Mercredi 10 juin, l'armée américaine a frappé plusieurs positions militaires iraniennes après le crash, la veille, d'un hélicoptère américain dans le détroit d'Ormuz. Téhéran a immédiatement riposté en visant une installation militaire américaine dans la région.
Des violations en série
Dans un communiqué, le Commandement central américain, le CENTCOM, a présenté ces opérations comme des actes de légitime défense menés sur ordre du président Donald Trump. Washington affirme que l'hélicoptère Apache a été abattu par les forces iraniennes au-dessus du détroit d'Ormuz le 9 juin, une accusation rejetée par Téhéran. Les frappes américaines ont notamment visé des systèmes radar et de défense antiaérienne à proximité du détroit ainsi que plusieurs installations dans la province méridionale de Hormozgan et sur l'île de Qeshm. En représailles, l'Iran a lancé des drones contre la base de la Cinquième Flotte américaine à Bahreïn.
Ces incidents s'inscrivent dans une série d'accrochages qui, depuis deux semaines, érodent progressivement le cessez-le-feu conclu le 8 avril. Cet accord avait mis fin à plusieurs semaines d'affrontements et ouvert des discussions sur deux dossiers majeurs: la réouverture du détroit d'Ormuz et l'avenir du programme nucléaire iranien.
Depuis lors, les violations de la trêve se sont multipliées. À chaque épisode, Washington comme Téhéran ont insisté sur le caractère «limité» de leurs actions tout en réaffirmant leur volonté de préserver le cessez-le-feu. Mais pour de nombreux observateurs, cet équilibre apparaît de plus en plus précaire.
Yossi Mekelberg, spécialiste des relations internationales et conseiller à Chatham House (l'Institut royal des affaires internationales du Royaume-Uni) rappelle qu'une trêve n'a jamais vocation à être une solution en soi:
"Un cessez-le-feu n'est jamais censé durer éternellement. C'est une mesure transitoire destinée à créer l'espace nécessaire à une solution plus durable. Tant que les causes profondes du conflit ne sont pas réglées, la fragilité demeure. En réalité, on cesse le feu pour pouvoir négocier la suite", déclare-t-il.
Les tensions ne se limitent toutefois pas au face-à-face entre Washington et Téhéran. Le 7 juin, la trêve a connu son épisode le plus critique lorsque l'Iran a tiré plusieurs missiles contre Israël en réponse à des frappes israéliennes menées dans la banlieue sud de Beyrouth. Israël a aussitôt répliqué en bombardant des cibles en Iran.
Il s'agit du premier échange militaire direct entre les deux pays depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. Pour de nombreux experts, cette confrontation est potentiellement plus dangereuse encore que les incidents impliquant les États-Unis. Le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu continue en effet d'afficher une ligne particulièrement ferme à l'égard de l'Iran et ne cache pas sa disposition à reprendre les hostilités si les circonstances l'exigent, au risque de compliquer les efforts diplomatiques engagés par Washington.
La diplomatie sous pression
Cette succession d'incidents contraste avec l'optimisme affiché ces dernières semaines par Donald Trump. Le président américain répète qu'un accord de long terme avec l'Iran serait proche, ouvrant la voie à la sécurisation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et à un nouveau cadre de discussions sur le nucléaire iranien. Mais les promesses tardent à se concrétiser, même alors que le conflit a franchi le cap symbolique des cent jours, le 8 juin.
D'après le New York Times, qui citait en début de semaine plusieurs sources haut placées, les discussions américano-iraniennes se concentrent désormais sur quatre points nucléaires fondamentaux: la suspension des activités d'enrichissement d'uranium pour une durée d'au moins quinze ans; la coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique pour diluer les stocks d'uranium enrichi; le démantèlement de trois sites nucléaires majeurs — Natanz, Fordo et Ispahan; et l'acceptation d'inspections internationales à tout moment et en tout lieu sur le territoire iranien.
Donald Trump lui-même a récemment reconnu qu'un accord semblait «à portée de main», tout en admettant que les discussions pourraient entrer dans leur dernière phase.
Jared Mondschein, directeur de recherche au Centre d'études américaines, souligne par ailleurs que le vote de la Chambre des représentantsdu 3 juin, limitant les pouvoirs de guerre du président, traduit une pression croissante au sein même des États-Unis en faveur d’une sortie rapide du conflit:
"Je ne pense pas qu'il existe une solution simple ou rapide entre les États-Unis et l'Iran. Ce dossier risque de continuer à peser sur l'administration Trump pendant plusieurs mois. Chaque fois qu'un accord semble se rapprocher, une partie du camp républicain s'y oppose, estimant qu'il ressemble trop à celui que l'administration Obama avait conclu avec Téhéran", dit-il.
Du côté iranien, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi a réaffirmé le 9 juin l'attachement de son pays à une issue négociée. Mais il a également souligné que les forces armées iraniennes restaient prêtes à répondre à toute menace. Le ministre a enfin rappelé que le détroit d'Ormuz constituait, selon Téhéran, un espace partagé entre l'Iran et Oman et que la meilleure manière de prévenir de nouveaux incidents passait par le retrait des forces étrangères présentes dans la région.
