Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông

(VOVWORLD) - Au pied du Tây Côn Linh, qui est le plus haut sommet du Nord-Est du Vietnam, se trouve un village discret, sans maisons anciennes typiques ni paysages célèbres pour leurs saisons de fleurs comme dans d’autres endroits de la région de Hà Giang. Et pourtant, ce village est aujourd’hui devenu une étape incontournable de la fameuse «boucle de Hà Giang». Il s’agit du village de Lùng Tam, où les femmes Mông perpétuent un artisanat ancestral: le tissage du lin.   
Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 1Vàng Thị Mai a contribué à faire connaître le tissage traditionnel du lin à l’international. Photo: Huyên Trang/VOV5

Tenant tour à tour un foulard puis un sac, Vàng Thi Mai, qui est une femme Mông d’une soixantaine d’années, explique avec passion à ses visiteurs du jour la signification des motifs qui ornent les produits traditionnels en lin. Peu de personnes savent qu’elle figure parmi les 50 femmes les plus influentes du Vietnam, selon le classement publié en 2017 par le magazine Forbes Vietnam. C’est en effet elle qui a contribué à faire renaître le tissage traditionnel du lin des Mông, un savoir-faire autrefois menacé de disparition, et à le faire connaître au monde.  

“Pour les Mông, le lin n’est pas seulement une matière première destinée au tissage, il revêt aussi une dimension spirituelle, profondément ancrée dans la tradition depuis des générations. Aujourd’hui, nous nous efforçons de préserver cet héritage et de le faire connaître au monde. Depuis 2008, nos produits sont présentés dans de nombreuses foires internationales, notamment au Luxembourg, aux États-Unis, en Allemagne, en France et en Russie. Entre 2015 et 2017, notre village artisanal a par ailleurs représenté les 54 ethnies du Vietnam lors d’activités consacrées à la préservation culturelle à l’Organisation des Nations unies. L’année 2017 a été particulièrement marquante: lors d’un événement réunissant des représentants de 160 pays aux États-Unis, le Vietnam a reçu une Coupe d’or», nous dit Vàng Thi Mai.

Le lin de Lùng Tam est aujourd’hui exporté vers de nombreux pays, notamment les États-Unis, le Canada, la France, la Suisse et l’Italie. Les femmes Mông ne se contentent pas de préserver ce savoir-faire ancestral, elles s’emploient aussi à le valoriser et à le faire connaître, donnant à ce métier traditionnel une vitalité et une visibilité rares.

Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 2Savoir tisser le lin est considéré comme un critère révélant l’habileté et la diligence d’une femme Mông. Photo: Huyên Trang/VOV5

Les visiteurs étrangers venus découvrir le tissage traditionnel du lin sont impressionnés par Sùng Thi Co. À 96 ans, vêtue du costume traditionnel Mông, elle travaille patiemment près d’un petit feu. Dans sa main, un stylet lui permet de dessiner à la cire d’abeille, en traçant avec précision chaque motif sur la toile de lin. Toute sa jeunesse a été consacrée à la culture du lin, au tissage, à la broderie et à la création de motifs. Des années de travail qui ont fini par déformer ses mains. Pourtant, son regard reste vif et ses gestes demeurent sûrs, capables de créer des motifs d’une grande finesse.

Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 3Sung Thi Co, 96 ans, gardienne du savoir-faire du village de tissage du lin. Photo: Huyên Trang/VOV5

Aujourd’hui, Sùng Thi Co est considérée comme l’une des gardiennes du savoir-faire traditionnel du tissage du lin, en particulier de l’art du dessin à la cire d’abeille.

“J’ai appris à tisser le lin à l’âge de 13 ans, lorsque ma mère m’a initiée à ce métier. J’aime beaucoup ce tissu, car c’est le lin de notre village. À partir d’une toile blanche, je dessine des feuilles et des fleurs pour faire des jupes à motifs. Chaque jour, je ne peux réaliser qu’environ trois carrés de tissu. Une fois le dessin terminé, je teins le tissu à l’indigo puis je le fais bouillir pour fixer la couleur”, nous raconte-t-elle.   

La fabrication d’un tissu de lin nécessite une quarantaine d’étapes. Après la récolte, les tiges de lin sont d’abord coupées puis mises à sécher. Une vieille femme sépare ensuite les fibres une à une, tandis qu’à côté d’elle, une jeune fille les assemble pour former de longs fils. Un peu plus loin, le lin est battu au pilon jusqu’à ce que la poudre se détache complètement, ne laissant que des fibres solides et résistantes.

Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 4Une artisan utilise la pression pour rouler le tissu nouvellement tissé afin d’en assouplir et d’en faire briller les fibres. Photo: Huyên Trang/VOV5

Près du feu, Mùa Thi My s’active autour d’une marmite fumante pour traiter les fibres. Elle les fait bouillir tantôt dans de l’eau mélangée à des cendres du foyer, tantôt dans de l’eau mélangée à de la cire d’abeille, afin de rendre le lin plus souple et plus blanc.

“Nous cultivons le lin. Notre plus grande parcelle fait environ mille mètres carrés. Grâce à cela, notre vie est relativement stable, même si les revenus restent modestes. Mais l’essentiel est de préserver la tradition de notre peuple”, partage-t-elle.

Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 5Séparer le lin en fines fibres est l’une des 41 étapes du tissage artisanal du lin. Photo: Huyên Trang/VOV5

Les femmes Mông assurent toutes les étapes du tissage du lin: de l’extraction des fibres jusqu’à la broderie des motifs. Tout en travaillant, elles expliquent aux visiteurs les particularités de ce savoir-faire transmis de génération en génération. Pour Sùng Thi My, une villageoise, c’est avant tout d’un héritage qu’il s’agit…  

“Autrefois, les anciens du village portaient uniquement des vêtements en lin. Même après leur mort, les hommes étaient vêtus d’une chemise en lin et les femmes, d’une jupe en lin. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, continue aujourd’hui d’être préservé”, nous explique-t-elle.

Quand le lin ouvre les portes du monde aux femmes Mông - ảnh 6Des visiteurs vietnamiens et étrangers se rendent à Lùng Tám pour découvrir les différentes étapes du tissage du lin. Photo: Huyên Trang/VOV5

Alors que dans de nombreuses régions, le tissage du lin a presque disparu, ce savoir-faire est toujours préservé à Lùng Tam. Le village est aujourd’hui un lieu où les visiteurs viennent découvrir une tradition emblématique des Mông. À partir de simples fibres de lin, les femmes Mông tissent l’histoire de leur village et de leur peuple qu’elles font découvrir au reste du monde.

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