Plus de 808.000 milliards de dôngs, soit environ 32 milliards de dollars, doivent y être consacrés, avec une priorité accordée aux territoires les plus défavorisés. Au-delà de l’importance de l’enveloppe budgétaire, ce choix traduit une nouvelle approche de la gouvernance: mieux coordonner les politiques publiques, concentrer les moyens et éviter que certains territoires ou certaines populations ne restent au bord du chemin.

Le programme couvrira l’ensemble du pays, avec une attention particulière portée aux communes et hameaux les plus pauvres, aux zones peuplées de minorités ethniques, ainsi qu’aux régions montagneuses, frontalières et insulaires. Il rassemble plusieurs programmes jusqu’ici distincts, consacrés notamment à la culture, à l’éducation et à la formation, au développement rural et à la réduction de la pauvreté, aux minorités ethniques, aux habitants des régions montagneuses, ainsi qu’à la santé et à la population.

Fusionner les programmes pour gagner en efficacité

C’est là l’une des principales nouveautés de cette réforme. Jusqu’ici, plusieurs programmes nationaux coexistaient, parfois avec des objectifs proches et des interventions qui se chevauchaient. L’Assemblée nationale a donc choisi de les intégrer dans un cadre unique. L’objectif est clair: mettre fin à la dispersion des ressources, limiter les doublons et rendre l’action publique plus cohérente.

Cette fusion ne signifie pas pour autant que certains bénéficiaires seront laissés de côté. Les programmes et les politiques déjà engagés doivent se poursuivre, tandis que les zones habitées par les minorités ethniques et les régions montagneuses resteront prioritaires, qu’il s’agisse des infrastructures, des moyens de subsistance, de l’éducation, de la santé, de la culture ou encore de la transformation numérique.

Dès la préparation du texte soumis à l’Assemblée nationale, le gouvernement avait fait de cette coordination une priorité.

«Il faut une coordination d’ensemble entre les quatre programmes nationaux, afin de créer une dynamique commune de développement, notamment dans les zones défavorisées, rurales, montagneuses et habitées par les minorités ethniques. Les ressources doivent aller là où elles sont nécessaires, vers les bons bénéficiaires et selon de vraies priorités, sans doublons ni saupoudrage. Il ne peut y avoir ni gaspillage, ni pertes, ni dérives. Et nous devons viser le décaissement de 100% du budget central alloué pour 2026», explique le Premier ministre Lê Minh Hung.

Car la croissance économique ne prend tout son sens que si elle profite à l’ensemble de la population. Les objectifs fixés pour 2030 donnent la mesure de cette ambition: le revenu moyen des habitants des zones rurales devrait atteindre entre deux fois et demie et trois fois le niveau enregistré en 2020. Chez les minorités ethniques, le revenu moyen devra représenter au moins la moitié de la moyenne nationale.

Le pays ambitionne également de ramener sous les 10% le taux de pauvreté multidimensionnelle dans les zones montagneuses et peuplées de minorités ethniques. Le carnet de santé électronique devrait, lui, être généralisé à l’ensemble de la population, tandis que le taux de malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans devra tomber sous la barre des 15%.

Autant d’objectifs qui témoignent d’une volonté de limiter les écarts que peuvent accentuer l’urbanisation et la croissance rapide, et de maintenir l’humain au cœur du modèle de développement.

Investir dans le capital humain et la culture

Le programme ne se limite d’ailleurs pas à la réduction de la pauvreté. Il porte aussi une vision de long terme, fondée sur deux leviers considérés comme essentiels: le capital humain et la culture.

Dans le domaine de l’éducation, le Vietnam prévoit notamment de faire progressivement de l’anglais une véritable deuxième langue à l’école. D’ici à 2035, soixante établissements d’enseignement professionnel de niveau supérieur devront atteindre les standards de l’ASEAN-4. Six autres devront se rapprocher du niveau des pays du G20. L’objectif est également de compter au moins douze universités parmi les 200 meilleures d’Asie et deux établissements parmi les 100 meilleurs au monde dans certaines disciplines de pointe.

La culture constitue l’autre grand pilier de cette stratégie. Le programme entend améliorer l’accès de la population aux activités culturelles, préserver le patrimoine et renforcer la formation dans les domaines artistiques et dans les industries culturelles.

À l’horizon 2030, ces dernières devraient représenter 7% du PIB. Quant aux sites classés au patrimoine national spécial, ils devront tous avoir fait l’objet d’actions de restauration, avec l’ambition de préserver l’identité culturelle du pays à l’heure du numérique.

Mais le vote de la résolution n’est qu’un début. Le véritable défi commence maintenant: transformer cette architecture ambitieuse en résultats concrets sur le terrain. Le ministre des Finances Ngô Van Tuân a insisté sur ce point:

«La valeur de cette fusion ne se mesurera pas à un simple changement de nom. Elle devra se traduire par des politiques plus cohérentes, des ressources qui arrivent plus rapidement et parviennent aux bons bénéficiaires, davantage d’autonomie pour les collectivités locales, des procédures administratives simplifiées et des responsabilités clairement établies. Au final, c’est la population qui devra en tirer un bénéfice réel. Dès l’adoption de la résolution par l’Assemblée nationale, le gouvernement va finaliser sans délai sa propre résolution d’application, dans le respect du mandat qui lui a été confié. L’objectif est une mise en œuvre cohérente, sans zone d’ombre, sans interruption des politiques et sans réduction des droits des citoyens. Le gouvernement devra également rendre compte devant l’Assemblée nationale de l’efficacité avec laquelle les ressources du programme auront été utilisées» déclare-t-il.

En réunissant dans une même stratégie le développement socio-culturel, rural, ethnique et montagnard, le Vietnam entend donc changer d’échelle et de méthode.

Moins de dispersion, davantage de priorités. Moins de programmes cloisonnés, davantage de coordination. En faisant de l’éducation, de la santé et de la culture des moteurs à part entière du développement, le pays dessine un modèle de croissance plus inclusif, avec une ambition: réduire durablement les écarts entre les territoires et faire en sorte que les bénéfices du développement atteignent, réellement, toutes les composantes de la société.