Suk Yung, le vendredi qui rassemble les Chams Bani

(VOVWORLD) - À la fin de l’automne, lorsque le calendrier islamique approche de ses dixième et onzième mois, un souffle particulier traverse les villages chams du sud du Vietnam. Si l’on s’en tient au calendrier grégorien pour 2025, c’est entre la fin octobre et la mi-décembre que les Chams Bani célèbrent la Suk Yung, l’une des fêtes religieuses les plus importantes de leur communauté.
Suk Yung, le vendredi qui rassemble les Chams Bani - ảnh 1Les offrandes rituelles destinées aux ancêtres sont disposées dans le sanctuaire Bani. Photo: Đoàn Sĩ / VOV – Hô Chi Minh-Ville

À Binh Hoa, qui est un village de la province de Lâm Dông, l’atmosphère est à la fois solennelle et joyeuse. Dès l’aube, les villageois se préparent à accueillir parents, voisins et visiteurs venus parfois de très loin pour partager ce moment sacré.

Trois coups de tambour résonnent depuis le sanctuaire Bani, marquant le début du rituel. Dans un ballet de couleurs, de jeunes femmes Cham, vêtues de longues tuniques traditionnelles, avancent lentement vers le temple. Sur leur tête, elles portent des plateaux d’offrandes finement décorés. Les ruelles menant au sanctuaire se transforment alors en un ruban vivant de tissus chatoyants et de motifs ancestraux.

À l’intérieur, les dignitaires religieux sont déjà en place pour officier. À l’extérieur, plusieurs centaines de fidèles se recueillent dans un silence respectueux. Pour Ba Thi Hiêu, habitante du village voisin de Binh Thang, la Suk Yung est avant tout une fête du lien et du partage.

«C’est un jour de joie pour tous les Chams d’ici. Peu importe la religion, tout le monde se rassemble. Ce n’est pas seulement la fête des Chams Bani, les Chams brahmanistes et même les Kinh viennent aussi partager ce moment de félicités», nous dit-elle.

Suk Yung, le vendredi qui rassemble les Chams Bani - ảnh 2Des femmes cham, vêtues de leurs habits traditionnels, dans le sanctuaire.
Photo: Đoàn Sĩ / VOV – Hô Chi Minh-Ville

En langue cham, Suk Yung signifie “le vendredi tournant”. De là vient son autre nom: le “grand office rotatif”. Chaque année, la célébration se déroule tous les vendredis des dixième et onzième mois du calendrier musulman, et change de lieu selon un ordre établi entre les villages. Durant ces journées, aucune maison n’est fermée. Thé, gâteaux et plats traditionnels sont préparés pour accueillir les personnes venues de loin.

Malgré les difficultés du quotidien, parfois aggravées par les pluies et les inondations, la solidarité demeure intacte, comme nous l’affirme Lâm Minh Doan, habitant de Binh Hoa.

 «Parmi les six villages chams Bani de la région, c’est le nôtre, Binh Hoa, qui ouvre le cycle de la Suk Yung. Tous les Chams, même ceux qui ne sont pas Bani, se réunissent ici. Nous sommes les hôtes, et nous accueillons tout le monde avec chaleur. Le soir, nous organisons aussi des veillées culturelles pour égayer le village» , partage-t-il.

Les modalités de la fête varient selon les provinces. À Khanh Hoa, la Suk Yung n’est célébrée que tous les trois ans. Cette année, la fête se déploie successivement dans les sanctuaires des sept villages chams Bani de la province, depuis Thành Tin jusqu’à Tuân Tu, suivant un itinéraire rituel strictement codifié.

À Lâm Dông, en revanche, le cycle est annuel. Il commence à Binh Hoa et s’achève au sanctuaire de Châu Hanh.

Pour Imum Tal, dignitaire religieux cham du village de Binh Minh, la Suk Yung joue un rôle central dans la vie spirituelle de la communauté.

«La Suk Yung nous est aussi essentielle que le Ramuwan, le mois sacré des Chams Bani. Chaque famille apporte un plateau de nourriture au sanctuaire pour honorer les ancêtres et nous attirer leur bénédiction, afin qu’ils continuent à nous accorder santé et prospérité», explique-t-il.

Suk Yung, le vendredi qui rassemble les Chams Bani - ảnh 3Des dignitaires religieux Bani. Photo : Đoàn Sĩ / VOV – Hô Chi Minh-Ville

Cette fête est également l’occasion de conférer des charges religieuses: deux dignitaires sont élevés cette année aux fonctions de Khotip et Imam, appelés à présider l’ensemble des rites du mois sacré de Ramuwan, l’équivalent cham du Ramadan.

Par son caractère itinérant, la Suk Yung favorise les rencontres entre villages, les échanges entre jeunes, et renforce les liens affectifs et sociaux au sein du peuple cham. Plus qu’un rituel religieux, la fête devient un espace de cohésion communautaire, où s’harmonisent les héritages de l’islam Bani, les traditions brahmaniques et le culte des ancêtres.

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