(VOVWORLD) - Réunis en sommet les 19 et 20 mars à Bruxelles, les dirigeants européens entendaient initialement se concentrer sur la compétitivité du bloc et le soutien à Kiev. Mais l’évolution rapide du contexte international a relégué ces objectifs au second plan.
Le choc moyen-oriental
Dès l’ouverture du sommet, le 19 mars, la Banque centrale européenne a assombri les perspectives en révisant à la baisse ses prévisions de croissance, et à la hausse celles de l’inflation pour 2026, pointant explicitement le risque d’un choc énergétique lié aux tensions au Moyen-Orient.
La croissance de la zone euro est désormais attendue à 0,9% cette année, contre 1,2% si l’on se reporte aux prévisions de décembre 2025. Dans le même temps, l’inflation est revue à 2,6% contre 1,9% précédemment. En toile de fond: la volatilité des marchés de l’énergie, la baisse du pouvoir d’achat et l’érosion de la confiance des investisseurs.
L’Europe apparaît particulièrement vulnérable en raison de sa dépendance au gaz naturel liquéfié (GNL) importé du Golfe. Le 19 mars, les prix du gaz naturel liquéfié ont bondi de 35% en une seule journée. Et si une crise d’ampleur comparable à celle de 2022 - les prix du gaz avaient alors dépassé 340 euros/MWh -, semble peu probable, la marge de manœuvre reste étroite, comme l’indique Marcel Fratzscher, président de l’Institut allemand de recherche économique (DIW).
«Pour l’Allemagne et l’Europe, la durée du conflit au Moyen-Orient importe moins que l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz. S’il reste ouvert et permet des exportations régulières de pétrole et de gaz, les prix pourraient rapidement se détendre. Cela constituerait un soulagement significatif pour l’économie européenne», estime-t-il.
Mais au-delà de l’économie, la crise au Moyen-Orient place l’Europe dans une position diplomatique délicate. Les critiques et mises en garde du président américain Donald Trump à l’égard des alliés européens réticents à soutenir Washington face à l’Iran obligent les Européens à avancer avec prudence. Il s’agit d’éviter l’engrenage militaire sans aggraver une relation transatlantique déjà fragilisée. Fabian Zuleeg, directeur du Centre de politique européenne (EPC), à Bruxelles, nous livre son commentaire.
«Plutôt que de débattre de réformes structurelles de long terme, les dirigeants européens sont désormais contraints de réagir à l’actualité immédiate et de dégager, au minimum, une position commune. On le voit clairement: l’Europe a choisi de ne pas soutenir Donald Trump dans le conflit en cours au Moyen-Orient», constate-t-il.
L’Ukraine, révélatrice des divisions internes
Ces nouvelles tensions compliquent encore davantage un dossier déjà explosif: l’aide à l’Ukraine. Au cœur des discussions, un prêt préférentiel de 90 milliards d’euros, actuellement bloqué par la Hongrie.
Budapest s’oppose fermement au projet en raison de différends avec Kiev sur le transit du pétrole russe via le territoire ukrainien vers la Hongrie et la Slovaquie. Une position qui tranche avec l’accord de principe donné en décembre 2025, assorti de conditions désormais durcies.
Ce blocage illustre les difficultés croissantes de l’Union à préserver son unité stratégique. Plusieurs responsables européens dénoncent une paralysie décisionnelle qui affaiblit la capacité d’action collective du bloc. C’est notamment le cas du chancelier allemand, Friedrich Merz.
«Nous ne pouvons pas accepter ce qui vient de se produire au Conseil européen. Les conséquences iront bien au-delà de cet épisode. Nous devrons rouvrir les discussions sur ce prêt, en abordant les questions budgétaires essentielles et les conditions qui l’accompagnent», déclare-t-il.
Outre le cas hongrois, des fissures plus profondes apparaissent. La perspective d’une nouvelle crise énergétique ravive les débats sur la stratégie vis-à-vis de la Russie. Le 14 mars, le Premier ministre belge Bart De Wever a estimé que l’Union «perdait sur tous les fronts» et appelé à une normalisation des relations avec Moscou «dans l’intérêt de l’Europe», notamment pour retrouver un accès à une énergie à bas coût.
Une prise de position qui tranche avec la ligne dominante fondée sur les sanctions, et que certains observateurs interprètent comme un possible tournant, même si, pour l’heure, peu de dirigeants européens semblent prêts à l’assumer publiquement.