(VOVWORLD) - Mercredi 25 mars, 8h30. Nous sommes à l’Université de Hanoï, que tout le monde ici appelle HANU.
Photo de groupe réunissant les étudiants, les professeurs et les représentants institutionnels sur la scène. Photo: Département de Français - Université de Hanoi |
L’amphithéâtre A1 se remplit peu à peu. Les étudiants arrivent par grappes, certains arborent un t-shirt d’organisateur, d’autres un badge de finaliste autour du cou. C’est la Fête de la Francophonie, et le thème choisi cette année par l’Organisation internationale de la Francophonie tient en une formule: “Génération Paix? Contributions de la jeunesse pour un monde plus apaisé”. Trois concours, trois remises de prix, une finale de quiz en direct, et une matinée pour observer comment ces jeunes Vietnamiens s’emparent de la langue française.
Sur scène, les discours officiels s’enchaînent. Représentants de l’Ambassade de France, de l’Organisation internationale de la Francophonie, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tous saluent l’engagement des étudiants. Mais ce matin, ce sont les étudiants eux-mêmes qui ont la parole. Et le premier terrain d’expression, c’est le doublage. Le concours “La Voix d’Art” rassemble 268 candidats cette année, pour 145 vidéos de doublage soumises au jury. Le principe: prendre un extrait de film francophone et lui prêter sa voix, en tâchant de rester au plus près des émotions, du rythme et de l’intonation de l’original. Quang Minh, lauréat d’un prix d’encouragement, raconte ce que cet exercice lui a appris.
“J’ai passé beaucoup de temps à regarder des films et à analyser des vidéos de conversations françaises du quotidien. Ce travail m’a vraiment ouvert les yeux sur le rôle crucial de l’intonation à l’oral: comment donner du relief à une phrase, nuancer une opinion, poser une question ou formuler une demande avec le bon ton. C’est sans doute la leçon la plus précieuse que j’ai tirée de cette expérience”, nous dit-il.
Deuxième concours, autre démarche. “Le Vietnam: beauté en partage” demandait aux étudiants de réaliser une vidéo pour faire découvrir leur pays à un public francophone. Au total, 81 étudiants ont participé et 46 vidéos ont été produites. On aurait pu s’attendre à des images de la baie d’Hạ Long ou des rizières en terrasses, mais ce n’est pas le choix qu’a fait Khánh Linh, lauréate du deuxième prix. Ce qu’elle a voulu montrer, c’est quelque chose de beaucoup plus ordinaire. Et c’est justement ce qui rend sa démarche intéressante...
“Entre les images époustouflantes, les paysages grandioses et les traditions vietnamiennes, j’ai voulu faire une place à quelque chose de plus humble: la culture du thé glacé de rue. Car au-delà des cartes postales et des monuments, il y a un Vietnam du quotidien, qui est simple, authentique, et touchant, que je tenais à montrer”, nous confie-t-elle.
Les 30 finalistes en pleine action sur la scène lors du Quiz de la Francophonie. Photo: Département de français - Université de Hanoi |
Arrive alors au moment le plus électrique de la matinée: la finale du grand Quiz de la Francophonie, avec 30 finalistes. Ce qui frappe, c’était la diversité des candidats: ils viennent de 10 universités hanoïennes différentes - langues étrangères, bien sûr, mais aussi médecine, transports, beaux-arts, commerce, diplomatie…. Des filières qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, et que le français réunit dans le même amphithéâtre. Thành Lâp, le grand gagnant du quiz, le dit mieux que quiconque.
“J’ai retrouvé des amis que je n’aurais sans doute jamais croisées autrement: des étudiants de l’Université des sciences sociales, de l’Université des transports, de Phenika ou encore de médecine… En fait, c’est grâce à ce concours et à mes études que j’ai vraiment découvert à quel point notre pays occupe une place importante dans la francophonie mondiale. La langue française, c’est une langue qui vit et qui se décline différemment en Belgique, en Suisse, au Canada, au Sénégal ou encore en Nouvelle-Calédonie”, nous explique-t-il.
Ce brassage interuniversitaire, c’est aussi ce que retient Pauline Vidal, chargée de coopération éducative et numérique à l’Ambassade de France au Vietnam.
“Avoir plusieurs élèves de diverses universités, c’est une vraie victoire pour nous puisque la coopération éducative veut rassembler, fédérer les universités, les écoles, tous les établissements en général, et le public au sens large. Donc, on est très heureux du succès de cet événement”, déclare-t-elle.
Des étudiantes encouragent chaleureusement leurs camarades sur scène au son des clochettes. Photo: Département de français - Université de Hanoi |
La cérémonie s’achève avec la remise des derniers prix et une session de photos. En une matinée, ces étudiants auront doublé la voix de l’autre, filmé leur quotidien avec authenticité, et tissé des liens entre dix universités que rien, sinon, n’aurait réunies. La “Génération Paix”, c’est peut-être là qu’elle commence, dans un amphithéâtre hanoïen où des étudiants de médecine, de transports et de beaux-arts découvrent qu’ils ont une langue en commun.