Le facteur Donald Trump
À la veille de l’ouverture du Sommet du G7 à Évian, le 14 juin, les États-Unis et l’Iran ont annoncé avoir conclu un accord destiné à mettre fin au conflit au Moyen-Orient et à favoriser l’instauration d’une paix durable dans la région. Cette annonce est bien accueillie par les pays du G7 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Canada et Japon) alors que les tensions régionales devaient compter parmi les dossiers les plus sensibles du sommet de cette année, notamment les efforts pour enrayer l’escalade militaire au Liban et rouvrir le détroit d’Ormuz.
Selon Sylvie Matelly, experte en relations internationales et directrice de l’Institut Jacques Delors (France), l’accord récemment conclu — dont les détails n’ont pas encore été publiés — a déjà permis de réduire la pression sur les discussions à Évian. Les autres membres du G7 ont en effet des divergences avec l’administration du président Donald Trump sur la gestion du conflit au Moyen-Orient. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Italie et le Japon ont notamment critiqué le manque de consultation des alliés avant l’attaque contre l’Iran le 28 février, menée par les États-Unis et Israël, ainsi que le refus de Washington de s’impliquer directement dans le conflit, malgré les appels du président américain. Dans ce contexte, toute avancée sur le dossier du Moyen-Orient est vue comme un moyen d’apaiser les tensions entre les États-Unis et leurs partenaires du G7. L’accord avec l’Iran est aussi considéré comme une victoire diplomatique pour le président américain qui pourrait arriver à Évian dans de meilleures conditions et avec une position moins imprévisible. Cet élément est important car les précédents sommets du G7 montrent que l’imprévisibilité de Donald Trump a souvent eu un fort impact sur leur déroulement, comme l’explique Sylvie Matelly.
“L'imprévisibilité du président Trump, c'est quelque chose qu'on commence à connaître et je crois qu'on commence à connaître, ça veut dire qu'on sait aussi le gérer. On sait aussi être prudent dans les termes qu'on emploie pour ne pas provoquer cette imprévisibilité. Il n'empêche qu’on n'est jamais à l'abri d'un événement extérieur qui, à ce moment-là, vienne le perturber, le fâcher, qui le rende encore plus imprévisible qu'il n'était. Donc, comment on gère ça une fois qu'il est autour de la table? Ce sera le vrai sujet des Européens mais je crois que les Européens se sont plutôt pas mal débrouillés ces derniers mois”, dit-elle.
Partageant cet avis, Cédric Dupont, professeur de relations internationales à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, estime que dans un contexte où le président américain Donald Trump accorde une importance moindre aux cadres traditionnels de coopération avec ses alliés, comme le G7, les autres membres du groupe doivent faire preuve de prudence et de diplomatie dans leurs échanges avec Washington. L’enjeu est de préserver un consensus minimal au sein du G7 et de maintenir l’engagement des États-Unis sur des dossiers jugés prioritaires, notamment l’Ukraine et le commerce.
Réduire les déséquilibres mondiaux
Au-delà de la priorité donnée à la coordination des relations avec les États-Unis, la France, pays hôte, a fixé les grandes orientations du Sommet du G7 de cette année autour de deux axes principaux. Le premier vise à réduire les déséquilibres macroéconomiques mondiaux, en renforçant la coordination entre grandes économies face aux niveaux élevés de dette, à l’inflation et à la fragmentation financière. Le second consiste à repenser le cadre du développement mondial, en favorisant des partenariats plus équilibrés et mutuellement bénéfiques, ainsi qu’en réformant la solidarité internationale et le système financier mondial. Les discussions s’articuleront autour de sept grands domaines: finances, développement, diplomatie (gestion des crises), commerce, numérique, affaires intérieures et environnement/énergie, comme l’indique Cédric Dupont.
“L’agenda implicite du G7 est de réfléchir à la manière de gérer le monde sans la Chine. Les pays membres s’intéressent aux questions de sécurité dans plusieurs régions, notamment le Moyen-Orient, la Corne de l’Afrique, ainsi qu’au conflit entre la Russie et l’Ukraine. Ils suivent aussi de près la compétition technologique, l’intelligence artificielle et les minerais critiques. Enfin, même si c’est un sujet un peu moins central, ils accordent également de l’importance aux questions environnementales, notamment à la transition d’une économie «brune» vers une économie «verte»”, souligne-t-il.
Dans la continuité des engagements pris lors du sommet du G7 de l’an dernier au Canada, l’intelligence artificielle (IA) reste cette année encore un axe prioritaire. Les dirigeants du G7, en lien avec les acteurs du secteur technologique, travaillent notamment à l’élaboration de règles internationales harmonisées pour mieux encadrer les risques liés à l’IA, au développement d’infrastructures numériques et de capacités d’IA fiables au sein des pays alliés, ainsi qu’à la promotion d’une approche «centrée sur l’humain», visant à mettre la technologie au service de la sécurité nationale et de la performance économique.
Cependant, les discussions sur l’IA pourraient également raviver des divergences entre les États-Unis et leurs partenaires du G7. À la veille du sommet, le 12 juin, l’administration américaine a ordonné la suspension de l’accès aux deux modèles d’IA les plus récents de la société américaine Anthropic, Fable 5 et Mythos 5, pour les «ressortissants étrangers», qu’ils se trouvent aux États-Unis ou à l’étranger, y compris les employés de l’entreprise, pour des raisons de «sécurité nationale». Une décision vivement critiquée par plusieurs alliés des États-Unis, en particulier en Europe, qui y voient une forme de fragmentation technologique susceptible de compliquer la coopération internationale dans le domaine de l’intelligence artificielle.
