Le plan de paix en 20 points pour l’Ukraine: un pas de plus vers la paix ?

(VOVWORLD) - Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dévoilé, le 24 décembre, la version la plus récente du projet de plan de paix élaboré conjointement par Kiev et Washington après plusieurs semaines de négociations. Ce document, fruit d’intenses discussions menées à Genève, Berlin et Miami, s’inscrit dans une nouvelle tentative de mettre fin au conflit russo-ukrainien, lequel est entré dans sa quatrième année. Reste à savoir s’il sera jugé recevable par Moscou.

Des concessions inédites…

Le plan de paix en 20 points pour l’Ukraine: un pas de plus vers la paix ? - ảnh 1Des artilleurs des Forces armées ukrainiennes dans la région de Dnipropetrovsk, en Ukraine, le 24 décembre 2025. Photo: REUTERS

Le projet, structuré en vingt points, traduit une évolution notable de la position ukrainienne, marquée par plusieurs concessions inédites. Kiev accepterait notamment de maintenir ses forces armées à un niveau de temps de paix, estimé à environ 800.000 soldats. En contrepartie, l’Ukraine bénéficierait de garanties de sécurité de la part des États-Unis, de l’OTAN et des pays européens, sur un modèle proche de l’article 5 de l’Alliance atlantique. Le texte prévoit également une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne à une échéance définie.

Sur le plan économique, le projet accorde une place centrale à la reconstruction de l’Ukraine. Kiev propose la création de plusieurs fonds destinés à la relance, avec pour objectif de mobiliser jusqu’à 800 milliards de dollars, ainsi qu’une accélération des négociations en vue d’un accord de libre-échange avec les États-Unis. Le plan prévoit par ailleurs un échange total des prisonniers de guerre, selon le principe «tous contre tous», et la mise en place d’une commission humanitaire chargée de traiter les dossiers en suspens.

L’un des points les plus sensibles concerne la dimension territoriale. Le président Zelensky se dit ouvert à un retrait des forces ukrainiennes de certaines zones encore sous contrôle de Kiev dans la région de Donetsk, afin d’y créer une zone économique spéciale démilitarisée. Cette concession serait toutefois conditionnée à un retrait symétrique des troupes russes des territoires correspondants. Selon plusieurs analystes, cette proposition pourrait séduire les États-Unis, et en particulier le président Donald Trump, ainsi que les milieux d’affaires américains, attirés par le potentiel minier considérable des régions proches de la ligne de front.

Un autre projet de zone économique spéciale est également évoqué autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, actuellement sous contrôle russe. À l’arrêt depuis 2022, ce site demeure stratégique. Avec une capacité de six gigawatts, il s’agit de la plus grande centrale nucléaire d’Europe.

Le projet de plan de paix a désormais été transmis à Moscou. Pour Washington, malgré les divergences persistantes, cette initiative représente une avancée par rapport à la poursuite indéfinie des hostilités. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, directement impliqué dans les négociations, souligne la complexité du processus.

«Il ne s’agit pas d’imposer un accord à qui que ce soit, mais de déterminer ce que chaque partie attend, ce dont elle a besoin et ce qu’elle est prête à offrir en échange. Nous devons aussi voir s’il est possible de rapprocher certaines exigences. Cela demande beaucoup de temps et d’efforts. Je pense que nous avons accompli quelques progrès, mais il reste encore énormément de travail, et les derniers points sont toujours les plus difficiles», explique-t-il.

Selon le projet, une fois l’accord de paix signé, l’Ukraine devra organiser des élections dans les plus brefs délais. Le texte prévoit un cadre juridiquement contraignant, dont l’application serait supervisée par un Conseil de la paix placé sous la direction du président américain Donald Trump. Un cessez-le-feu global entrerait en vigueur immédiatement après l’adhésion de toutes les parties à l’accord.

… en attente d’une réponse

Le plan de paix en 20 points pour l’Ukraine: un pas de plus vers la paix ? - ảnh 2Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une conférence de presse organisée en marge du sommet des dirigeants de l’Union européenne, à Bruxelles, en Belgique, le 18 décembre 2025. Photo: REUTERS / Stephanie Lecocq

Reste désormais la réponse de la Russie. À Moscou, les premières réactions traduisent une nette réserve. Plusieurs responsables politiques et experts estiment que le plan ne tient pas suffisamment compte des préoccupations russes. Dmitry Novikov, premier vice-président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, juge que le projet s’éloigne encore des positions de Moscou et ne reflète pas une réelle volonté de compromis. Le vice-président de la Douma, Alexey Chepa, estime pour sa part que l’initiative de Volodymyr Zelensky relève davantage de la communication politique que d’un véritable cadre de négociation.

Plusieurs analystes russes partagent ce scepticisme. Pour le politologue Andrey Kortunov, membre du Club de discussion Valdaï, la probabilité que la Russie accepte le plan ukrainien sans modifications substantielles demeure faible. De son côté, l’expert Aleksandr Grishin souligne que le document ne fait aucune référence aux entendements obtenus lors du sommet d’août dernier à Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine, que Moscou considère pourtant comme la base essentielle pour toute discussion future.

Dans sa première réaction officielle, le 25 décembre, le porte-parole du Kremlin,  Dmitry Peskov,  s’est gardé de toute prise de position tranchée, indiquant simplement analyser les propositions et privilégier des échanges directs avec Washington.

«L’émissaire spécial Kirill Dmitriev a pu rendre compte au président Vladimir Poutine des résultats détaillés de son déplacement à Miami. Sur la base des informations reçues, nous clarifierons nos positions et reprendrons les contacts avec la partie américaine dans un avenir proche, par les canaux de communication existants», s’est-il contenté de dire.

Selon les observateurs, deux dossiers majeurs restent particulièrement sensibles et pourraient constituer des points de blocage durables: le statut futur du Donbass et la gestion de la centrale nucléaire de Zaporijia. Moscou considère le contrôle du Donbass comme non négociable et rejette l’idée que la centrale nucléaire puisse être administrée par une coentreprise américano-ukrainienne.

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