La liberté ou l'obsession des Américains

(VOVworld)-Aux Etats-Unis, après une série de fusillades meurtrières, mercredi, le département de police de la ville de New York a une nouvelle fois demandé au réseau social Twitter de révéler le nom de l’un de ses membres. Ce dernier a menacé, dans un SMS, de perpétrer une nouvelle fusillade au théâtre de Broadway, en procédant de la même manière que lors de la projection du film Bat Man 3, il y a trois semaines. Face à cette affaire, l’opinion publique ne peut s’empêcher de s’interroger sur la fréquence des violences liées aux armes à feu aux Etats-Unis. Est-ce finalement le prix à payer pour ce que les Américains considèrent comme une liberté individuelle ?



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James Eagan Holmes, l'auteur de la tuerie d'Aurora, dans le Colorado, devant la justice pour une première comparution, le lundi 23 juillet 2012 (Photo : RJ Sangosti/AP/SIPA)



Le 6 août dernier, les Américains ne s’étaient pas encore remis de la fusillade meurtrière commise, il y a moins de deux semaines, dans un cinéma au Colorado, faisant 12 morts et 59 blessés, lorsqu’une autre fusillade s’est produite dans un temple Sikh dans le Wisconsin, coûtant la vie à 7 autres personnes. Et ce ne sont que les deux dernières tragédies en date dûes aux violences liées aux armes à feu, violences qui se répandent dans tous les Etats Unis d’Amérique.

En effet, la population américaine a maintes fois été témoin de ces fusillades intervenues dans des lieux publics. Plus d’une fois, les Etats-Unis ont dû organiser des cérémonies commémoratives, chercher les motivations des tueurs et débattre de la réglementation des armes à feu. En vain. La situation ne s’est guère améliorée, et les violences ne font que se multiplier et s’aggraver. Paradoxalement, après chaque fusillade, les ventes d’armes à feu s’envolent. Par exemple, en janvier 2011, le chiffre d’affaires lié aux ventes en Arizona a augmenté de plus de 60% après une fusillade ayant fait 6 morts et une bonne dizaine de blessés. Au Colorado, à la fin de la semaine dernière, le nombre de personnes à s’être enregistrées auprès de la police pour acheter une arme à feu a grimpé de 43% par rapport à la semaine précédente. Au Connecticut, la société Sturn, Ruger & Co n’a pas pu répondre à toutes les commandes qui se sont élevées à plus d’un million d’armes à feu, pour les seuls trois premiers mois de l’année. En 2011, 11 millions d’armes de ce genre ont été vendues dans tout le pays, un chiffre qui sera certainement dépassé cette année. En parallèle, une organisation non-gouvernementale vient de lancer une campagne contre la violence liée aux armes à feu. Selon cette organisation, aux Etats-Unis, chaque minute, une douzaine d’armes est vendue en toute légalité. On dénombre actuellement 300 millions d’armes à feu détenues par les individus, soit presque une pour chaque habitant, qu’il soit homme ou femme, adulte ou enfant, et 40% des familles américaines en conservent chez elles. Le taux de meurtres par arme à feu s’élève à 19,5% aux Etats-Unis, ce qui représente beaucoup par rapport à la moyenne mondiale.




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Le temple sikh à Oak Creek (Wisconsin, nord) où avait lieu la tuerie faisant au moins 7 morts. (photo : Darren Hauck/Le Parisien)




Alors que les fusillades sont plutôt fréquentes aux Etats-Unis où la Constitution reconnaît le droit des citoyens à utiliser des armes à feu, les débats autour d’une éventuelle loi sur le contrôle des armes stagnent. Les arguments favorables sont aussi nombreux que les défavorables. Les uns veulent interdire la vente des armes à feu puisqu’elles menacent trop la sécurité de la communauté. Et les autres arguent que c’est justement l’insécurité qui incite les gens à acheter une arme pour se protéger, et que l’interdiction de posséder une arme serait une oppression de la liberté fondamentale des citoyens. En pleine campagne électorale, le président Barack Obama lui-même a du mal à trancher. Naturellement, il ne peut pas se permettre de perdre le soutien des électeurs de l’Ohaio, de la Pensylvanie et de la Virginie, qui tiennent absolument à conserver leur droit individuel de posséder une arme à feu, un droit reconnu dans la Constitution depuis la fondation du pays. Il ne faut pas non plus oublier les lobbies, chapeautés par l’Association nationale des armes à feu, qui ont beaucoup d’argent et pas moins d’influence sur Washington.

Il est clair que malgré tous les appels lancés après les derniers massacres, les Etats-Unis ne sont pas encore politiquement prêts à mettre fin aux interminables débats autour du contrôle des armes à feu. L’ancien président démocrate Jimmy Carter a eu beau appeler à interdire l’utilisation d’armes d’attaque durant tout son mandat, et l’ancien président Bill Clinton a eu beau signer deux lois resserrant le contrôle des armes (qui ont expirées en 2004), l’attitude des Américains vis-à-vis des violences liées aux armes à feu n’a pas changé. Selon un récent sondage, 49% d’entre eux estiment qu’il est important de préserver leur droit d’utiliser ces armes, tandis que 45% des interrogés soutiennent un contrôle strict. Beaucoup arguent que les armes à feu ne tuent pas d’elles-mêmes, et que ce sont les hommes qui les utilisent pour s’entre-tuer. Mais dans l’ère industrielle, les gens sont plus exposés au stress et perdent plus facilement le contrôle d’eux-mêmes. Et à partir du moment où ils peuvent se procurer sans problème des armes, le danger pour la communauté grandit. En tout cas, tant que les Etats-Unis ne seront pas parvenus à l’élaboration d’une loi sur le contrôle des armes, les Américains continueront à en payer les frais, de leur propre vie.

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