Maintenir Moscou à la table des négociations

Promulguée le 18 septembre, la loi Lindsey Graham vise à durcir les sanctions contre la Russie. Elle prévoit notamment de cibler les responsables russes, les banques ainsi que les secteurs de l’énergie et de la défense. Elle s’attaque également à la «flotte fantôme», ces pétroliers que Moscou utiliserait pour contourner les sanctions occidentales. Le texte autorise par ailleurs le président américain à imposer jusqu’à 100% de droits de douane sur les produits importés des pays qui achètent le plus de pétrole et de gaz russes. Mais avant même l’entrée en vigueur de ces mesures, Donald Trump a décidé d’en suspendre une grande partie, notamment celles portant sur les sanctions et les droits de douane. Pour justifier ce revirement, le président américain met en avant deux objectifs. Le premier est de maintenir Moscou à la table des négociations pour parvenir à mettre fin au conflit en Ukraine. Le second est d’empêcher la Russie d’intensifier son soutien à l’Iran. Selon Donald Trump, acculée par les sanctions, Moscou pourrait être tentée d’apporter une aide accrue à Téhéran. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a lui aussi défendu cette approche dans les médias américains.

“C’est une incitation pour la Russie. Si elle acceptait de réduire les hostilités en Ukraine, par exemple en concluant une trêve dans le secteur énergétique ou en diminuant l’intensité des combats, elle pourrait reprendre ses exportations de diesel vers les marchés mondiaux et en tirer un bénéfice concret. Il s’agit donc d’un levier pour encourager la fin du conflit, et non d’une bouée de sauvetage économique pour la Russie”, explique-t-il.

Parallèlement à la suspension temporaire des sanctions contre la Russie, une autre information suscite ces derniers jours l’inquiétude de Kiev et des pays européens: les États-Unis auraient réduit le débit du réseau internet par satellite Starlink, y compris de sa version militaire, Starshield. Une telle mesure pourrait perturber les opérations de l’armée ukrainienne.

Une pression croissante sur l’Ukraine et ses alliés européens

Face aux récents changements de position de Washington, Kiev et ses alliés européens s’interrogent: s’agit-il d’un changement de cap durable ou d’un ajustement tactique à l’approche des élections américaines de mi-mandat, prévues le 3 novembre? Et surtout, comment l’Ukraine et l’Europe doivent-elles réagir?

Lors du sommet européen tenu les 15 et 16 octobre à Bruxelles, la poursuite de l’aide économique et militaire à l’Ukraine s’est imposée comme une priorité. Malgré les difficultés auxquelles l’Union européenne est elle-même confrontée, notamment en matière de croissance et de financement, la plupart des États membres ont réaffirmé leur engagement à soutenir Kiev. Pour eux, il s’agit d’un enjeu géopolitique majeur, déterminant pour la sécurité à long terme du continent.

“Nous tenons à réaffirmer clairement notre position sur l’Ukraine. Nous sommes conscients que les États-Unis ont aussi leurs propres intérêts, et nous en prenons acte. Mais si nous soutenons l’Ukraine, c’est avant tout parce que sa sécurité est aussi dans l’intérêt de l’Europe”, a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz.

Pour l’Ukraine, la situation est plus délicate. Après l’annonce d’un accord sur le diesel entre Washington et Moscou, puis la suspension de certaines sanctions américaines contre la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vivement critiqué à plusieurs reprises le changement de cap de l’administration Trump, qu’il juge «erroné». Mais ces critiques pourraient se retourner contre Kiev, avertissent certains observateurs. Les déclarations de Washington ces derniers jours semblent conforter cette analyse. Le 18 octobre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rappelé que l’Ukraine avait toujours bénéficié de l’accès au réseau militaire Starshield. Il a toutefois souligné que la priorité des États-Unis était de mettre fin au plus vite à la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Selon lui, Kiev, comme Moscou, ferait donc mieux de concentrer ses efforts sur la recherche d’une issue au conflit plutôt que de critiquer les décisions de Washington.

Autre signal notable, Donald Trump s’est dit, le 19 octobre, prêt à participer à un sommet trilatéral réunissant les États-Unis, la Russie et la Chine, en marge du sommet de l’APEC, prévu en novembre à Shenzhen, en Chine. Les discussions porteraient notamment sur le conflit en Ukraine. Cette perspective inquiète Kiev, qui redoute que les grandes puissances ne négocient un règlement du conflit sans la participation directe de l’Ukraine, un scénario que les autorités ukrainiennes veulent à tout prix éviter.