Pour la première fois, les sciences et les technologies, l'innovation et la transformation numérique ne sont plus considérées comme de simples secteurs spécialisés, mais comme une priorité de l'ensemble du système politique, de l'administration centrale aux collectivités locales, du secteur public aux entreprises privées, de l'élaboration des politiques à leur mise en œuvre.

Au-delà des premiers résultats obtenus, la résolution marque surtout l'émergence d'un nouveau modèle de développement. Les sciences et les technologies, l'innovation et la transformation numérique sont appelées à devenir les principaux moteurs de la croissance, en remplacement progressif d'un modèle fondé sur le capital, l'exploitation des ressources naturelles et une main-d'œuvre à faible coût.

Une nouvelle approche de l'action publique

L'un des changements les plus significatifs observés depuis l'adoption de la résolution concerne le cadre institutionnel. Plus de 400 textes législatifs et réglementaires relatifs aux sciences, aux technologies, à l'innovation et à la transformation numérique ont été élaborés puis soumis aux autorités compétentes.

La philosophie de l'action publique a évolué. La gestion administrative de la recherche cède progressivement la place à une logique de création d'un écosystème favorable à l'innovation. Plusieurs mécanismes inédits ont ainsi été instaurés, notamment des dispositifs d'expérimentation réglementaire (sandbox), des modes de financement forfaitaires de la recherche, une plus grande acceptation du risque scientifique, ainsi que de nouvelles politiques en matière de propriété intellectuelle, de valorisation des résultats de la recherche et d'attraction des talents.

Parallèlement, le portail national des services publics regroupe désormais 3.475 procédures administratives. En 2026, le programme d'alphabétisation numérique Binh dân học vụ số a organisé 105 formations en ligne, réunissant plus de 880.000 participants. Le Vietnam dispose aujourd'hui de seize laboratoires nationaux de recherche de pointe.

Tout cela a été rendu possible par la résolution 57, comme l’affirme Nguyên Hai Ninh, chef du Bureau du Comité central du Parti.

«La résolution 57 joue aujourd'hui le rôle d'un véritable moteur de réforme dont les effets dépassent largement le seul domaine des sciences et des technologies. Le Vietnam ne se contente plus de suivre les évolutions mondiales, il participe désormais activement au développement de technologies stratégiques telles que l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les données, les technologies numériques et l'innovation», estime-t-il.

Les collectivités misent sur leurs atouts propres

La mise en œuvre de la résolution se distingue par une approche adaptée aux réalités locales. Les provinces développent des projets scientifiques et technologiques en fonction de leurs avantages comparatifs et de leurs besoins économiques.

Dans l'agriculture, la technologie est de plus en plus directement intégrée aux processus de production. La province de Cà Mau étend ainsi son modèle d'élevage intensif de crevettes à circulation d'eau en circuit fermé sur 1.500 hectares. De son côté, Vinh Long recourt aux drones, aux engrais nanotechnologiques et aux techniques de culture d'embryons exempts de maladies afin d'améliorer les rendements. D'autres provinces mettent la technologie au service de la valorisation de leurs ressources locales. Lào Cai utilise les technologies génétiques pour préserver les espèces indigènes, tandis que Quang Tri maîtrise plusieurs procédés de biotechnologie appliqués à une agriculture de haute valeur ajoutée associée au programme OCOP (À chaque commune son produit).

Le secteur des services et du tourisme connaît lui aussi cette transformation. Ninh Binh développe des bases de données numériques et des solutions d'intelligence artificielle destinées à la gestion et à la préservation du patrimoine. Tuyên Quang s'appuie sur des cartes numériques et des guides touristiques alimentés par l'IA. Thai Nguyên a lancé la plateforme «Tea Trace Thai Nguyên», qui combine traçabilité des produits, cartographie numérique des plantations, objets connectés (IoT), certification numérique de la qualité et commerce électronique.

Les grandes métropoles renforcent également leurs investissements. Hô Chi Minh-Ville a créé un fonds de capital-risque doté d'un budget initial de 500 milliards de dôngs, appelé à atteindre 5.000 milliards. Pour sa part, Hanoï consacre désormais plus de 3 % de son budget aux sciences et aux technologies.

«Hanoï a créé un Centre d'innovation organisé sous la forme d'une société par actions, fonctionnant selon les mécanismes du marché tout en restant orienté par l'État. La nouvelle organisation administrative à deux niveaux rapproche les autorités des citoyens et des réalités du terrain. Les défis concrets liés au foncier, aux transports, à la sécurité, à l'environnement, à la santé, à l'éducation ou encore à la culture apparaissent ainsi plus clairement. Autant de questions qui nécessitent une réponse de la part des acteurs du secteur des sciences, des technologies et de l'innovation», a dit Nguyên Van Phong, secrétaire adjoint du Comité du Parti de Hanoï.

Dans les prochaines années, le Vietnam entend accélérer la transformation numérique des entreprises et de l'ensemble de la société. L'objectif est de faire des connaissances scientifiques un levier de création de valeur, comme l’explique Tô Lâm, secrétaire général du Parti et président de la République.

«La vocation première de la science est de produire de nouvelles connaissances. Celle de la technologie est de transformer ces connaissances en outils. Quant à l'innovation, elle consiste à convertir ces outils en nouvelles valeurs au service de la société. Ces trois dimensions doivent converger dans le développement du pays. C'est pourquoi le Vietnam doit concentrer ses ressources sur la maîtrise et le développement de technologies stratégiques nationales, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle, des mégadonnées, de la robotique, de l'automatisation, des biotechnologies et de la biomédecine, des nouveaux matériaux, de l'énergie, des semi-conducteurs, de la cybersécurité, des technologies quantiques, des drones ainsi que des technologies marines, océaniques et souterraines», précise-t-il.

Après dix-huit mois de mise en œuvre, la phase d'impulsion cède progressivement la place à celle des résultats. Les prochaines années seront décisives pour convertir cette dynamique en gains durables de compétitivité, d'innovation et de croissance.