Le 26 juin, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé avoir mené des frappes contre des cibles iraniennes, en représailles à une attaque contre un navire marchand transitant par le détroit d'Ormuz la veille. Les opérations américaines se sont poursuivies le 27 juin, provoquant une riposte de Téhéran, qui a lancé des missiles et des drones contre des bases militaires américaines à Bahreïn et au Koweït.
La spirale des représailles
Les affrontements survenus ce week-end marquent la plus grave escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran depuis la signature, le 17 juin, du mémorandum d'entente sur la fin des hostilités, également appelé «mémorandum d'Islamabad». Les deux pays s’accusent mutuellement d'avoir violé le cessez-le-feu, tandis que les déclarations de leurs dirigeants témoignent d'un net durcissement du ton. Le président américain Donald Trump a averti que “l'Iran cesserait d'exister” si Washington relançait sa campagne militaire. Téhéran a, de son côté, assuré être prêt à intensifier le conflit si les États-Unis poursuivaient leurs frappes.
Selon les observateurs, la nouvelle montée des tensions entre les États-Unis et l'Iran tient à l'un des principaux sujets de désaccord entre les deux pays: le contrôle du détroit stratégique d'Ormuz. Près de 20% des exportations mondiales de pétrole et de gaz transitent par cette voie maritime, qui devait être entièrement rouverte à la navigation dans les 30 jours suivant la signature du mémorandum d'entente conclu entre Washington et Téhéran. Le désaccord porte sur l'interprétation de cet accord. Téhéran estime que le mémorandum lui reconnaît, avec Oman dans une certaine mesure, la compétence exclusive pour lever les restrictions et réglementer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, met ainsi en garde contre toute tentative susceptible de remettre en cause ce dispositif.
“Toute ingérence dans ce dossier ou toute tentative de mettre en place un nouveau mécanisme différent de celui de l’Iran, ne ferait qu'aggraver la situation. Elle retarderait la réouverture du détroit d'Ormuz et risquerait de provoquer une nouvelle escalade, à l'image des incidents survenus ces derniers jours», a-t-il déclaré.
Washington rejette pour sa part les accusations iraniennes. Le président américain Donald Trump a rappelé à plusieurs reprises que le mémorandum d'entente conclu entre les deux pays prévoyait la réouverture complète du détroit d'Ormuz à la navigation commerciale, sans que l'Iran puisse percevoir de droits de transit. Dès lors, toute entrave au passage des navires marchands constituerait, selon lui, une violation de l'accord. De son côté, l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a averti que l'utilisation du détroit d'Ormuz comme moyen de pression par Téhéran ne tarderait pas à perdre de son efficacité. Plusieurs États arabes du Golfe accélèrent en effet le développement de voies d'exportation alternatives, notamment par la construction d'oléoducs traversant le désert pour contourner le détroit.
“La patience du président Donald Trump a ses limites même si les discussions se poursuivent, en particulier au niveau technique, sur le déploiement des inspecteurs, les modalités de réduction de l'enrichissement de l'uranium et les autres mesures visant à garantir que l'Iran ne puisse jamais se doter de l'arme nucléaire”, a-t-il affirmé.
Des divergences d'interprétation de l'accord
La nouvelle montée des tensions entre les États-Unis et l'Iran, alors que les deux pays ont déjà signé un accord et poursuivent leurs négociations, montre que le risque d'un échec reste élevé. Elle révèle aussi des divergences dans l'interprétation du mémorandum en 14 points, notamment sur plusieurs dossiers sensibles: le détroit d'Ormuz, le conflit au Liban et les inspections des installations nucléaires iraniennes.
S'agissant du Liban, les États-Unis, Israël et le Liban ont signé, le 27 juin, un accord-cadre tripartite prévoyant la mise en place d'un mécanisme clair et structuré destiné à rétablir la souveraineté libanaise, à désarmer le Hezbollah et à permettre le retrait des forces israéliennes vers leur frontière une fois la menace contre leur population écartée. Or, ce texte ne fait pratiquement aucune référence au rôle de l'Iran. Une approche qui contraste avec la lecture de Téhéran, selon laquelle le mémorandum conclu avec Washington lui reconnaît un rôle accru dans la recomposition de l'équilibre politique au Liban et impose à Israël de mettre immédiatement fin à ses opérations militaires dans le sud du pays, une disposition qui n'a toujours pas été appliquée depuis la signature de l'accord.
Le dossier nucléaire iranien reste un autre point de désaccord entre les deux pays. Washington a affirmé à plusieurs reprises vouloir contrôler les stocks d'uranium enrichi de l'Iran. De son côté, Téhéran continue de défendre son droit à enrichir de l'uranium à des fins civiles, même à un niveau limité. Face à ces divergences, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, appelle les deux parties à respecter les engagements pris.
“Les déclarations parfois ambiguës, voire contradictoires, de part et d'autre, des États-Unis comme de l'Iran, s'expliquent en partie par des considérations politiques. Mais dans les faits, un accord a bien été conclu. Et pour qu'il soit respecté, l'AIEA devra pouvoir accéder aux installations et mener les inspections nécessaires”, a-t-il expliqué.
La question est désormais de savoir si les tensions militaires et les divergences d'interprétation du mémorandum d'entente entre les États-Unis et l'Iran pourraient conduire à son échec. Selon les observateurs, ce risque reste toutefois limité, les deux pays continuant de privilégier la voie diplomatique. Selon les médias américains, les deux pays sont convenus, le 28 juin, de suspendre immédiatement leurs attaques réciproques et de reprendre les négociations le 30 juin à Doha, au Qatar, afin de trouver un terrain d'entente sur le dossier du détroit d'Ormuz. Ces discussions devaient initialement se tenir en Suisse et porter sur le programme nucléaire iranien. Mais la dégradation de la situation dans le détroit d'Ormuz a conduit les deux parties à les déplacer à Doha et à recentrer les discussions sur la sécurité maritime stratégique.
