Réunis sous le slogan «Solidarité, Démocratie, Discipline, Renouveau, Développement», ce rendez-vous marque un tournant dans la conception même de l'action syndicale: passer d'une logique d'accompagnement traditionnel à une organisation plus moderne, plus agile, davantage ancrée sur le terrain et résolument tournée vers la transformation numérique.

Le signal le plus fort de ce nouveau mandat est d'ordre constitutionnel. Depuis le 16 juin 2025, l'article 10 de la Constitution révisée stipule que «la Confédération des syndicats du Vietnam est le seul représentant des travailleurs au niveau national dans les relations de travail et dans les relations syndicales internationales ».

Cette reconnaissance juridique renforce considérablement la place de l'organisation dans le paysage institutionnel vietnamien. Mais elle s'accompagne aussi d'une exigence: celle de se moderniser pour répondre aux défis d'une économie toujours plus ouverte et intégrée aux échanges internationaux.

Une représentation forte au service des travailleurs

Le Vietnam est entré dans une nouvelle phase de développement. La structure de la main-d'œuvre évolue rapidement, avec une part croissante des travailleurs employés dans le secteur privé et l'économie informelle. Dans le même temps, l'automatisation, l'intelligence artificielle et la transition numérique transforment en profondeur les métiers, les revenus et les qualifications.

Les relations de travail obéissent désormais davantage aux mécanismes du marché. Face à ces mutations, le syndicat ne peut plus se limiter à un rôle d'accompagnement. Il lui faut devenir une organisation représentative, capable de défendre efficacement les salariés grâce à des méthodes d'action renouvelées et à une expertise renforcée.

Pour le mandat 2026-2031, la Confédération entend placer le travailleur au cœur de son action et faire du terrain sa priorité.

L'objectif n'est plus seulement de réagir aux difficultés, mais d'agir en amont. Le dialogue social et la négociation collective devront devenir les principaux outils de protection des salariés, dès l'élaboration des politiques publiques et jusqu'au contrôle de l'application des lois.

La transformation numérique, les avancées scientifiques et technologiques ainsi que l'innovation sont désormais présentées comme les principaux leviers d'efficacité de l'action syndicale.

Selon les orientations du congrès, «la nouvelle ère du syndicat doit d'abord être une nouvelle ère pour le syndicat de base». Autrement dit, les responsables syndicaux sont appelés à être davantage présents auprès des travailleurs et au plus près de leurs réalités quotidiennes.

C'est dans cet esprit que le vice-président de la Confédération, Ngo Duy Hiêu, a présenté les principales préoccupations exprimées par les salariés à travers des dizaines de milliers de contributions recueillies avant le congrès:

«Les questions que les salariés suivent de très près — par exemple, que le salaire minimum devienne un salaire suffisant pour vivre: c'est une aspiration tout à fait légitime. Un salaire suffisant pour vivre, cela signifie que le travailleur doit pouvoir épargner, pour qu'en cas d'imprévu, il dispose d'une réserve financière pour faire face aux difficultés du quotidien. Le deuxième point, c'est la réduction du temps de travail, déjà inscrite dans une résolution de l'Assemblée nationale depuis 2019. Vient ensuite la question de l'abaissement de l'âge de la retraite pour certaines catégories de travailleurs, en particulier ceux qui exercent dans des conditions pénibles et dangereuses. Et il y a aussi la question des jours fériés.», a-t-il souligné.

L'objectif des quatre millions d'adhérents

Sur le plan des effectifs, les ambitions ont été revues à la hausse. Après consultation des organisations de base, le projet présenté au congrès fixe désormais un objectif de recrutement net d'au moins quatre millions de nouveaux adhérents, soit un million de plus que prévu initialement.

Pour atteindre cette cible, deux priorités ont été définies. La première consiste à investir pleinement l'espace numérique. À l'heure où les travailleurs s'informent, échangent et s'expriment de plus en plus en ligne, le syndicat entend renforcer sa présence sur internet. Être proche de l'espace numérique n'est plus seulement une question technique: c'est devenu un enjeu stratégique pour orienter l'information, apporter une aide rapide et lutter contre la désinformation.

La seconde vise à mieux articuler productivité et amélioration des conditions de vie. Le syndicat souhaite accompagner le développement des forces productives en encourageant les salariés à se former et à maîtriser les nouvelles technologies afin de devenir de véritables «ouvriers du numérique». L'idée est simple: la protection la plus durable consiste à permettre aux salariés de développer leurs compétences, de sécuriser leur emploi et de s'adapter aux évolutions technologiques. Les mouvements d'émulation seront ainsi repensés pour associer «travail de qualité», «haute productivité» et «bon revenu».

Toutes les orientations définies pour le mandat 2026-2031 convergent vers un même objectif: bâtir des syndicats plus modernes, plus concrets et plus proches des travailleurs. Des syndicats qui demeurent fidèles à leur mission politique et sociale sous la direction du Parti, tout en s'adaptant aux réalités de l'économie de marché. Des syndicats soucieux des conditions de vie immédiates des salariés, mais également engagés dans le renforcement durable de leurs compétences. Des syndicats qui défendent les droits des travailleurs tout en encourageant l'innovation, la créativité et la responsabilité dans le développement du pays.