Le contexte est particulier: les deux partenaires subissent de fortes pressions sur les plans économique, commercial et sécuritaire, y compris de la part de leurs alliés traditionnels.

Diversifier les partenariats

Ce sommet suscite de grandes attentes. Et pour cause, il intervient plus d’un mois après l’annonce surprise de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a déclaré, lors de son discours sur l’état de l’Union, le 16 septembre, que l’Union européenne souhaitait faire du Canada son premier «membre associé».

L’opposition de plusieurs États membres influents à cette proposition, pour des raisons juridiques, pourrait conduire les deux parties à rechercher, à terme, une formule plus consensuelle. Mais dans le projet de déclaration commune, l’Union européenne et le Canada réaffirment leur volonté de bâtir «un partenariat toujours plus étroit», sans aller jusqu’à une adhésion à part entière.

La pierre angulaire de cette relation sera l’Alliance pour l’avenir, un cadre destiné à approfondir leur coopération stratégique dans des secteurs essentiels: commerce numérique, minéraux critiques, énergie, technologies ou encore lutte contre les incendies de forêt. Les deux partenaires entendent également élargir les possibilités d’études, de travail et de recherche de part et d’autre de l’Atlantique, notamment dans le cadre du programme Erasmus+. Ils envisagent par ailleurs de renforcer les interconnexions énergétiques, y compris à travers d’éventuelles exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe.

Le Premier ministre canadien Mark Carney estime que cette alliance ouvrira de nouvelles perspectives pour les Canadiens et, surtout, contribuera à renforcer la souveraineté du pays face aux bouleversements géopolitiques mondiaux.

«C’est là le cœur du sujet, et c’est précisément la raison pour laquelle nous avons lancé cette initiative - ou, du moins, la raison pour laquelle j’ai commencé par élaborer une stratégie de sécurité nationale. Cette nouvelle alliance n’est pas un simple coup de communication. Peu importe le nom qu’on lui donne. L’essentiel, c’est que nos complémentarités renforcent notre souveraineté, tout comme celle de l’Europe», a-t-il déclaré.

Dans la stratégie canadienne de diversification des partenariats, l’Union européenne s’impose comme un choix naturel et prioritaire. Les deux parties sont non seulement des alliés proches sur les plans politique et sécuritaire, mais elles bénéficient aussi de l’un des accords de libre-échange les plus aboutis au monde, l’Accord économique et commercial global, connu sous son sigle anglais CETA.

En 2025, leurs échanges de biens et de services ont atteint quelque 130 milliards d’euros, soit une hausse de plus de 80 % par rapport à 2016. À la veille du sommet de Montréal, une étude de TD Economics, le service d’analyse économique de la banque canadienne TD, soulignait que le Canada pourrait tirer des bénéfices «considérables» d’un approfondissement de ses relations économiques avec l’Europe. La levée des obstacles dans des secteurs comme la défense, l’énergie, les minéraux critiques et le marché numérique pourrait ainsi générer des dizaines de milliards de dollars supplémentaires d’échanges bilatéraux.

Ces perspectives revêtent une importance particulière pour Ottawa, d’autant plus que ses relations avec les États-Unis, son voisin et principal allié, se sont considérablement dégradées ces derniers temps, sous l’effet de la guerre commerciale et des ambitions géopolitiques complexes du président américain Donald Trump. Le Canada s’est ainsi fixé pour objectif de doubler, en dix ans, ses échanges commerciaux avec les partenaires autres que les États-Unis.

Des défis à relever en commun

La stratégie canadienne de diversification rejoint les ambitions de l’Union européenne, qui cherche notamment à réduire les risques liés à ses dépendances économiques vis-à-vis de grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, et qui entend également renforcer son autonomie et sa capacité d’action dans les domaines de la sécurité et de la géopolitique.

Dans ses relations avec Ottawa, Bruxelles ne s’intéresse donc pas seulement aux intérêts économiques et technologiques ni aux valeurs culturelles et institutionnelles partagées. Elle souhaite aussi approfondir la coopération en matière de sécurité dans l’Arctique, où le Canada compte parmi les principaux acteurs régionaux.

Le 19 octobre, l’Union européenne a présenté sa nouvelle stratégie pour l’Arctique. À la veille du sommet de Montréal, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a de nouveau souligné l’importance d’une coopération avec le Canada dans cet espace stratégique, alors que plusieurs puissances, notamment la Russie, les États-Unis et la Chine, y renforcent leur présence.

«Alors que nous voyons la Russie reconstituer sa présence militaire dans l’Arctique et redessiner le paysage sécuritaire de la région, nous constatons que ces évolutions concernent aussi bien l’Union européenne que le Canada. Nous devons donc agir et adapter notre posture stratégique», a-t-elle plaidé.

Mais le fait est que, malgré de nombreux intérêts stratégiques convergents, l’Union européenne et le Canada doivent également composer avec un défi commun particulièrement délicat: leurs relations avec les États-Unis, leur allié le plus important. Face au rapprochement entre les deux partenaires, qualifié d’«inédit», Donald Trump a déjà menacé de prendre des mesures commerciales sévères contre l’un comme contre l’autre si cette coopération venait à porter atteinte aux intérêts américains.

Concilier les intérêts européens et canadiens avec ceux de Washington ne sera donc pas une tâche aisée. Wang Yaojing, professeur associé d’économie à l’Université de Pékin, estime que l’Europe ne peut pas simplement se substituer aux États-Unis. Son rapprochement avec le Canada doit ainsi s’inscrire dans une configuration à trois pôles.

Le Premier ministre Mark Carney en est conscient. À la veille du sommet avec l’Union européenne, il a annoncé que les négociations entre le Canada et les États-Unis progressaient favorablement. Les deux pays cherchent à parvenir à un accord qui mette fin au conflit commercial et soit bénéfique pour les deux parties.