Les rites funéraires des Lo Lo

(VOVWORLD) - Pour les Lo Lo, la mort représente le point de départ d’un nouveau cycle de vie. Après la mort, chacun retrouve ses ancêtres pour commencer une autre vie. De fait, la disparition de l’un des leurs ne les attriste que raisonnablement. Leurs rites funéraires sont, pour ainsi dire, moins chagrins qu’ailleurs.
Les rites funéraires des Lo Lo - ảnh 1Photo: cand.com.vn 

Le chaman joue un rôle primordial dans les obsèques Lo Lo. C’est lui qui veillera à ce que tous les rites soient strictement observés, à commencer par la préparation d’un plateau d’offrandes. Du coq, du riz gluant et de l’alcool y sont disposés. Dans la croyance populaire, le coq a pour mission de conduire le défunt à travers des collines élevées, de larges rivières et de longs ruisseaux jusqu’à sa terre d’origine. Les proches et les voisins apportent leur aide à la famille endeuillée en apportant de la nourriture pour compléter le repas funèbre. Lo Di Pao, un chaman Lo Lo de la province de Ha Giang, explique:

“Le premier jour des obsèques, il faut un coq parmi les offrandes. Le deuxième jour, celui de l’enterrement, il faudra, à défaut d’un boeuf, un porc. Tous les villageois viennent prêter main forte. Pour les remercier, la famille endeuillée leur prépare un repas. Les obsèques durent deux jours, et s’achèvent après l’installation d’un autel dédié au défunt. Les rites commémoratifs annuels se dérouleront à la pleine lune du 7ème mois lunaire et à l’anniversaire de sa mort.”

Il n’y a pas de funérailles Lo Lo sans deux tambours de bronze, un mâle et une femelle, cette dernière étant plus grande et résonnant plus fortement. Ils représentent des biens précieux pour cette communauté et sont indispensables dans les cérémonies religieuses d’accompagnement des défunts. Les tambours sont censés porter l’âme des Lo Lo. Ils croient que guidés par le son du tambour, les défunts retrouveront leurs ancêtres. C’est pourquoi seul le patriarche de la famille ou du village possède le droit de les conserver. Chaque gardien ne peut avoir chez lui qu’un seul instrument, utilisé uniquement à l’occasion de funérailles. Il est donc indispensable que deux personnes différentes dans chaque village veillent sur eux. Lu Di Dieng, un membre de cette ethnie, précise:

“Normalement, le tambour est conservé sous terre. Lorsqu’il y a des funérailles, on le déterre pour l’utiliser. La famille endeuillée doit aller emprunter ces tambours et remercier ceux qui les prêtent en présentant, sur leur autel des ancêtres, du poulet et du riz gluant cuit à la vapeur. Une fois les obsèques terminées, elle rendra les tambours en apportant d’autres offrandes.”

Persuadés que leurs morts commenceront une autre vie dans un autre monde, les Lo Lo mènent leurs funérailles de façon plutôt animée avec des déguisements, des danses et des acrobaties. Les femmes arborent leurs plus belles parures et dansent au son des tambours de bronze. Quatre jeunes hommes se déguisent en hommes sauvages en enroulant des lianes autour de leur corps pour se livrer à une autre danse, plus rituelle, appelée la “danse des esprits” ou la “danse des hommes sylvestres”. Les jeunes ayant le rôle d’hommes sylvestres ne doivent pas être mariés. Dans la croyance Lo Lo, ces déguisements faits de feuilles les fera ressembler à leurs ancêtres, lesquels finiront par reconnaître et accepter le défunt dans leur monde. Au son des tambours, le cortège danse en reproduisant des gestes typiques agricoles, tels que le repiquage du riz, la plantation du maïs, le pilage du riz, le tissage et bien d’autres.

La manière de porter le deuil chez les Lo Lo est aussi très particulière. La tradition veut que les fils ne portent que le deuil de leur père mais pas celui de leur mère, et inversement pour les filles. En signe de deuil, les femmes couvrent leur tête avec un vêtement. Le deuil s’achève après la cérémonie d’exhumation des ossements qui seront par la suite réinhumés. Il arrive aussi qu’une fille porte le deuil de sa mère en cachant une mèche de cheveux de celle-ci dans un endroit tenu secret. Lorsque la fille meurt, elle sera enterrée avec cette mèche.

Modernisation oblige, les rites funéraires des Lo Lo se sont beaucoup simplifiés. La danse des hommes sylvestres est devenue aujourd’hui un numéro artistique à vocation touristique. La culture des Lo Lo est désormais mieux connue hors de leur communauté, qui en tire profit. 

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