Placé sous le thème «Cap sur un avenir commun» (Navigating Our Future, Together), ce sommet intervient à un moment charnière pour l’ASEAN, qui est désormais engagée dans une nouvelle phase de développement après l’aboutissement de la «Vision de la Communauté aséanienne 2025». Les dirigeants régionaux doivent maintenant définir les priorités qui structureront la mise en œuvre de la «Vision 2045», dans un contexte international marqué par une instabilité croissante.
Une ASEAN en quête d’autonomie stratégique
Les défis auxquels fait face l’ASEAN ne se limitent plus aux questions traditionnelles d’intégration économique ou de commerce régional. Les tensions géopolitiques entre grandes puissances, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la transition énergétique, la transformation numérique ou encore les risques de fragmentation de l’économie mondiale imposent désormais à l’organisation de renforcer sa capacité d’anticipation et de résilience.
Dans ce contexte, le thème choisi par les Philippines reflète une ambition claire, celle de préserver la capacité de l’ASEAN à maîtriser sa trajectoire stratégique et à éviter d’être entraînée dans les rivalités internationales.
Le 48e sommet marque ainsi une évolution importante dans l’approche du bloc régional. L’objectif n’est plus seulement de préserver l’unité interne, mais également de construire une véritable autonomie stratégique, fondée sur des capacités économiques, technologiques et logistiques renforcées. L’ASEAN cherche désormais à passer d’une posture d’adaptation à une logique plus proactive, en étant capable de façonner son propre environnement régional, comme a tenu à le souligne Theresa Lazaro, ministre philippine des Affaires étrangères.
«Face aux évolutions rapides de la situation internationale, l’ASEAN reste attachée à ses priorités de long terme. Le thème de la présidence philippine 2026, ‘Cap sur un avenir commun’, traduit la conviction que la région doit à la fois faire preuve de souplesse face aux défis immédiats et maintenir son engagement envers les objectifs de la Vision ASEAN 2045», a-t-elle déclaré.
Les discussions du sommet s’articulent autour de trois priorités majeures: le renforcement des fondements de la paix et de la sécurité régionales, le développement de corridors de prospérité et de connectivité économique, ainsi que l’autonomisation des populations de l’ASEAN.
Le Vietnam, un acteur de plus en plus influent
Dans cette dynamique, le Vietnam apparaît comme l’un des pays les mieux positionnés pour contribuer à cette nouvelle phase de développement de l’ASEAN. Grâce à sa croissance soutenue, à sa capacité à attirer des investissements étrangers, à l’accélération de sa transition numérique et au développement de son économie verte, notre pays s’impose progressivement comme un maillon central de la recomposition des chaînes d’approvisionnement régionales et mondiales.
Le secrétaire général de l’ASEAN, Kao Kim Hourn, y voit un modèle inspirant pour d’autres pays membres.
«L’économie vietnamienne connaît une croissance remarquable et nous saluons les avancées réalisées sous sa nouvelle direction. L’ASEAN vient d’entrer dans la phase de mise en œuvre de la Vision 2045 et des nouveaux plans stratégiques qui l’accompagnent. Dans ce contexte, je suis convaincu que le Vietnam apportera, sous différentes formes, une contribution importante au développement futur de l’organisation», a-t-il affirmé.
La participation de Lê Minh Hung à ce sommet, l’une de ses premières grandes activités diplomatiques multilatérales depuis sa prise de fonctions, revêt également une dimension politique forte: elle confirme, si besoin en était, que l’ASEAN demeure une priorité stratégique de la politique étrangère vietnamienne.
Pour Hanoï, l’enjeu ne se limite plus à participer aux mécanismes régionaux, mais consiste désormais à contribuer activement à leur orientation et à leur efficacité, comme nous l’a expliqué Tôn Thi Ngoc Huong, l’ambassadrice du Vietnam auprès de l’ASEAN.
«Le Vietnam continuera de travailler étroitement avec les autres États membres afin de renforcer les capacités de coordination et de réaction de l’ASEAN face aux évolutions complexes de la situation régionale et internationale. Notre pays contribuera également à la mise en œuvre de la Vision 2045, en veillant à rapprocher les objectifs communs de l’association des stratégies nationales de développement, au bénéfice des populations et des entreprises», a-t-elle déclaré.
Grâce à une diplomatie fondée sur l’équilibre, l’indépendance et le dialogue, le Vietnam est aujourd’hui perçu comme un acteur capable de contribuer à préserver le consensus interne de l’ASEAN tout en renforçant la centralité de l’organisation dans l’architecture régionale.
Notre pays ne se contente plus d’être un membre actif de l’ASEAN, il entend désormais participer pleinement à la définition des orientations stratégiques de la région.
