Cinéma: la chorégraphie de Hanoï racontée par les frères Poirier

(VOVWORLD) - Jean-Noël Poirier… Ce nom n’est pas inconnu des Français résidant à Hanoï. Et pour cause! Jean-Noël Poirier a quitté ses fonctions d’ambassadeur de France il y a à peine plus d’un an. Il semble qu’en revanche, Hanoï ne l’ait pas quitté, à ne juger en tout cas par «Mon Hanoï»,  le film documentaire qu’il a réalisé avec son frère Henri-Louis Marcel, qui doit être diffusé ce week-end à la télévision vietnamienne. 
Mais tout de suite un avant-goût de ce film.
Cinéma: la chorégraphie de Hanoï racontée par les frères Poirier - ảnh 1L'Institut français de Hanoï. Photo d'illustration (Internet)

Il est près de 19 heures au 24 rue Trang Tien, un lieu culte pour les cinéphiles francophones de Hanoï. L’avant-première ne débute que dans une demi-heure, mais d’ores et déjà, le hall qui sert d’ordinaire aux expositions est archi-bondé, laissant présager un évènement exceptionnel.
«Normalement, les autres ambassadeurs, quand ils finissent leur mission dans un pays étranger, ils font souvent des photos ou ils écrivent un article», nous dit Quang Toan, un jeune hanoïen. «Mais Jean-Noël Poirier, lui, il a décidé de faire un film qui s'appelle ‘Mon Hanoï’(Hà Nội của tôi), et ça, c’est vraiment original. Ça veut dire qu'Hanoï est une partie de son coeur, et c'est vraiment très touchant...»
Pas difficile de situer le diplomate-réalisateur. Il est entouré d’un essaim de journalistes et de spectateurs.  
«Avec le film, on peut toucher un plus grand nombre de spectateurs», nous dit-il. «Je pensais qu'un livre ne pouvait pas me permettre premièrement de connaître tout le monde, deuxièmement de faire découvrir des endroits, des beautés cachées de Hanoï. Il fallait un film.»  

Cinéma: la chorégraphie de Hanoï racontée par les frères Poirier - ảnh 2Jean-Noël (d) et son frère réalisateur, Henri-Louis Poirier (g). Photo: Duc Quy/VOV5

Fort heureusement, cet «hanoïophile» est né dans une famille d'artiste, avec un père comédien et un frère réalisateur, Henri-Louis, qui est là ce soir, lui aussi, et qui considère toute cette effervescence d’un œil amusé.     
«Le film est un double portrait», nous indique-t-il. «C'est le portrait à la fois d'un homme qui est mon frère à une période particulière de sa vie puisqu'il allait cesser d'être ambassadeur: c’est à la fin de son mandat qu’on a commencé à tourner… Le film lui aura permis de faire un point sur cette longue et heureuse période qu’il a vécue ici. Mais le film est également le portrait d'une ville, elle-même à un moment particulier de son développement. Ça, Jean-Noël le sent bien.» 

Cinéma: la chorégraphie de Hanoï racontée par les frères Poirier - ảnh 3 Photo: Doan Quang Tuan

(Trong thời gian 4 năm, tôi đã lang thang khắp các con phố ở Hà Nội. Tôi tìm cách nắm bắt linh hồn của thành phố và khám phá những bí mật vẫn còn ẩn giấu nơi đây. Tôi muốn làm một bộ phim về những khám phá của riêng tôi về con người và mảnh đất Hà Nội, nơi đã trở thành một phần trong tâm hồn tôi. Hà Nội, thành phố quê hương thứ hai của tôi. Hà Nội, Hà Nội của tôi… / Pendant 4 ans, je suis parti à la découverte des rues de Hanoï, en essayant de capturer un peu de son âme, de dénicher des secrets cachés… J’ai voulu réaliser un film sur mes propres découvertes, sur Hanoï et ses habitants, qui font désormais partie intégrante de mon âme. Hanoï, ma deuxième ville natale. Hanoï, mon Hanoï…)
Sur fond de commentaires lyriques lus tantôt en vietnamien tantôt en français par Jean-Noël Poirier, de belles images de Hanoï sont projetées au fur et à mesure sur l'écran de l'auditorium. Et le spectateur redécouvre la capitale vietnamienne à travers le prisme du regard d’un homme qui s’est attaché à en faire ressortir toute la poésie: images de petites gargotes, de ruelles étroites, de marchés, de rues surencombrées aux heures de pointes, d’anciennes villas françaises, de grands ensembles d’habitat collectif, de maisons-tubes…
«La ville a évolué en quatre ans et il sent comment la modernité a changé l'urbanisme et comment la circulation s'est diversifiée, comment les conditions ont évolué, comment l'environnement a pu se dégrader», nous explique Henri-Louis Poirier. «C’est une démarche double: il se présente soi-même, et le spectateur peut alors s’identifier à lui, et il présente la ville comme un personnage à part entière.» 

Cinéma: la chorégraphie de Hanoï racontée par les frères Poirier - ảnh 4  Photo: Doan Quang Tuan

  
Des années de tournage, donc, condensées en 52 minutes. Et au final, des spectateurs qui restent captivés du début jusqu’à la fin. Rarement un film documentaire n’aura suscité un tel engouement!
«Depuis Jean Hougron, je n'ai pas vu un Français exprimer un tel amour pour Hanoi et réussir à transcrire ce que je peux sentir en me promenant dans cette ville: la chorégraphie du quotidien», nous dit Olivier Estèbe, un spectateur français. «C'est vraiment un mot que j'utilise beaucoup quand je parle de cette ville à mes amis en France. C'est une chorégraphie au quotidien qui se passe sur la route, entre les motos, les voitures, les piétons. Je trouve que pour quelqu'un d’étranger à cette ville et qui n'a pas grandi ici, c’est particulièrement éloquent.  J’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ressentir tant d’émotions. C'est très beau et plein de sensibilité en tout cas.» 
«Je suis vraiment très étonné de la façon dont il parle couramment le vietnamien. Il a réussi à trouver des choses difficiles à voir pour qui n’est pas attentif aux moindres détails du quotidien. C'est un peu choquant, peut-être, pour les étrangers mais ce sont des choses qui font vraiment le quotidien de notre ville», remarque Quang Toan.   
«J'ai retrouvé dans ce film son Hanoï et Hanoï en moi aussi. Alors la différence c'est que je n'ai pas tout à fait remarqué les défauts de Hanoï comme il les a vus. Pour moi, ce sont des choses qui me sont tellement familières. Bref, ce film m'a beaucoup touché et je l'ai bien aimé», nous confie Thanh Hoa, une professeur de français. 

MON HANOI - HÀ NỘI CỦA TÔI (bande-anonnce). Source: YOUTUBE

«Mon Hanoï» avec des sous-titres en vietnamien doit être projeté sur la chaîne VTV1 à 20h40 dimanche et ce sera bien évidemment une bonne occasion pour chacun d'entre nous de découvrir des facettes ignorées de cette ville qui n’en manque, mais qui ne consent à dévoiler ses charmes qu’à celles et ceux qui savent lui faire un brin de cour. Les frères Poirier sont de ceux-là.    

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