Quatre-vingt-un ans plus tard, le Vietnam a profondément changé et sa place sur la scène internationale n'est plus celle d'hier. Mais les leçons de cet automne 1945, elles, n'ont rien perdu de leur actualité. Car l'héritage de la Révolution d'Août ne se résume pas à la mémoire d'une victoire. C'est aussi, d'une certaine manière, une méthode: savoir mobiliser la force du peuple, saisir le bon moment, compter sur ses propres ressources et agir avec détermination: autant de principes que le Vietnam cherche aujourd'hui encore à traduire dans sa trajectoire de développement.
Saisir le moment, mobiliser le peuple
La Révolution d'Août de 1945 n'est pas née du hasard. Elle a été précédée d'un long travail de préparation politique et d'organisation. Mais lorsque les circonstances sont devenues favorables, il a fallu agir vite. Pour l'ancien ministre vietnamien des Affaires étrangères Nguyên Dy Niên, la capacité à saisir cette fenêtre historique a été déterminante.
«Savoir saisir l'opportunité, c'est essentiel. En 1945, pour obtenir l'indépendance, le Président Hô Chi Minh a choisi un moment très particulier: la France venait d'être évincée d'Indochine par le Japon, ce dernier capitulait devant les Alliés, et les grandes puissances n'avaient pas encore décidé du sort des colonies. Il y avait alors un vide de pouvoir. Et c'est dans ce contexte que Hô Chi Minh a conduit le peuple à prendre le pouvoir et à fonder la République démocratique du Vietnam», explique-t-il.
Cette leçon trouve aujourd'hui un écho particulier dans un monde en mutation rapide. Les opportunités de développement ne prennent plus la même forme qu'en 1945. Elles se trouvent désormais dans les bouleversements de l'économie mondiale, les avancées scientifiques et technologiques, la transformation numérique, l'intelligence artificielle ou encore la recomposition des chaînes d'approvisionnement. La question, pourtant, reste la même: comment reconnaître une opportunité, s'y préparer et agir suffisamment vite pour la transformer en résultat?
L'autre grande leçon de la Révolution d'Août tient à la mobilisation du peuple. La force de millions de Vietnamiens, réunie autour d'un même objectif, s'était alors transformée en force nationale. Aujourd'hui encore, le développement du pays repose avant tout sur sa ressource la plus précieuse: ses femmes et ses hommes. Développer le Vietnam ne consiste donc pas seulement à mobiliser davantage de capitaux ou de ressources matérielles. Il s'agit aussi de créer les conditions permettant à chaque individu de donner le meilleur de lui-même: offrir aux jeunes des perspectives, aux intellectuels un espace pour créer, aux entreprises un environnement favorable à leur développement.
«Le Parti communiste et l'État vietnamiens accordent une grande importance au développement de l'être humain. Aujourd'hui, nous construisons progressivement un gouvernement numérique, une économie numérique, une société de citoyens numériques. L'objectif est aussi de garantir, étape par étape, les droits et les possibilités de développement de chaque citoyen», a dit l'avocat Dang Van Cuong, du barreau de Hanoï.
Placer l'être humain au centre du développement, c'est aussi prolonger, sous une autre forme, l'esprit de la Révolution d'Août: la force d'un pays commence par celle de son peuple. Et l'aspiration d'une nation se construit d'abord à partir des aspirations de chacun.
Compter sur ses propres forces sans se fermer au monde
La Révolution d'Août a ouvert l'ère de l'indépendance nationale. Dans le Vietnam d'aujourd'hui, cet esprit se traduit notamment par la recherche d'une plus grande autonomie et d'une meilleure capacité de résilience.
Compter sur ses propres forces ne signifie pas se replier sur soi-même. Le Vietnam poursuit au contraire son intégration internationale, attire les capitaux étrangers, recherche les technologies et les savoir-faire, et s'ouvre à de nouveaux marchés. Mais cette ouverture s'accompagne d'une exigence: préserver sa capacité à faire ses propres choix. Un Vietnam ouvert, mais non dépendant. Intégré, mais maître de ses orientations. Engagé dans la coopération internationale, tout en plaçant l'intérêt national et celui de sa population au premier plan. C'est, dans des conditions nouvelles, une autre manière de prolonger l'esprit d'indépendance de 1945. Cette ambition suppose également de lever les obstacles qui freinent encore le développement: les blocages institutionnels, les insuffisances en matière d'infrastructures ou encore les défis liés aux ressources humaines. L'enjeu est de ne pas attendre que les conditions idéales soient réunies, mais de créer soi-même les conditions du changement.
«Il faut savoir repérer les opportunités suffisamment tôt et les transformer en résultats concrets. Nous ne pouvons pas rester assis à attendre que les conditions favorables arrivent, ni agir seulement lorsque les événements se sont déjà produits. Il faut avoir confiance sans être imprudent, être audacieux sans céder à l'aventure, rester souple tout en tenant fermement à ses principes. Il faut aussi élargir la coopération tout en renforçant notre autonomie stratégique, nos forces internes et notre capacité de résilience», a résumé Tô Lâm secrétaire général du Parti communiste et président vietnamien.
L'automne 1945 a ouvert une nouvelle ère pour la nation vietnamienne. L'automne d'aujourd'hui pose une autre exigence: transformer les acquis de l'indépendance en ressources pour le développement et faire de l'aspiration à un Vietnam fort et prospère une réalité concrète.
C'est peut-être là que réside la continuité la plus profonde entre le Vietnam de 1945 et celui d'aujourd'hui: la conviction que l'histoire ne vaut pas seulement par ce qu'elle rappelle, mais aussi par l'élan qu'elle donne pour avancer.
