Le terrorisme a dressé un mur séparant les Etats-Unis du monde arabe


(VOVworld) - L’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Chris Stevens, 52 ans, l'un de ses collaborateurs et deux gardes du corps ont été tués lors d’une attaque visant le consulat des Etats-Unis à Benghazi, attaque perpétrée pour protester contre la sortie d’un film ridiculisant le prophète Mahomet. En Egypte, les salafistes avaient été les premiers, mardi, à manifester devant l'ambassade américaine au Caire, pour dénoncer ce film anti-islam tourné aux États-Unis. Des manifestants avaient pénétré dans l'enceinte et arraché le drapeau américain pour le remplacer par leur bannière noire. Ces troubles, qui coincident avec la commémoration des attentats du 11 septembre, creusent un fossé entre l’Occident, notamment les Etats-Unis, et le monde musulman dont les relations étaient déjà passablement déteriorées.


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Un homme brandit une arme après l'attaque du consulat américain de Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. (Photo: AFP)


La sortie de ce brûlot anti-islam de 13 minutes était prévue pour le 11ème anniversaire des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Immédiatement, le film a suscité une vague de protestation dans le monde musulman. En Egypte, 2 mille personnes se sont rassemblées devant l’ambassade américaine au Caire. Comme nous vous le disions en introduction, certains manifestants ont réussi à pénétrer dans l’enceinte de l’ambassade et à arracher le drapeau américain pour le remplacer par la bannière noire, l’emblème du mouvement salafiste. Selon Ahmed Khalil, député du parti salafiste Al Nour - la lumière, en arabe -, qui a joué un rôle de premier rang dans ces manifestations, une demande a été envoyée à l’ambassade américaine, pour exiger du gouvernement américain qu’il interdise la diffusion du film et qu’il présente des excuses officielles. De son côté, le gouvernement égyptien a appelé la population à la retenue, alors que les Frères Musulmans, qui sont la première force politique du pays, ont annoncé une grande manifestation pour mercredi.

En Libye, mardi soir, à Benghazi, la protestation a donc tourné au tragique. Des manifestants s’en sont pris au consulat américain à coups de cocktails Molotov. Le véhicule de l'ambassadeur Chris Stevens, 52 ans, aurait été touché par une roquette, alors qu'il tentait de rejoindre le bâtiment pour en faire évacuer le personnel. La mort du diplomate, de l'un de ses collaborateurs et de deux gardes du corps a été annoncée mercredi matin. Visiblement pour tenter d'apaiser les esprits, l'ambassade américaine au Caire a condamné dans un communiqué «les efforts continus déployés par des individus malavisés pour blesser les sentiments religieux des musulmans». Le Président américain Barack Obama a, quant à lui, vivement stigmatisé tout acte d’outrage religieux, tout en condamnant l’attaque. L’Union européenne et l’OTAN appellent la Libye à ouvrir rapidement une enquête sur cette affaire et à renforcer la protection des diplomates étrangers. En réponse, le président de l'Assemblée Nationale libyenne, Mohamed al-Megaryef, a envoyé un message d’excuse au peuple américain et au monde entier.

Mais ce n’est pas la première fois qu’un outrage au prophète Mahomet donne aux musulmans l’occasion d’utiliser la haine comme arme de représaille. En 2010, déjà, le monde entier avait été témoin de l’indignation suscité chez les musulmans par un pasteur de Floride qui s’était livré à un autodafé du Coran. Les manifestations sanglantes qui s’en étaient suivies et qui visaient les forces des Nations Unies et de l’OTAN en Afghanistan avaient alors fait plusieurs morts. Mais plus grave, l’opposition aux Etats-Unis et à l’Occident s’était transformée en un véritable mouvement, dans le monde entier.   

En plusieurs décennies de conflits et d’actes terroristes, c’est un véritable mur qui s’est dressé entre les Etats-Unis et le monde musulman. La lutte anti-terroriste, déclenchée par les Américains à la suite des attentats du 11 septembre, n’a fait qu’exacerber les antagonismes. Plusieurs pays, dont l’Iran, l’Irak, la Syrie ou encore le Yémen figure sur la liste noire des pays abritant des réseaux terroristes, liste établie bien sûr par les Etats-Unis. Cette lutte anti-terroriste s’est propagée à l’échelle du monde entier. Et aujourd’hui, 11 ans après les attentats du 11 septembre, bien qu’Oussama Ben Laden ait été anéanti, que le réseau terroriste d’Al Qaida ait été affaibli et que les valeurs démocratiques se soient répandues dans le monde arabe grâce au printemps arabe, les Etats-Unis restent la première cible de l’extrémisme islamique. Les Etats-Unis, qui s’impliquent militairement en Afghanistan et en Irak, sont considérés comme une menace par le monde musulman. Et leur soutien à Israel ne fait qu’aggraver cet état de fait. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le mode musulman constitue un environnement favorable aux activités terroristes.

On ne peut pourtant nier que le Président américain Barack Obama, depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2009, a, à plusieurs reprises, montré sa bonne volonté et tendu la main au monde musulman. Cependant, ses efforts n’ont pas abouti à des résultats importants. Car au sein des Etats-Unis même, les opinions divergent sur ce point : la politique du prédécesseur d’Obama a laissé des traces.

Il est clair qu’une petite imprudence suffirait à embraser le monde musulman, tant les antagonismes semblent profonds. S’ils veulent parvenir à une réconciliation avec le monde musulman, les Etats-Unis devra parcourir un très long chemin, semé d’embûches. Le patron de la Maison Blanche devra faire beaucoup plus par rapport à ses engagements. Mais à l’approche des élections présidentielles, la tâche n’a rien d’aisé.

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