(VOVWORLD) - À l’aube du 3 janvier (heure locale), l’armée américaine a mené une opération surprise au Venezuela au cours de laquelle le président Nicolas Maduro et son épouse ont été arrêtés puis transférés aux États-Unis pour y être jugés sur la base d’accusations liées au trafic de drogue formulées par Washington. Cette intervention a ravivé les tensions géopolitiques à l’échelle mondiale, suscitant de vives réactions de condamnation de nombreux pays.
Vives inquiétudes de la communauté internationale
De la fumée s’élève après une frappe militaire américaine visant le Venezuela, le 3 janvier 2026. Photo: REUTERS |
Le raid conduit à l’aube du 3 janvier s’inscrit dans une séquence de tensions accumulées depuis plusieurs mois entre Washington et Caracas. Durant cette période, l’administration de Donald Trump a sensiblement accru sa présence militaire dans la zone caribéenne, tout en multipliant des opérations présentées par les autorités américaines comme relevant de la lutte contre les trafics de drogue. D’abord cantonnées aux interventions en mer, ces actions se sont progressivement durcies, allant jusqu’à l’interception de pétroliers vénézuéliens. Au début de la semaine dernière, l’armée américaine a franchi un nouveau seuil en menant, pour la première fois, une frappe aérienne contre une cible sur le sol vénézuélien. L’attaque et l’arrestation du président Nicolas Maduro marquent un tournant majeur, signalant l’entrée de la campagne américaine dans une nouvelle phase, jugée hautement imprévisible par de nombreux observateurs.
Aux yeux de la communauté internationale, la crise vénézuélienne éclate dans un contexte mondial déjà fortement dégradé, marqué par la poursuite du conflit en Ukraine, la fragilité du cessez-le-feu de première phase à Gaza et la persistance de multiples foyers de tensions en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Cette nouvelle crise a mis en évidence de profondes divergences entre les pays. Alors que quelques alliés proches des États-Unis, dont Israël, ont apporté leur soutien à Washington, la majorité des pays, y compris plusieurs alliés européens des États-Unis tels que la France, l’Allemagne, la Norvège et le Danemark, ont exprimé leur désaccord. Ces pays estiment que cette initiative porte atteinte au droit international, tout en appelant à privilégier le dialogue et les voies diplomatiques afin de désamorcer les tensions au Venezuela. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a également averti que les événements au Venezuela pourraient avoir des répercussions préoccupantes pour la région, soulignant la nécessité pour toutes les parties de respecter pleinement le droit international, notamment la Charte des Nations unies.
“Le principe fondamental de l’État de droit, la raison d’être du droit, est de proposer une alternative à une situation où chacun décide de tout selon sa volonté et use de la force pour l’imposer. L’État de droit établit les bases d’un monde pacifique et harmonieux, organisé au sein de systèmes structurés, où les traités internationaux jouent un rôle central. C’est pour cette raison qu’après la Seconde Guerre mondiale, la période la plus chaotique de l’histoire, la Charte des Nations unies a été adoptée”, estime Mary Ellen O’Connell, professeure de droit et de paix internationale à l’Université de Notre Dame, dans l’État américain de l’Indiana
Au-delà des préoccupations exprimées quant au respect du droit international et de l’ordre multilatéral construit depuis plusieurs décennies, plusieurs États et organisations — parmi lesquels la Russie, la Chine, Cuba et l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique — ont appelé l’administration américaine à libérer sans délai Nicolás Maduro et son épouse. De nombreux spécialistes soulignent, en outre, qu’éventuelles poursuites judiciaires contre le président vénézuélien placeraient Washington face à d’importants obstacles juridiques.
Un avenir incertain
Des manifestants vénézuéliens réclament la libération du président Nicolas Maduro, le 4 janvier 2026. Photo: REUTERS |
Face aux évolutions complexes et imprévisibles au Venezuela, les observateurs s’inquiètent des conséquences stratégiques à long terme de la crise pour le monde. Le Venezuela occupe non seulement une position stratégique entre les Caraïbes et l’Amérique du Sud, mais possède également les plus grandes réserves pétrolières au monde, estimées à environ 300 milliards de barils.
De l’avis de Carsten Brzeski, économiste en chef à la banque ING (Pays-Bas), la crise vénézuélienne aura certainement des répercussions à long terme sur le marché pétrolier mondial. Toutefois, à court terme, son impact reste limité car le pays ne produit actuellement que 800.000 à un million de barils par jour. Par ailleurs, les pays exportateurs de pétrole et leurs alliés (OPEP+) ont récemment augmenté leur production, maintenant une offre mondiale excédentaire. À long terme, une exploitation accrue des ressources pétrolières vénézuéliennes, objectif publiquement évoqué par l’administration américaine, pourrait faire baisser les prix du pétrole, bénéficiant à certaines grandes économies, tout en contraignant de nombreux pays à revoir leurs stratégies économiques et environnementales sur le long terme.
“Pour évaluer l’impact sur les marchés financiers, il faut distinguer entre effets à court terme et à long terme. À court terme, nous prévoyons que la réaction des marchés restera relativement limitée. Mais à long terme, les événements du week-end dernier révèlent l’ampleur des évolutions géopolitiques en cours qui continueront de peser sur les marchés pendant longtemps”, dit-elle.
La principale interrogation, pour la communauté internationale, porte désormais sur l’évolution du scénario vénézuélien. Les nouvelles autorités, civiles comme militaires, sont appelées à se positionner clairement à la suite de la crise récente, tandis que Washington est attendu sur la clarification de sa stratégie à long terme dans le pays. Pour Mary Ellen O’Connell, professeure de droit international et de paix à l’université de Notre Dame, la réponse collective apportée dans les prochains jours pourrait s’avérer déterminante pour l’équilibre de l’ordre mondial.