Regain de tension entre l’UE et la Turquie

(VOVworld) – Le Parlement européen a voté le 24 novembre dernier le gel des négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, en raison de la répression "disproportionnée" effectuée depuis le coup d'Etat avorté de juillet. Dès le lendemain, le président turc a menacé, en retour, d’ouvrir les frontières de son pays pour laisser  passer les migrants voulant se rendre en Europe. Le ton est donc une nouvelle fois monté entre Bruxelles et Ankara, mettant potentiellement à mal l'accord signé le 18 mars sur les migrants.

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Photo AP

Dans une résolution non contraignante mais symbolique adoptée à une très large majorité à Strasbourg, en France, les eurodéputés ont appelé à "un gel temporaire" du processus d'adhésion turque entamé en 2005. Bruxelles examine aussi la possibilité d’imposer des sanctions économiques contre Ankara.

La goutte d'eau qui fait déborder le vase

 Le président turc a immédiatement réagi à ce vote en menaçant de mettre fin au pacte sur les migrants signé avec l’UE. « Ecoutez-moi bien. Si vous allez plus loin, ces frontières s’ouvriront, mettez- vous ça dans la tête ! », a lancé M. Erdogan lors d’un discours le 26 novembre à Istanbul tout en évoquant l'option d'un référendum de poursuivre ou non le processus d'adhésion à l'UE. Le chef de l’Etat turc a aussi réaffirmé qu’il promulguerait le rétablissement de la peine capitale et envisagerait de prolonger l’état d’urgence dans le pays.

En fait, le processus d’adhésion turque à l’UE est le plus long qui ait été engagé par ce bloc. Officiellement candidate à l'adhésion à l’UE depuis 1987, la Turquie n'a été reconnue comme  pays candidat qu'en 1999 et les négociations formelles qui sont engagées depuis 2005 semblent de plus en plus compromises. Les mauvaises relations entre Ankara et Chypre, membre de l’Union et le ralentissement des réformes promises côté turc ont freiné le processus.  Mais au-delà du respect des exigences, l'adhésion turque reste un sujet sensible et polémique en Europe. En effet, si certains chefs d'Etat européens ont fait part de leurs réserves c’est parce la Turquie est un pays musulman. Jusqu’à présent, sur les 35 chapitres des négociations, treize ont été ouverts et un seul a pu être bouclé.

Et les conséquences seraient lourdes…

Cette tempête diplomatique fait tanguer le pacte conclu en mars entre le gouvernement turc et l’Union Européenne, visant à assécher le flux de passages clandestins vers l’Europe via les îles grecques en mer Egée. Près de 3 millions de Syriens sont réfugiés en Turquie. Elle risque aussi de favoriser le rapprochement entre Ankara et l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS). A plusieurs reprises, M. Erdogan a formé le projet de rejoindre cette organisation coparrainée par la Chine et la Russie dont la Turquie assurera la présidence tournante en 2017 du Club d’énergie. Alors que l’UE se montre sceptique à l’adhésion turque, la Chine s’est déclarée prête à donner la main à Ankara. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé que la Turquie était un partenaire de dialogue essentiel pour l’OCS et que Pékin accordait beaucoup d’importance au développement des relations entre la Turquie et cette organisation. La relation entre Ankara et Moscou se réchauffe de plus en plus. Récemment, la Turquie accélère les négociations pour acheter le système de missiles antiaériens russe ultra puissant S-400.

Les conséquences seraient donc lourdes si les menaces turques devenaient réalité.

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