Le front diplomatique, oui…
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, est devenu le principal défenseur de cette approche. À l'occasion du sommet Union européenne-Moldavie du 22 juin, il a réaffirmé, pour la troisième fois en moins d'un mois, la nécessité d'établir un canal de communication avec le Kremlin. Selon plusieurs sources européennes, de premiers contacts diplomatiques limités auraient déjà été engagés. Antonio Costa:
«Ce que je fais, c'est ouvrir un canal diplomatique. Lorsque nous voulons parler avec la Russie, nous devons pouvoir l'écouter directement. Et lorsque nous avons un message à lui adresser, nous devons le transmettre directement», a déclaré le président du Conseil européen.
Pour Antonio Costa, l'Union ne peut se contenter d'exercer une pression sur Moscou par les sanctions tout en renforçant son soutien à Kiev. Elle doit également investir le terrain diplomatique, d'autant que les précédentes tentatives de négociation ont essentiellement réuni la Russie, l'Ukraine et les États-Unis, laissant les Européens en marge malgré leur implication politique, financière et militaire.
Cette analyse est largement partagée par plusieurs capitales européennes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président français Emmanuel Macron ou encore la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni estiment tous que l'Union doit être représentée à la table des négociations, non comme médiatrice, mais comme partie directement concernée par les conséquences du conflit. Emmanuel Macron:
«Le jour où il y aura des négociations, les Européens devront être présents. Il en va des intérêts de l'Europe, à travers le soutien que nous avons apporté à l'Ukraine, les questions liées à l'élargissement, mais aussi les engagements financiers que nous avons pris. L'Union européenne doit donc être représentée, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, aura toute sa place à cette table des négociations», a souligné le président français.
Si certains États membres, notamment en Europe orientale et dans les pays baltes, demeurent prudents face à cette ouverture diplomatique, Kiev accueille cette évolution avec davantage de bienveillance. Le président Volodymyr Zelensky appelle lui-même les Européens à jouer un rôle plus actif, alors que les discussions tripartites entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine restent dans l'impasse depuis leur dernière rencontre à Genève, en février. Sa lettre adressée le 4 juin au président Vladimir Poutine illustre également une volonté renouvelée de maintenir une voie diplomatique ouverte.
… mais comment?
Reste toutefois une question essentielle: qui parlera au nom de l'Europe?
Rome défend depuis plusieurs mois l'idée de désigner un envoyé spécial unique chargé des contacts avec Moscou. Giorgia Meloni estime qu'une personnalité issue d'une grande puissance européenne risquerait de susciter les réticences de certains partenaires et de compliquer la recherche d'un consensus.
«Si nous voulons obtenir des résultats, il sera très difficile de désigner une personnalité issue de l'un des plus grands pays européens. Cela rendrait un accord encore plus difficile. Je pense qu'il faudrait plutôt se tourner vers une puissance européenne de taille intermédiaire», explique-t-elle.
Ce débat reflète les équilibres délicats que l'Union doit préserver entre les intérêts parfois divergents de ses États membres. Les tentatives passées de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni - le groupe dit «E3» - pour conduire les initiatives diplomatiques avaient déjà suscité des réserves chez plusieurs partenaires européens, soucieux d'éviter qu'un petit nombre de capitales ne monopolise la politique étrangère de l'Union.
Le contexte international pourrait néanmoins offrir une fenêtre d'opportunité. L'apaisement relatif des tensions au Moyen-Orient, après l'accord conclu entre Washington et Téhéran, pourrait permettre à l'administration de Donald Trump de recentrer son attention sur le dossier ukrainien. Les déclarations du président américain lors du récent sommet du G7 en France ont d'ailleurs confirmé un regain d'intérêt pour ce conflit.
Photo d’archive: REUTERS / Ramil Sitdikov
Pour autant, rien ne garantit que Moscou souhaite accélérer le dialogue. Le 19 juin, le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a continué de dénoncer la politique européenne.
«Les Européens devraient observer attentivement la réalité, y compris celle du conflit en Ukraine. Si des forces favorables à une reprise du dialogue avec la Russie apparaissent, non pour donner des leçons ou lancer des ultimatums, mais pour engager un véritable dialogue entre les deux parties, alors le président Poutine et la Russie seront prêts à examiner cette possibilité», a-t-il déclaré.
À cette équation déjà complexe s'ajoute une autre incertitude: les relations transatlantiques. Malgré un intérêt renouvelé pour le dossier ukrainien, Washington continue de critiquer certains choix européens, notamment à travers ses annonces concernant le redéploiement des forces américaines sur le continent.
Pour les dirigeants européens, l'enjeu dépasse désormais la seule guerre en Ukraine. Il s'agit aussi de démontrer que l'Union est capable de défendre elle-même ses intérêts stratégiques et de peser dans les négociations qui façonneront l'ordre de sécurité européen de l'après-guerre. Reste à savoir si cette volonté politique suffira à convaincre Moscou d'ouvrir un véritable dialogue.
