Cette stratégie intervient dans un contexte international marqué par une recomposition des flux d’investissement et par de profondes évolutions géopolitiques, qui poussent Hanoï à repenser son modèle de développement pour renforcer sa compétitivité internationale.
L’entrepreneuriat innovant comme moteur de croissance
Ces dernières années, l’écosystème vietnamien des startups a enregistré des avancées notables. Le pays compte aujourd’hui plus de 4.000 jeunes entreprises innovantes, deux licornes technologiques, ainsi que plusieurs dizaines d’entreprises en forte croissance proches de ce statut. En 2025, le Vietnam s’est hissé à la 55e place mondiale de l’indice des écosystèmes de startups.
Hô Chi Minh-ville figure désormais parmi les cinq principaux pôles d’innovation d’Asie du Sud-Est, tandis que Hanoï et Dà Nang poursuivent leur progression dans les classements internationaux.
Pour les autorités, l’enjeu dépasse la seule création d’entreprises. Il s’agit de transformer durablement le modèle économique national en s’appuyant sur la science, la technologie et la transition numérique, comme nous l’explique Hoàng Minh, vice-ministre des Sciences et des Technologies.
«Le Vietnam doit impérativement s’appuyer sur la science et la technologie pour transformer son économie. Les entreprises vietnamiennes seront les principaux acteurs de cette mutation en intégrant l’innovation au développement économique et social», souligne-t-il.
La stratégie fixe à 2030 l’objectif de faire du Vietnam l’un des leaders de la région en matière d’entrepreneuriat innovant.
Mais le document se distingue surtout par des objectifs aussi ambitieux que précis pour 2045. À cette échéance, 10% de la population devra participer à une activité entrepreneuriale, il y aura une entreprise pour 35 habitants et une startup innovante pour 5.000 habitants.
Le pays vise également une place parmi les 30 nations les plus innovantes au monde, plus de 100 startups valorisées à 100 millions de dollars et plus, et un marché du capital-risque de 10 milliards de dollars.
Au-delà des chiffres, cette vision traduit une volonté de faire de l’esprit d’entreprise une composante durable de la société vietnamienne.
Des réformes pour lever les freins
Pour matérialiser cette ambition, les autorités prévoient une série de réformes structurelles. L’idée est d’encourager les citoyens à oser penser, agir, mais aussi accepter les risques.
Dans cet esprit, l’ensemble des procédures administratives liées à la création d’entreprise sera progressivement numérisé afin de simplifier les démarches. Le gouvernement envisage également de tester plusieurs mécanismes nouveaux, tels que le modèle de l’entreprise individuelle, les procédures accélérées de faillite pour faciliter le rebond entrepreneurial, ainsi que des zones d’expérimentation réglementaire, dites sandboxes, pour les technologies émergentes.
Par ailleurs, l’éducation à l’entrepreneuriat sera renforcée dès le secondaire et jusqu’à l’université, tandis qu’un réseau national de centres d’innovation et d’espaces collaboratifs sera développé.
En parallèle, le Vietnam veut stimuler le financement des startups grâce à la création de fonds d’investissement à l’échelle nationale et locale, ainsi qu’à des mécanismes de garantie fondés sur la propriété intellectuelle.
Enfin, les autorités entendent ouvrir encore plus grandes les portes du pays aux experts internationaux capables d’aider les startups nationales à s’imposer au sein des chaînes de valeur mondiales.
À travers cette stratégie, l’entrepreneuriat innovant est appelé à devenir un outil de souveraineté économique, censé libérer et valoriser les potentiels humains et matériels. Développer un tissu solide de startups nationales doit ainsi permettre au pays de mieux maîtriser les technologies stratégiques et de renforcer son autonomie dans les secteurs clés de demain, mais aussi de pérenniser son développement.
