(VOVWORLD) - Dans les montagnes du Nord-Ouest du Vietnam, quand les champs viennent d’être moissonnés et que le riz nouveau embaume les maisons, le peuple Kho Mu célèbre sa fête la plus importante, la Ma Gro, au cours de laquelle il est de coutume de mander chance et bénédictions.
Un plateau d’offrandes garni de produits de la forêt et de la montagne, préparé par les Kho Mu pour être présenté aux ancêtres et aux divinités lors de la fête de Ma Gro. Photo: Tòng Duc Anh/VOV au Nord-Ouest |
Ancrée dans le cycle agricole, cette cérémonie marque la fin d’une année de labeur et le début d’un nouveau temps placé sous la protection des ancêtres. Organisée après la récolte, généralement aux onzième et douzième mois lunaires, elle est fixée à une date choisie avec soin, en évitant uniquement le jour anniversaire du décès des parents, car Ma Gro est avant tout une affaire de filiation et de mémoire.
Dans chaque foyer, l’autel des ancêtres est dressé avec respect. Les offrandes, modestes et proches de la vie quotidienne d’autrefois, racontent l’histoire d’un peuple longtemps attaché à la forêt et à la montagne: ignames, pousses de bambou, insectes, viande fumée, poulet bouilli, soupe traditionnelle… Rien d’ostentatoire, mais une symbolique forte que nous explique Mè Duy Chinh, un habitant la commune de Yên Châu, dans la province de Son La.
«Le rituel de la fête du riz nouveau chez les Kho Mu existe depuis la fondation des villages. Il est organisé une fois par an. C’est une cérémonie pour présenter aux ancêtres les produits du travail accompli tout au long de l’année. Nous prions pour que les ancêtres protègent chaque membre de la famille, écartent les maladies et les difficultés de l’année écoulée. Ainsi, nous pouvons accueillir la nouvelle année avec de bonnes récoltes, la prospérité et le bonheur», indique-t-il.
Le chaman accomplit le rituel d’offrande lors de la cérémonie Ma Gro. Photo: Tòng Duc Anh/VOV au Nord-Ouest |
La cérémonie se déroule dans le cadre familial, mais elle rassemble aussi parents, proches et voisins. Selon la coutume, seules les familles dont les parents sont décédés organisent le rituel. Le chef de famille, ou le fils aîné si le père n’est plus, assume le rôle de maître de cérémonie.
Le premier acte est le sacrifice d’un coq. Après avoir purifié le couteau et le bec de l’animal, le maître de maison recueille quelques gouttes de sang tout en invoquant les ancêtres. Il demande santé, paix et chance pour les siens. Suit l’invitation solennelle aux ancêtres à venir partager le festin avec leurs descendants. Un rituel d’appel et de protection des âmes complète la cérémonie, avant que les ancêtres ne soient symboliquement invités à se restaurer, puis raccompagnés vers le monde invisible. Une tradition singulière qui inspire la jeune génération, à en croire Lu Thi Lan, une jeune Kho Mu de Yên Châu.
«Chaque année, nous souhaitons participer à la cérémonie de demande de chance et de bénédictions, pour remercier les esprits d’avoir accordé des pluies favorables, de bonnes récoltes et la réunion de la famille. C’est une tradition que nous continuerons à sauvegarder», nous dit-elle.
Après la cérémonie, les habitants se retrouvent joyeusement autour des jarres d’alcool de riz à boire à la paille, s’échangeant des vœux de paix, de bonheur et de bonne fortune. Photo: Tòng Duc Anh/VOV au Nord-Ouest |
Lorsque les rites s’achèvent, la gravité cède la place à la fête. Autour des jarres d’alcool à siroter ensemble avec des pailles, aux sons des tambours et des gongs, les chants s’élèvent et les danses se prolongent jusque tard dans la nuit.
Le rituel consistant à appliquer du sang de poulet sur les pieds de chaque participant à la cérémonie. Photo: Tòng Duc Anh/VOV au Nord-Ouest |
Ma Gro devient alors un espace de cohésion communautaire, un moment où l’on resserre les liens et où l’on transmet aux plus jeunes la mémoire des anciens.
Danse traditionnelle du peuple Kho Mu, exprimant le souhait d’une vie prospère et heureuse. Photo: Tòng Duc Anh/VOV au Nord-Ouest |
Dans la lumière vacillante des foyers et la musique qui traverse la nuit montagnarde, les Kho Mu affirment leur attachement à leurs racines et leur confiance dans les saisons à venir.