Cette visite a été l’occasion de faire le point sur les perspectives de coopération entre les deux pays et les priorités de leur partenariat stratégique global. Éléonore Caroit revient tout d’abord sur les ambitions communes de Paris et de Hanoï.

Éléonore Caroit: Nos présidents ont défini des priorités pour renforcer notre partenariat. Il s'agit de certains domaines qui sont considérés comme étant prioritaires, comme le ferroviaire, la santé, les minerais critiques, l'énergie, la recherche, la sécurité, la défense et j'en passe. En tant que ministre chargée de la francophonie, c'était aussi très important pour moi d'effectuer ce déplacement en Asie du Sud-Est, alors que nous sommes à quelques semaines du sommet de la francophonie qui se tiendra à Phnom Penh au mois de novembre. J'ai particulièrement à cœur de renforcer notre coopération dans la promotion et la diffusion de la langue française, mais aussi notre coopération dans les domaines culturels, artistiques, universitaires et la mobilité de nos jeunesses.

VOVWorld: Vous avez évoqué plusieurs domaines prioritaires de la coopération franco-vietnamienne, notamment le ferroviaire. À cet égard, vous avez participé, lors de votre visite, à la cérémonie de pose d’une plaque commémorative sur la ligne de métro numéro 3, reliant Nhôn à la gare de Hanoï. Quelles perspectives ce projet ouvre-t-il à de nouvelles coopérations dans le secteur des transports?

Éléonore Caroit: Le métro de Hanoï est un projet phare de notre coopération dans le secteur des transports et qui n'est qu'un début car il y a d'autres projets possibles et développements possibles. Mais ce projet est emblématique parce qu'il sert à la fois nos objectifs communs de réduction des émissions de CO2, de protection de l'environnement, de mobilité propre, en même temps qu'il améliore la vie de millions de Vietnamiens. Il illustre aussi la diversité de l'expertise française et à quel point elle est mise en œuvre pour aussi servir ces objectifs partagés, qu'il s'agisse des études qui ont été effectuées pour réaliser le métro, de la livraison des différentes composantes du métro, de toutes les étapes en réalité de la mise en œuvre de ce projet. Vous trouvez un savoir-faire français et aussi un transfert de compétences et une formation qui permettent à ces projets d'être soutenables et au Vietnam d'assurer sa souveraineté.

VOVWorld: Vous avez également visité la centrale hydroélectrique de Hoa Binh, dans le cadre de son extension, ainsi qu’un projet de développement urbain adapté au changement climatique. En quoi ces projets contribuent-ils aux objectifs de développement durable du Vietnam?

Éléonore Caroit: C'était un projet très important parce qu'il permet justement la fourniture d'électricité, d'énergie pour un nombre très important de Vietnamiens. Je vous parlais juste à l'instant du projet de métro de Hanoï qui permet à 6,4 millions de voyageurs de se déplacer tous les ans. Tous ces projets ont des impacts très concrets sur les populations. Et tous ces investissements, tous ces projets s'inscrivent dans l'objectif du Vietnam de neutralité carbone d'ici 2050 et c'est la raison pour laquelle nous sommes fiers de les accompagner.

VOVWorld: Au-delà des infrastructures et de la transition écologique, les minerais critiques représentent également un enjeu stratégique pour les deux pays. Quels intérêts la France et le Vietnam ont-ils à renforcer leur coopération dans ce domaine?

Éléonore Caroit: Il s'agit encore une fois de la question de la souveraineté qui est essentielle pour la France comme pour le Vietnam. Le Vietnam souhaite mieux connaître ses ressources minérales, les développer et assurer leur extraction et leur transformation de manière durable. Dans ce sens, la lettre d'intention qui a été signée entre les autorités françaises et vietnamiennes est une avancée considérable qui nous permet de définir nos objectifs communs. Cela permet au bureau de recherches géologiques et minières, à l'Agence française de développement et aux autorités géologiques vietnamiennes de travailler ensemble, de partager leur expertise au bénéfice de cet agenda. Cette coopération renforcera les capacités industrielles vietnamiennes tout en diversifiant nos approvisionnements en minerais essentiels à la transition énergétique. C'est bien l'exemple d'un partenariat où nous avons des objectifs partagés et intérêt à travailler ensemble.

