Les chiffres publiés par le ministère des Finances dressent le portrait d'une économie qui avance rapidement, sans pour autant avoir consolidé tous ses fondamentaux.

Des objectifs de croissance sous surveillance

Présenté lors de la réunion gouvernementale du 3 juin, le rapport du ministère met en lumière plusieurs collectivités particulièrement dynamiques. C'est notamment le cas de Haï Phong. La ville portuaire devrait enregistrer une croissance de 13,47% au deuxième trimestre, la plus élevée du pays. Sur l'ensemble du premier semestre, son Produit Intérieur Brut Régional (GRDP) progresserait de 12,42%, avant d'atteindre 13,09% à la fin de l'année, soit un niveau conforme à l'objectif fixé.

D'autres provinces, comme Phu Tho, Ninh Binh, Thai Nguyên ou Hà Tinh, affichent également une trajectoire favorable.

La situation est en revanche plus préoccupante dans plusieurs grands pôles économiques. Selon les projections du ministère des Finances, Hô Chi Minh-Ville, Hanoï, Bac Ninh ou encore Quang Ninh risquent de terminer l'année en dessous de leurs objectifs. Une perspective qui pourrait peser sur l'ambition nationale de croissance à deux chiffres.

Le ministre des Finances, Ngô Van Tuân, a particulièrement insisté sur le rôle de la capitale:

«La croissance de Hanoï est absolument déterminante. Chaque point de croissance supplémentaire dans la capitale contribue à hauteur de 0,13% à la croissance nationale. Si Hanoï n'atteint que 8,2%, le pays perdrait à lui seul 0,4 point de croissance. Or l'économie hanoïenne repose principalement sur le commerce et les services, qui représentent près de 70% de son activité. Après six mois, ce secteur ne progresse que de 8,1%, soit 3,5% de moins que l'objectif fixé. Les exportations, elles, n'augmentent que de 4,2%. Pour atteindre les objectifs annuels, Hanoï devra enregistrer une croissance proche de 11,9% au troisième trimestre puis de plus de 13% au quatrième. Ce sont des objectifs extrêmement ambitieux», a-t-il dit.

Parallèlement, le ministère des Finances prépare un vaste dispositif de répartition des indicateurs de développement entre ministères, collectivités locales, groupes publics et grandes entreprises d'État.

Trente-quatre indicateurs ont déjà été examinés pour la période 2026-2030 et pour l'année en cours. Au-delà du seul objectif de croissance régionale, les autorités entendent attribuer des cibles précises concernant la production industrielle, les performances sectorielles — agriculture, sylviculture et pêche, industrie et construction— les ventes au détail ou encore les recettes issues des services.

Les grandes métropoles en première ligne

Pour atteindre l'objectif national, les principales locomotives économiques du pays sont appelées à fournir un effort supplémentaire considérable.

Selon les calculs gouvernementaux, Hô Chi Minh-Ville devra gagner 1,7 point de croissance supplémentaire par rapport à sa trajectoire actuelle. Hanoï devra en gagner 2,75 et Bac Ninh 1,1. Une équation complexe qui exige des mesures fortes et un pilotage étroit.

La semaine dernière, le Premier ministre Lê Minh Hung a réuni successivement les dirigeants de Hanoï puis ceux de Hô Chi Minh-Ville pour faire le point sur leurs plans d'action. Lors de sa rencontre avec les autorités hanoïennes, le 11 juin, il a appelé à une mobilisation totale:

«Il faut mettre pleinement en œuvre la loi sur la Capitale et utiliser tous les mécanismes innovants qu'elle permet afin de créer un environnement institutionnel plus favorable au développement. La deuxième priorité consiste à renforcer les liens entre Hanoï et les localités du delta du fleuve Rouge, notamment dans les infrastructures de transport, la protection de l'environnement, la gestion des ressources en eau et l'organisation des chaînes d'approvisionnement. Nous devons mobiliser toute notre énergie et toute notre détermination pour atteindre une croissance de 11%, voire davantage», indique-t-il.

Le même message d'urgence a été adressé à Hô Chi Minh-Ville.

«La ville doit définir des missions précises pour chaque département, chaque localité et, surtout, pour les entreprises implantées sur son territoire. Il faut des objectifs concrets dans tous les domaines: industrie, construction, commerce, services, agriculture, science et technologie, ainsi que pour les grands projets d'investissement. Je demande également une réévaluation rigoureuse des scénarios de croissance actuels et leur ajustement si nécessaire, avec une répartition claire des responsabilités et une résolution immédiate des obstacles rencontrés», a martelé le chef du gouvernement.

L'objectif d'une croissance du PIB de 10% en 2026 ne pourra être atteint sans une mobilisation de tout le système politique. Et parmi les leviers les plus décisifs figurent les grandes métropoles du pays, notamment Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, dont les performances pèseront lourd dans le résultat final.