Comment les Êdê entrent-ils dans leur nouvelle maison?

(VOVWORLD) - Chez les Êdê de la province de Dak Lak, la maison longue traditionnelle constitue le cœur de la vie familiale, sociale et spirituelle. C’est un espace où se transmettent les valeurs, les croyances et la mémoire du lignage. Lorsqu’une nouvelle maison est achevée, une cérémonie solennelle est organisée afin de consacrer ce nouvel espace de vie, placé sous la protection des forces invisibles et porteur d’espérances de stabilité, de prospérité et d’harmonie.

Comment les Êdê entrent-ils dans leur nouvelle maison? - ảnh 1La maison longue traditionnelle constitue à la fois un lieu d’habitation et le centre de la vie culturelle et spirituelle du peuple Êdê. Photo: H Xíu / VOV – Tây Nguyên

Une fois la maison longue entièrement construite, l’alcool de riz est préparé avec soin, les offrandes rituelles réunies et un jour favorable choisi. Parents proches et lointains se rassemblent alors pour célébrer, selon la coutume ancestrale, l’entrée officielle dans la nouvelle demeure.

Au rythme profond et vibrant des gongs knah, la cérémonie d’entrée dans la maison neuve, telle qu’elle se pratique dans l’ouest de la province de Dak Lak, se décline en deux temps majeurs: les offrandes aux divinités et aux ancêtres, puis le rituel de bénédiction des occupants du lieu.

Selon Y Min Kbuôr, habitant du village de Cuôr Kap, cette cérémonie marque la reconnaissance officielle de la maison achevée et l’invocation de la protection des forces spirituelles.

«Lorsque la maison est achevée, une cérémonie est organisée afin de demander aux divinités de protéger la maison et ses habitants, pour que chacun vive en paix, en bonne santé, connaisse la prospérité et mène une vie durable et équilibrée», explique-t-il.

Comment les Êdê entrent-ils dans leur nouvelle maison? - ảnh 2Le maître de cérémonie représente la famille et entre en contact avec les divinités à travers des prières rituelles. Photo : H Xíu / VOV

Le rituel s’ouvre devant la fenêtre orientée à l’est de la maison longue. Dans la conception symbolique des Êdê, cette direction, tournée vers le lever du soleil, incarne la lumière, la vie et le commencement. Une fois les offrandes disposées, les gongs retentissent et le maître de cérémonie invite les yang, qui sont les divinités tutélaires de la nature, des montagnes, de la terre et du ciel, ainsi que les ancêtres, à venir témoigner, à reconnaître la nouvelle maison et à accorder leur bienveillance à la famille.

«Ô vous, les yang, nous informons nos ancêtres que leurs descendants sont désormais installés dans une nouvelle demeure, avec une maison et un foyer. Nous vous invitons à venir assister à cette cérémonie et à accorder santé, abondance, harmonie et joie à la famille et au village…», récite le maître de cérémonie.

Vient ensuite le rituel de bénédiction des occupants de la maison, considéré comme le cœur de la cérémonie. Le couple s’assied devant l’autel d’offrandes, face à la fenêtre orientée à l’est. Après les prières, le maître de cérémonie se rend près des jarres d’alcool. Il remet les pailles à boire, prononce des vœux de bénédiction et passe aux poignets des intéressés des bracelets de cuivre, symboles de force, de longévité et de prospérité, leur souhaitant ainsi une bonne santé, des greniers abondants, des gongs et des jarres en nombre suffisant.

Comment les Êdê entrent-ils dans leur nouvelle maison? - ảnh 3Les gongs knah accompagnent les différentes séquences rituelles. Photo:  H Xíu / VOV

Tout au long de la cérémonie, les gongs knah accompagnent les différentes séquences rituelles par des rythmes précis, adaptés à chaque étape. Les artisans et musiciens du village jouent un rôle central, veillant au respect scrupuleux des usages et à la transmission fidèle des formes rituelles. C’est le cas d’Y Nhut Kbuôr, du village de Cuôr Kap.

«Selon la coutume, on commence toujours par faire résonner les gongs avant le rituel. Les ensembles sont réunis et exécutent les morceaux à tour de rôle. Ensuite, une pause est observée pendant la prière, avant la reprise. Le premier rythme est lent et régulier, puis il s’accélère. Lorsque la prière touche à sa fin, les gongs se taisent. Pendant le rituel des bracelets, ils restent silencieux. Une fois l’alcool partagé, ils résonnent à nouveau jusqu’à la clôture de la cérémonie», précise-t-il.

Comment les Êdê entrent-ils dans leur nouvelle maison? - ảnh 4Le maître de cérémonie prie pour la santé et passe un bracelet de cuivre au chef de famille. Photo: H Xíu/VOV

Aujourd’hui encore, malgré les transformations rapides du monde contemporain, le rituel de l’entrée dans la maison neuve continue de rythmer la vie des Êdê. À l’heure de l’urbanisation accélérée et de l’intensification des échanges culturels, la préservation de cette pratique ne se limite pas à la sauvegarde d’une identité, elle ouvre aussi de nouvelles voies pour la valorisation du patrimoine, notamment à travers le tourisme communautaire et le tourisme expérientiel.

Habitées par les rites, les voix et les battements des gongs, les maisons longues restent ainsi des lieux vivants, où la mémoire se transmet et où le Tây Nguyên d’aujourd’hui dialogue encore avec ses origines.

Sur le même sujet

Commentaires

Autres