En buvant l’eau du puits…

(VOVWORLD) - Certains photographes ont des obsessions. Pour les uns, ce sont les animaux, pour les autres, les visages… Eh bien pour Lê Bich, ce sont les puits, les puits qui sont aux villages vietnamiens ce que les clochers sont aux villages français : une présence, indispensable…  

En buvant l’eau du puits… - ảnh 1Un puits dans le village de Duong Lâm, à Hanoi. Photo: Lê Bich/VOV

De même que le banian séculaire ou la maison communale, le puits participe à l’image du village vietnamien, tel que l’ont connu et raconté nos grands-mères…

Les puits qu’a photographiés Lê Bich ont des formes diverses et variées. Certains sont ronds, d’autres carrés, rectangulaires, octogonaux… Il arrive même qu’ils prennent la forme d’un petit bassin, bordé, ou non, d’un muret en briques ou en pierres.

Quelle que soit sa forme, le puits est bien plus qu’un simple point d’eau. Lieu de socialisation par excellence, il fédère la communauté villageoise autour de sa margelle. 

« Pour les personnes d’un certain âge, le puits a une certaine valeur spirituelle », remarque Lê Bich. « Il fait office de passerelle entre la terre et le ciel, et il est synonyme de bonheur pour tout le village. Il faut bien comprendre que l’eau symbolise la chance et la prospérité et que de ce fait, elle doit être partagée équitablement, ce qui fait que chacun a le droit d’utiliser le puits ». 

De nos jours, rares sont les habitations qui ne disposent pas de l’eau courante et les puits ne servent plus à grand-chose … Ils ont néanmoins conservé un certain prestige et ils ont encore droit à maints égards, comme nous le raconte Lê Bich.    

 « À Hanoï, dans le quartier de Xuân Dinh, il y a un puits très spécial, c’est celui du village de Keo Dinh », nous dit-il. « J’étais là-bas au mois de mars et il m’a été donné d’assister à une fête organisée autours du puits, avec une procession, des danses traditionnelles… C’était vraiment formidable ! Et il y avait un monde fou ! Je me rappelle notamment de ce moment où deux jeunes gens portaient des jarres remplies d’eau. Tout d’un coup, ils se sont mis à courir pour se rendre dans quelques maisons choisies au hasard… Pour ces maisons-là, c’est comme une bénédiction, en fait »    

En buvant l’eau du puits… - ảnh 2 Lê Bich. Photo: qpvn.vn

En l’espace de dix ans, Lê Bich a eu le temps de parcourir 200 villages. Il n’est tombé dans aucun des 300 puits qu’il a photographiés. Au sens propre, en tout cas, parce qu’au sens figuré, c’est une autre histoire…    

« D’une région à une autre, les puits sont très différents », observe-t-il. « Dans le Nord, les puits sont creusés à la verticale de façon à permettre l’exploitation d’une nappe d’eau souterraine. J’en connais un rayon, sur ces puits-là, parce que j’ai quand même passé 5 ans à les étudier et à les photographier ! Pour ce qui est des puits du Centre, c’est vraiment autre chose. Il faut dire que l’eau provient essentiellement des montagnes et des collines, et qu’elle descend, du coup. Prenez le puits de Gio Linh, par exemple. C’est un puits à plusieurs niveaux, qui est fait uniquement avec des blocs de pierre. L’eau du niveau supérieur ne sert qu’au culte des génies, celle du niveau intermédiare est utilisée pour boire et cuisiner, et celle du niveau inférieur, pour le lavage ou les animaux.  Quant à l’eau résiduelle, car il y en a forcément, elle sert à l’irrigation des champs alentours ». 

Malheureusement, tous ces puits qui font le bonheur de Lê Bich sont aujourd’hui menacés de disparition.  La faute à une urbanisation impitoyable, qui ne fait pas toujours dans la dentelle lorsqu’il s’agit de faire moderne.   

En buvant l’eau du puits… - ảnh 3 Un ancien puits devenu piscine à Nghiêm Xuyên (Thuong Tin, Hanoi). Photo: Lê Bich/VOV

« Il m’est arrivé de voir des puits à l’abandon, bien sûr, et à chaque fois, j’éprouve un petit pincement au cœur », nous confie-t-il. « Heureusement qu’il y a encore des villages qui restent farouchement attachés à leurs puits : ça fait partie de la culture vietnamienne, après tout ! » 

Et heureusement, cette culture vietnamienne peut compter sur d’ardents défenseurs, qui comme Lê Bich, s’emploient à l’immortaliser. Même quand plus personne ne creusera de puits, il en restera, comme ces constructions millénaires qui relient les générations…

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