VOVWorld: Vous avez rencontré plusieurs entreprises françaises lors de votre déplacement. Comment ces échanges peuvent-ils contribuer à accroître les investissements français au Vietnam?

Éléonore Caroit: Les entreprises françaises qui sont déjà présentes au Vietnam connaissent le marché, ont déjà répondu à certains des objectifs prioritaires du gouvernement vietnamien et je pense que l'on peut faire encore plus. L'objectif de ma visite, c'est aussi de parler du Vietnam en France et d'attirer davantage d'investissements français dans votre pays. Nous avons des entreprises qui sont leaders dans les secteurs stratégiques que le Vietnam souhaite développer pour assurer sa souveraineté. Il est important qu'elles puissent répondre aux appels des autorités vietnamiennes et se positionner sur ces projets très importants pour, une fois de plus, souveraineté et durabilité. Je suis confiante pour ma part que l'accord entre l'Union européenne et le Vietnam favorisera encore davantage ces échanges dans un cadre élargi, dans un cadre européen.

VOVWorld: Au-delà des projets économiques et industriels, la relation franco-vietnamienne repose également sur des liens humains et historiques anciens. Sur quels acquis la France et le Vietnam peuvent-ils s’appuyer pour renforcer les échanges entre leurs populations?

Éléonore Caroit: Il y a de nombreux appuis pour approfondir ces liens qui sont déjà très forts. Malgré une histoire qui, parfois, a été douloureuse, nous avons une langue qui est très largement parlée dans votre pays, une volonté de travailler et d'avancer ensemble. Nous avons déjà, depuis des décennies, mis en place des filières d'enseignement qui ont permis, notamment, la formation de plus de 3000 médecins vietnamiens. C'est aussi le cas dans d'autres secteurs. Je pense qu'il faut maintenant élargir ces coopérations pour favoriser le point qui me paraît essentiel, c'est la mobilité de notre jeunesse et les échanges qui peuvent se faire entre les jeunes générations.

VOVWorld: Dans cette perspective, les jeunes ont un rôle essentiel à jouer pour faire vivre et renouveler cette relation. Quelles nouvelles possibilités de mobilité et d’échanges souhaitez-vous développer pour les jeunes Français et Vietnamiens, notamment dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la formation?

Éléonore Caroit: Justement, je pense que c'est la priorité sur laquelle nous devons concentrer tous nos efforts. Il faut aller plus loin, aller plus vite et aller dans des secteurs dans lesquels nous ne sommes pas encore présents, car nous avons beaucoup de choses à faire ensemble. Très concrètement, cela veut dire la mise en place de doubles diplômes, de formations qui permettent ces échanges et ces voyages universitaires dans les secteurs qui sont identifiés comme étant des secteurs d'avenir, l'intelligence artificielle, le quantique, le spatial. Et puis, il y a déjà des programmes qui existent, comme le programme Hubert Curien Hoa Sen Lotus, qui permet à des jeunes chercheurs, justement, de réaliser ces échanges, et beaucoup d'autres programmes avec les universités et les écoles d'élite du Vietnam et de France. Maintenant, il faut, encore une fois, creuser pour trouver les opportunités. Cela passe aussi par l'étape d'après, c'est-à-dire les stages que les jeunes Vietnamiens peuvent réaliser dans des entreprises françaises ou que les jeunes Français peuvent réaliser ici au Vietnam. Et enfin, des échanges culturels, sportifs. Je vous le disais, dans tous les domaines, nous avons de la place pour des échanges entre nos jeunesses.

VOVWorld: Parallèlement aux échanges universitaires et à la mobilité des jeunes, la culture constitue elle aussi un terrain de rapprochement entre les deux pays. Quelle place la coopération culturelle et patrimoniale occupe-t-elle dans les relations entre la France et le Vietnam?

Éléonore Caroit: Une place essentielle, évidemment. Effectivement, j'ai pu découvrir ces itinéraires patrimoniaux au sein de la ville de Hanoi et voir à quel point cette coopération va bien au-delà de son aspect touristique, car ce sont derrière des chercheurs, des curateurs, des spécialistes du patrimoine qui permettent de le valoriser et de le transmettre non seulement aux touristes, mais aussi aux jeunes générations. Et notre coopération muséale est très importante, avec notamment le partenariat pour le musée de la victoire de Diên Biên Phu et le mémorial de Caen, qui est un projet phare et emblématique. Mais cela passe aussi par la restitution d'œuvres d'art et d'œuvres patrimoniales, comme par exemple le tambour de bronze de l'époque Dông Son, qui illustre notre engagement contre le trafic illicite de biens culturels.

