

Le mécontentement des Egyptiens se traduit par un nombre inégalé de manifestations. Le Centre de Développement International a recensé, depuis un an, 9.427 manifestations contre Mohamed Morsi. C’est 7 fois plus que sous le règne de Hosni Moubarak, qui avait été renversé début 2011 après être resté 30 ans au pouvoir! Et ce n’est pas tout. L’opposition a appelé à une vaste campagne de contestation dans l’ensemble du pays, dimanche 30 juin, pour réclamer la démission du chef de l’Etat et l’organisation d’élections présidentielles anticipées. Le groupe d’opposition Tamrod a pu d’ores et déjà collecter 15 millions de signatures demandant la révocation du président Morsi. Rappelons que lors du deuxième tour du dernier scrutin présidentiel, 13 millions de personnes avaient voté pour lui.

Face à cette situation, Mohamed Morsi est apparu mercredi à la télévision pour promettre des réformes et appeler au dialogue national. Il a averti que la division politique avait atteint un niveau tel qu’elle pourrait menacer la démocratie, paralyser le pays et provoquer l’instabilité. Néanmoins, ce discours n’a pas suffi à faire retomber la tension. Le lendemain, l’opposition et les forces révolutionnaires égyptiennes ont publié leur plan de transition au cas où le président Morsi démissionnerait. Ce plan consiste à dissoudre le Sénat qui est contrôlé depuis un an par les islamistes, à suspendre la Constitution actuelle pour en élaborer une nouvelle. Un Premier Ministre indépendant serait élu pour diriger un gouvernement technocrate ayant pour mission de mettre en place un programme économique d’urgence et des politiques d’égalité sociale.

Contrairement à la liesse populaire d’il y a un an, l’Egypte s’enfonce aujourd’hui dans une crise générale. Les perspectives sont sombres.

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