Nguyên Thi Minh Tam, gardienne du rythme des tambours festifs

(VOVWORLD) - À 85 ans, l’artisane émérite Nguyên Thi Minh Tam, qui habite le quartier de Nghia Dô, dans l’arrondissement de Câu Giây, à Hanoï, continue de se consacrer avec passion à la préservation et à la transmission de l’art du tambour traditionnel. Pour elle, chaque battement de tambour ne résonne pas seulement comme un écho de la fête, mais incarne l’âme de la culture vietnamienne, un patrimoine qu’il faut chérir et faire vivre.
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L’artisane émérite Nguyên Thi Minh Tam. Photo: Hai Ly/ qdnd.vn

 Nguyên Thi Minh Tam est née à Nguyên Xa, une commune située dans le district de Dông Hung, dans la province de Thai Binh, une terre réputée pour sa riche tradition de marionnettes sur l’eau et de théâtre populaire chèo. Elle est issue d’une famille d’artistes, ses parents ainsi que ses frères et sœurs étant tous musiciens au sein de la troupe de marionnettes sur l’eau et de la troupe de chèo du village de Nguyên Xa. Dès son plus jeune âge, Minh Tam avait l’habitude d’observer les membres de sa famille jouer du tambour, des instruments à cordes, danser et chanter. Peu à peu, les rythmes vibrants de ces arts traditionnels ont imprégné son esprit sans qu’elle ne s’en rende compte. 

“J’ai toujours rêvé de pouvoir participer à un ensemble de tambours festifs traditionnels. Dans l’art des marionnettes sur l’eau, de nombreuses scènes mettent en scène des rituels de la cour royale, comme le célèbre ‘mariage des souris ainsi que d’autres spectacles, dans lesquels le son du tambour joue un rôle essentiel. Ces rythmes entraînants m’ont toujours captivée. Ma maison se trouvait à côté de la maison communale et de la pagode, si bien que chaque fois qu’une fête ou une cérémonie avait lieu, je sortais pour assister aux festivités. Bien que je sois une fille, j’étais assez turbulente. À chaque fois que j’entendais les tambours et que je voyais une paire de baguettes laissée là, je ne pouvais m’empêcher de les saisir pour en frapper quelques coups. C’est ainsi, petit à petit, que je me suis familiarisée avec les tambours et que je m’y suis profondément attachée”, dit-elle.

Depuis son enfance, l’artiste Minh Tam a appris seule à créer ses propres morceaux de tambour. Elle compose les rythmes, les essaie, puis les modifie petit à petit jusqu’à ce qu’ils soient parfaits.

Par ailleurs, elle a aussi appris plusieurs danses traditionnelles telles que les danses du drapeau, de l’éventail, des bols... 

“Je n’ai jamais suivi de formation officielle. Je crée moi-même des mélodies de tambour. Le tambour festif se distingue des autres types de tambours car il est généralement utilisé pour ouvrir des événements importants. Alors que d’autres sections de tambours n’exigent qu’une ou quelques personnes, le tambour festif nécessite toujours la participation d’un grand nombre de joueurs”, racconte-elle.

À ce jour, Nguyên Thi Minh Tam maîtrise plus de 40 morceaux de tambour, chacun durant environ 7 à 8 minutes. En ce qui concerne la danse traditionnelle, elle connaît presque toutes les danses utilisées lors des rituels et cérémonies, des fêtes et événements estivaux. 

“Lorsqu’un artiste joue du tambour, il doit sourire et transmettre de l’âme dans sa prestation. Son style doit être impeccable, combinant à la fois des mouvements de danse réguliers et un jeu de tambour rythmé et précis. Cela exige beaucoup d’entraînement pour que chaque geste soit exact et harmonieux”, précise-t-elle.

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Nguyên Thi Minh Tam participe régulièrement aux festivals. Photo: Nguyên Thi Minh Tam

En 2010, alors qu’elle participait à la grande célébration du Millénaire de Thăng Long – Hanoï, Nguyên Thi Minh Tam a eu l’idée de créer un club de tambours festifs. Malgré les difficultés, elle a réussi à convaincre plus de vingt personnes de rejoindre ce club. En plus d’investir ses propres économies, elle a également sollicité les contributions des membres pour acheter les tambours. Son premier club de tambours festifs a ainsi vu le jour et a rapidement vu son effectif grandir. 

“Elle est une artiste passionnée, dévouée et engagée. Elle nous transmet tout le savoir-faire et l’essence de l’art du tambour de Thang Long. Ses morceaux de tambour sont pleins d’âme, semblables à une chanson aux temps variés, tantôt graves, tantôt légers, tantôt doux, tantôt rapides. Je l’admire beaucoup”, indique Nguyên Thanh Hương, membre du club de tambours festifs du quartier de Nghia Dô.

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Nguyên Thi Minh Tam transmet son savoir à des dizaines d’ensembles de tambours. Photo: Hai Ly/ qdnd.vn
À ce jour, Nguyên Thi Minh Tam a transmis son savoir à des dizaines d’ensembles de tambours des temples de Nam Dông, Vong Thi, Dông Cô, Bai An, An Phu, Quan Dôi et Cô Nhuê. Elle est actuellement la cheffe de la troupe artistique de tambours festifs Thang Long UNESCO du Vietnam.

“J’enseigne dans tout Hanoï et dans d’autres provinces, afin de transmettre l’art des tambours festifs aux jeunes générations. Je donne aussi des cours en ligne, y compris aux communautés vietnamiennes résidant à l’étranger”, dit-elle.

En reconnaissance de son engagement dans la préservation de l’art des tambours festifs, Nguyên Thi Minh Tam a reçu plusieurs distinctions honorifiques de l’UNESCO. En 2022, elle s’est vue décerner par le président de la République le titre d’«Artisaneémérite», pour sa contribution à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, notamment dans le domaine des arts du spectacle traditionnel.

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