VOVWorld: Au-delà de leur partenariat bilatéral, la France et le Vietnam partagent également des préoccupations sur plusieurs grands enjeux internationaux. Comment les deux pays peuvent-ils renforcer leur coopération dans les enceintes multilatérales et contribuer à répondre à ces défis?

Éléonore Caroit: La coopération entre la France et le Vietnam va bien au-delà de leurs relations bilatérales. Nous avons un véritable alignement en ce qui concerne la défense du multilatéralisme et puis la défense du droit international et de la Charte des Nations Unies. Nous sommes attachés au respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, le règlement pacifique des différends. Juste un mot pour vous dire que notre coopération et notre alignement se traduisent aussi par un attachement au commerce ouvert et régulé, sans coercition, dans le prolongement des accords de commerce et de protection des investissements qui ont été conclus entre le Vietnam et l'Union européenne et qui sont en cours de ratification dans les différents pays. Notre coopération se concrétise aussi par des avancées concrètes et des initiatives concrètes comme par exemple la protection de l'océan. Et nous avons l'an dernier tenu une grande conférence UNOC 3 à Nice et nous allons avoir la première COP Océan à New York en janvier. Je pourrais aussi vous parler de l'initiative pour la réouverture du détroit d'Ormuz. En tout cas, la multitude d'initiatives que nous soutenons montre bien notre attachement commun au multilatéralisme et, comme je vous le disais, au respect du droit international.

VOVWorld: Le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra en novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. Quelles ambitions la France et le Vietnam portent-ils lors de ce sommet?

Éléonore Caroit: Le prochain Sommet de la francophonie se tiendra en Asie du Sud-Est, 29 ans après s'être tenu ici, au Vietnam, et je pense que c'est un moment très important, aussi bien pour le Vietnam que pour la France. Sur le plan purement politique, l'ambition de ce sommet est de promouvoir la paix et le dialogue. C'est d'ailleurs au moment où le multilatéralisme est remis en cause et que des instances multilatérales plus flexibles, comme l'OIF, prennent aussi tout leur sens, car elles nous permettent d'avancer concrètement sur des sujets qui sont plus difficiles à porter dans d'autres instances. Mais ce sommet, ce n'est pas simplement un sommet politique ou un sommet de chefs d'État. Vous aurez une édition de la Francothèque, qui est un moment très attendu par les entreprises et par les acteurs du secteur privé. Vous aurez des rencontres entre les jeunesses, vous aurez des rencontres entre les élus. Bref, c'est un moment très important pour le monde francophone. Ce sommet me donne l'occasion de parler des engagements de nos présidents en ce qui concerne la francophonie. Ils souhaitent faire du français une langue d'opportunité, une langue de mobilité, renforcer les coopérations universitaires, mais aussi la recherche scientifique, mais aussi les échanges de jeunes professionnels, et en réalité montrer à toutes celles et ceux qui souhaitent apprendre notre langue qu'elle est vecteur d'opportunités. Et très concrètement, au Vietnam, cela passe évidemment par nos réseaux d'instituts français, de lycées français, mais cela passe aussi par le développement de l'enseignement de la langue française dans le réseau public vietnamien, avec notamment le label France Éducation, et en réalité une promotion beaucoup plus large.

VOVWorld: Enfin, ce sommet sera aussi l’occasion de mettre en lumière la place du français en Asie-Pacifique. Comment la France entend-elle profiter de cet événement pour développer l’apprentissage du français dans la région et mieux faire connaître aux jeunes les possibilités qu’offre cette langue?

Éléonore Caroit: Je pense qu'il faut utiliser ce sommet et le fait que la présidence de l'OIF sera désormais asiatique pour les prochaines années, pour profiter, pour développer la francophonie en Asie. Et pour développer la francophonie en Asie, il faut encore démontrer aux jeunes d'Asie du Sud-Est que la francophonie est un facteur d'opportunité, qu'en apprenant notre langue, ce sont des mobilités professionnelles, ce sont des rencontres, ce sont des opportunités pour leurs entreprises, et que donc, elles ont intérêt à apprendre le français. En plus, je l'espère, de l'envie que leur donne le fait de parler une autre langue.