« Da Sy’s got talents »…

(VOVWORLD) - La semaine dernière, je vous parlais du village de Da Sy comme étant l’un des plus anciens repaires de ferronniers de tout le delta du fleuve Rouge, et je vous disais, en guise de conclusion, que si les lames y étaient bien trempées, les caractères ne l’étaient pas moins… Eh bien je ne croyais pas si bien dire ! Da Sy a en effet été le berceau de bien des lauréats de concours de doctorat… « Da Sy’s got talents », dirait-on de nos jours où l’on cède si facilement aux charmes de la langue de Shakespeare lorsqu’il s’agit de faire moderne...     
 « Da Sy’s got talents »…   - ảnh 1

Inutile de faire un rappel de la situation géographique de Da Sy. En auditeurs assidus que vous êtes, vous la connaissez déjà, tout comme vous savez déjà que Da Sy ne s’appelle Da Sy que depuis le milieu du 18ème siècle.     
Ce qu’en revanche vous ne savez pas encore, c’est qu’entre 1010 - avènement de la dynastie des Ly - et 1945 - abdication du dernier des souverains Nguyên -, on recense dans tout le pays une vingtaine de villages modèles. Entendez par là des villages qui pouvaient se targuer de compter au moins dix lauréats aux concours mandarinaux. En ce qui concerne Da Sy, 11 de ses enfants ont été lauréats dans une période comprise entre le 15ème et le 18ème siècles. Certaines lignées auront même considérablement contribué au prestige du village, à commencer par celle des Hoàng qui, non contente d’aligner 9 lauréats, s’en est adjointe un autre, Hoàng Nghia Phu, qui est considéré comme le premier lauréat sino-vietnamien de l’Histoire. Trinh Quôc Hoàn, qui passe pour être la mémoire vivante de Da Sy :    
«C’est en 1431 qu’ont été lancés ces concours et Hoàng Trinh Thanh est ainsi devenu l’un des quatre premiers lettrés du Vietnam. Alors attention, je dis «lettré» parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de concours de doctorat, on se contentait de sélectionner les quatre lettrés les plus brillants du pays. Un peu plus tard, lorsque Hoàng Nghia Phu, qui était en fait le petit-fils de Hoàng Trinh Thanh, a lui aussi été lauréat, il a été promu au rang d’ambassadeur et dépêché en Chine, où il a également été fait lauréat par l’empereur. C’est pour ça qu’il est considéré comme étant le premier lauréat sino-vietnamien.»      
En plus d’avoir été en son temps l’un des quatre premiers lettrés du Vietnam, Hoàng Trinh Thanh a eu l’idée d’ouvrir son jardin aux enfants du village pour leur y enseigner son savoir, inoculant ainsi à ses pairs le virus de la connaissance, un virus qui - l’Histoire l’a largement et heureusement démontré - a la vie dure. Mais ce n’est pas tout. En 1462, le roi Lê Thanh Tông s’est inspiré des conseils avisés de ce même Hoàng Trinh Thanh pour prendre des mesures qui allaient bientôt figurer en bonne place dans le code Hông Duc, qui était une sorte de code civil de l’époque.

 « Da Sy’s got talents »…   - ảnh 2Le temple du village Da Sy

Mais intéressons-nous maintenant au nom du village, tel qu’on le connaît actuellement, Da Sy donc. «Da Sy» pourrait se traduire par «beaucoup de mandarins» : un nom qui ne doit rien au hasard, comme nous l’explique Nguyên Hông Phân, l’un des seniors du village.  
«Après en avoir changé plusieurs fois, le village a finalement pris le nom de Da Sy. Pourquoi Da Sy ? Tout simplement parce qu’ici, il y a eu beaucoup de lauréats. On retrouve d’ailleurs leurs noms sur les stèles du temple de la Littérature. Mais il y a aussi des édits royaux, qui sont conservés ici, dans le temple du village, qui font état de cette réussite exceptionnelle.»          
Autre enfant illustre de Da Sy, Hoàng Dôn Hoà, né en 1498 et décédé en 1583, est considéré comme le grand précurseur de la médecine militaire au Vietnam, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être l’un des génies tutélaires du village. Nous retrouvons Trinh Quôc Hoàn.
«Hoàng Dôn Hoà nous a laissé un grand ouvrage de médecine qui s’appelle «Hoạt nhân toát yếu», lequel comprend des milliers de prescriptions très importantes. Trinh Dôn Phac lui-même, qui a été le disciple de Hoàng Dôn Hoà, y fait beaucoup référence. Trinh Dôn Phac, c’est tout de même le médecin qui a été capable de guérir la femme de l’empereur Qianlong de Chine, ne l’oublions pas !»   
Une petite précision : « Hoạt nhân toát yếu », le titre de l’ouvrage cité par Trinh Quôc Hoàn, pourrait se traduire par « Méthodes essentielles pour soigner les malades ».     
Mais alors pourquoi une telle accumulation de talents à Da Sy ? Eh bien, pour les adeptes de la géomancie, l’explication est simple : le village est idéalement entouré, avec à sa gauche un dragon vert, à sa droite un tigre blanc, derrière un bouvreuil et devant une tortue noire … Il a en outre la forme d’un bec de phoenix, ce qui, dit-on, est un signe favorable… 
Allez savoir !...     

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