Frappes israélo-américaines contre l’Iran: le Moyen-Orient à l’épreuve d’un nouvel embrasement

(VOVWORLD) - Le 28 février, les forces américaines et israéliennes ont lancé une opération militaire présentée comme préventive contre l’Iran. La riposte de Téhéran, immédiate et d’une ampleur inédite, a embrasé plusieurs théâtres au Moyen-Orient. À peine refermé le cycle de négociations nucléaires du 26 février à Genève, resté sans issue, le fracas des armes a supplanté la diplomatie.

Il s’agit du second affrontement militaire direct en moins d’un an entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part, après l’épisode de juin dernier. Mais, sur plusieurs plans, le contexte a changé, et les lignes rouges avec lui.

Un pari à haut risque pour toutes les capitales

Dès les premières heures, les frappes américaines et israéliennes ont visé des cibles de premier plan au sein de l’appareil d’État iranien. Le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a été tué dès le premier jour du conflit, aux côtés de plusieurs hauts responsables militaires. En représailles, l’Iran a tiré des centaines de missiles et de drones contre des objectifs en Israël, mais aussi des bases américaines situées aux Émirats arabes unis, au Qatar, à Bahreïn, en Arabie saoudite et au Koweït.

L’escalade s’est révélée plus rapide et plus large que celle observée lors du précédent affrontement. Pour nombre d’analystes, la différence tient à l’évolution de la posture américaine et aux intentions affichées par le président Donald Trump, qui a évoqué explicitement l’objectif d’un changement de régime à Téhéran.

Selon Jonathan Panikoff, directeur du programme «Middle East Security Initiative» au Conseil de l’Atlantique, cette virage stratégique représente un défi majeur. D’après lui, rien ne garantit que Washington puisse atteindre un tel objectif, et le facteur temps pourrait jouer contre la Maison-Blanche.

«Au cours des premiers jours, l’élan et l’adhésion peuvent être au rendez-vous. Mais à mesure que le conflit s’enlise et que les pertes s’accumulent, il deviendra plus difficile pour Donald Trump de maintenir le soutien, y compris parmi certains élus républicains et indépendants à travers les États-Unis», indique-t-il.

Même constat du côté de Burcu Ozcelik, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au Royal United Services Institute (RUSI). À ses yeux, l’issue d’une telle confrontation reste impossible à anticiper, chaque frappe appellantune réplique dans un engrenage difficile à stopper.

«C’est un pari considérable pour tous les acteurs. Les inconnues sont trop nombreuses. Pour Donald Trump, des pertes humaines pourraient se transformer en revers politique majeur et susciter une réaction défavorable de l’opinion américaine. Pour Israël, l’ampleur des dommages potentiels reste difficile à mesurer. Et, bien sûr, l’Iran joue lui aussi sa stabilité et son avenir», note-t-elle.

Une onde de choc régionale aux répercussions mondiales

Ce nouvel épisode survient dans un Moyen-Orient déjà fragilisé par près de trois années de guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, par les affrontements avec le Hezbollah au Liban, et par le précédent duel direct israélo-iranien de juin dernier. L’équilibre sécuritaire régional s’en trouve davantage déstabilisé.

L’élément le plus préoccupant réside désormais dans la dimension transnationale du conflit. Les frappes iraniennes contre des bases américaines situées dans plusieurs pays du Golfe exposent ces États à des représailles directes et élargissant de facto le périmètre conflit.

Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, observe que la vigueur de la réponse iranienne a pris de court nombre de dirigeants et d’opinions publiques de la région. Le risque d’une extension des frappes à des infrastructures énergétiques stratégiques fait planer la menace d’un choc pétrolier d’ampleur mondiale.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a pour sa part mis en garde contre une spirale incontrôlable et déploré l’échec des efforts diplomatiques.

«Les actions militaires s’étendent rapidement à travers la région, créant une situation extrêmement fragile et imprévisible, et augmentant le risque d’erreur de calcul. Rappelons qu’après les cycles de discussions politiques, les préparatifs en vue de discussions techniques à Vienne étaient achevés. Je regrette profondément que cette occasion diplomatique ait été gaspillée», déclare-t-il.

Les répercussions se font déjà sentir sur l’économie mondiale. Les marchés financiers ont réagi par un mouvement de repli vers les valeurs refuges. L’or s’est envolé, tandis que les actifs plus risqués - actions en Asie-Pacifique, contrats à terme américains, cryptomonnaies - ont reculé.

L’annonce, le 1er mars, par Donald Trump, de la poursuite des opérations militaires en Iran alimente la crainte d’un conflit appelé à durer. En arrière-plan, la fermeture du détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce et des flux énergétiques mondiaux, concentre toutes les inquiétudes.

Au-delà des bilans militaires, c’est l’architecture même de la stabilité régionale qui vacille. La paix au Moyen-Orient, déjà précaire, affronte une nouvelle épreuve. Et avec elle, l’équilibre économique et géopolitique mondial reste suspendu à l’issue d’un bras de fer dont les conséquences demeurent imprévisibles.

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