Ngo Bao Chau et Cédric Villani ou la passion des maths

(VOVworld) – Quelle est la matière que vous détestiez quand vous étiez étudiant ? Le français ? Les langues étrangères ? Les maths ? L’histoire ? Gageons que c’était les maths ! Vous n’étiez pas un cas unique et le plus incroyable, c’est que les mathématiciens eux-mêmes ont appris à les aimer. Comme quoi, rien n’est impossible !

17h50 lundi, à l’Auditorium de l’Institut français de Hanoï.

« Bon, excusez-moi, on est victimes du succès. Il n’y a pas de place pour tout le monde. [...] Ceux qui sont debout, venez par ici, venez, venez ici ! Asseyez-vous par terre, venez-vous asseoir près de vos idoles ! Voilà ! ». C’était Eva Nguyen Binh, la directrice de l’Institut français de Hanoï qui a organisé une table-ronde sur le thème « Méthodes éducatives. Comment donner envie ? Un cas concret : les mathématiques ».

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Photo: VOV/Duc Quy

Mais qui sont donc ces « idoles des jeunes » dont elle parle ? Ils sont deux. Le premier, Ngo Bao Chau, est le plus célèbre mathématicien d'origine vietnamienne et le deuxième, Cédric Villani, est professeur à l'Université de Lyon 1 et directeur de l'Institut Henri Poincaré, surnommé « la Sorbonne des mathématiciens ». Ces deux anciens camarades de l’Ecole normale supérieure ont décroché, en France, en 2010 la plus haute récompense internationale dans le domaine des mathématiques : la médaille Fields. Mais décrocher la médaille Fields, un prix aussi prestigieux que le prix Nobel, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont des messieurs « Je-sais-tout ».

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Cédric Villani, « la Lady Gaga des maths ». Photo: Télérama/Jérôme Bonnet

Cédric Villani, surnommé  la « Lady Gaga des mathématiques », nous confie : « Quand j’avais 17-18 ans, j’avais des meilleures notes en algèbre qu’en analyse et pourtant quelques années plus tard, je ne comprenais plus rien. Aujourd’hui, si Chau veut m’expliquer ce qu’il fait, il devra d’abord commencer par me donner trois ou quatre années de cours particuliers. »

Dans tout apprentissage, il y a des hauts et des bas, et ce qui est simple un jour peut, sans explication logique, devenir compliqué, précise Ngo Bao Chau : « Je pense que le passage de l’école maternelle à l’école secondaire est un passage difficile parce que les mathématiques passent très brutalement. On débute avec des calculs, des opérations sur les nombres... mais au collège, on commence à travailler avec objets abstraits, des triangles, des cercles, des angles,... Moi même, j’ai mis beaucoup de temps pour comprendre ce qu’était un angle. Après avec l’algèbre, il y a un saut dans l’inconnu car au lieu de manipuler des nombres, il faut manipuler des symboles. Je pense que c’est à partir de ce moment là que beaucoup de gens ont rompu avec les mathématiques. »

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Photo: VOV/Duc Quy

Eh bien ! Il est donc important de ne pas renoncer trop vite. Ngo Bao Chau, encore : « Je peux affirmer deux choses. La première c’est qu’on s’habitue grâce à l’entraînement. La deuxième, c’est que même nous, les mathématiciens professionnels, on est obligés de s’entrainer et pour comprendre des choses abstraites, on doit, nous aussi tranformer la chose abstraite en une chose concrète avec laquelle on a eu des expériences sensitives.»

La motivation des professeurs à transmettre leur passion des maths aux élèves est cruciale. Ngo Bao Chau : « Moi, j’ai eu la chance d’avoir d’excellents enseignants à l’école secondaire. Ils ont éveillé ma curiosité et mon amour propre en quelque sorte. Il faut avoir de la passion pour pouvoir la transmettre. Je pense que les gens font souvent l’erreur de croire que pour faire accepter les mathématiques aux enfants, il faut que ce soit facile. A mon avis, c’est exactement le contraire. Il ne faut pas trop compliquer les choses. Il faut juste les rendre un peu plus difficiles à chaque fois pour obliger l’élève à faire des efforts et à surpasser son propre niveau. Avoir un meilleur niveau chaque jour est une immense satisfaction. »

Cédric Villani partage cette opinion: « On ne s’intéresse pas à ce qui est fait mécaniquement. La fierté vient avec la résolution de la difficulté. A la fin du collège, je me souviens de certains exercices  que le professeur m’avait donnés en me demandant d’y réfléchir un peu chaque jour. J’étais très fier à la fin. Parfois, le professeur  me disait : ‘Oh, ta solution est très compliquée’. J’étais vexé et je recommençais. C’était de l’amour propre. Evidemment, il ne faut pas rendre les élèves malheureux mais il faut qu’ils aient envie de progresser. »

Bref, les mathématiques en particulier et les études en général, c’est comme ça ! Ce n’est jamais facile. Mais après tout, le plus important pour chacun d’entre nous est de trouver le domaine dans lequel on se sent bien et dans lequel on excelle.

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