Quand la langue tày se numérise dans un lycée de montagne à Cao Bang

(VOVWORLD) - Le lycée Thach An, qui est situé dans une zone montagneuse de la province de Cao Bang, compte plus de 70% d’élèves issus des ethnies Tày et Nùng. Pourtant, dans la vie quotidienne, peu d’entre eux utilisent encore la langue tày. Ce n’est qu’en rejoignant le club «Explorons le parc géologique» et en se préparant au concours «Préserver les langues tày et nùng» que beaucoup ont véritablement entamé un retour vers «la langue de leur propre peuple».
Quand la langue tày se numérise dans un lycée de montagne à Cao Bang - ảnh 1Des élèves s'exercent à prononcer la langue tày, chantent des chansons traditionnelles et jouent du luth tinh après chaque cours de l'après-midi. Photo: Nông Diêp/VOV-Nord-Est

Chaque fin d’après-midi, dans une petite salle de classe du lycée Thach An, les élèves répètent le chant then, s’exercent au luth tinh, peaufinent chaque vers et chaque prononciation en tày. C’est le cas de Trương Viêt Hoàng, élève de terminale.

«Au sein du club, nous participons à de nombreuses activités qui nous donnent l’occasion de parler tày. Nous organisons des séances pour apprendre le chant then et le luth tinh, pour traduire des articles et des informations, et nous entraîner à discuter entre nous en tày. Aujourd’hui, nous parlons de mieux en mieux et de plus en plus d’élèves savent chanter le then et jouer du luth tính. Ces chants nous aident aussi à apprendre beaucoup d’expressions en tày», nous explique-t-il.

Quand la langue tày se numérise dans un lycée de montagne à Cao Bang - ảnh 2Des élèves du club «Explorons le parc géologique» du lycée de Thach An participent à une session d'apprentissage sur la langue, la culture et les chants folkloriques de l'ethnie Tày, organisée par l'Association provinciale pour la préservation des chants folkloriques. Photo: Nông Diêp/VOV-Nord-Est

Depuis mai 2025, le club multiplie les initiatives, notamment la réalisation de vidéos de sensibilisation en langue tày, souvent en version bilingue tày-vietnamien, afin de promouvoir les valeurs culturelles, historiques et géologiques locales. Ces productions sont diffusées sur la page Facebook de l’établissement, sur celle de l’antenne de l’Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh de la commune de Thach An, et sont également utilisées comme supports officiels de communication par la direction du Géoparc Non Nuoc Cao Bang.

Pham Thi Quyên, enseignante au lycée Thach An et responsable du club, nous en dit plus. 

«Le résultat le plus visible est d’avoir réveillé chez les élèves l’amour pour leur langue maternelle. Autrefois, certains la jugeaient ringarde, dépassée, peu moderne et peu pratiquée. Aujourd’hui, ils l’aiment de nouveau, se préparent à l’utiliser et commencent déjà à communiquer en tày. Le lycée envisage même d’intégrer le tày dans les émissions de la radio scolaire», nous dit-elle. 

Cette application du numérique au service de la préservation linguistique a produit des effets tangibles, non seulement au sein de l’école, mais aussi dans toute la commune, comme peut en témoigner Phan Thi Nhung, secrétaire de l’antenne de l’Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh de la commune de Thach An.  

«Ce projet du lycée correspond à la politique locale de préservation des langues ethniques et parle directement aux jeunes. De nombreux jeunes et militants ne pratiquent plus le tày. Les vidéos bilingues tày-vietnamien permettent donc de mieux promouvoir la langue et la culture locales», estime-t-elle.

Quand la langue tày se numérise dans un lycée de montagne à Cao Bang - ảnh 3Une responsable locale de l'Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh aide un touriste à scanner des codes QR donnant accès à des vidéos présentant la commune, son patrimoine et le parcours de découverte «Au temps des fleurs de feu». Photo: Nông Diêp/VOV-Nord-Est

Nông Thi Huong, qui habite le hameau de Nà Côc, est émue de constater que la langue tay renaît de ses cendres…

«Avant, mon enfant parlait très peu le tày, il comprenait seulement un peu. Depuis qu’il participe au projet, il arrive à parler tày à la maison et avec les personnes âgées du village. Il pose des questions à ses grands-parents, à ses parents, aux voisins pour traduire les textes du groupe. Voir les jeunes s’intéresser et parler ainsi le tày me rend très heureuse. J’espère qu’ils sauront préserver l’identité culturelle de notre peuple», nous confie-t-elle. 
Partant d’un lycée de montagne, la langue tày est ainsi «réveillée» grâce au numérique et à l’engagement de la jeunesse. Plus qu’une simple démarche de préservation linguistique, c’est tout un travail de sauvegarde de l’identité culturelle, pour que la voix des peuples tày et nùng des montagnes du Viêt Bac continue de résonner aujourd’hui et pour les générations à venir.

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