C’est dans cette perspective que le XIVe Congrès du Parti communiste vietnamien a placé au cœur de ses orientations l’élaboration d’un système de protection sociale moderne, à plusieurs niveaux et couvrant l’ensemble de la population.
La protection sociale est un droit fondamental, mais aussi une responsabilité de l’État et de toute la société. Elle constitue un investissement dans le capital humain et dans l’avenir du pays. Son efficacité ne se mesure donc pas seulement au nombre de bénéficiaires ou aux aides distribuées, mais aussi à la capacité des politiques publiques à sécuriser les parcours de vie et à renforcer la confiance de la population.
Des politiques qui changent concrètement la vie
Dans la commune montagneuse de Sông Kôn, à Dà Nang, où les Co Tu représentent plus de 90% des habitants, la lutte contre la pauvreté aura mobilisé plusieurs programmes nationaux et des financements complémentaires. D’après Dô Huu Tùng, le président du comité populaire communal, les investissements dans les infrastructures et le développement économique commencent à porter leurs fruits.
«La commune de Sông Kôn bénéficie des politiques menées dans le cadre de trois programmes nationaux ciblant les infrastructures et le développement économique, avec la mise en place de différents modèles de production. Chaque année, le taux de pauvreté recule de plus de cinq points, signe de l’efficacité de ces politiques qui traduisent l’attention que le Parti et l’État accordent aux minorités ethniques», note-t-il.
À Giang Thành, commune frontalière de la province d’An Giang, la combinaison entre riziculture et élevage de crevettes tigrées a permis à plusieurs familles d’améliorer leurs revenus. Témoin Trân Minh Phuc, un habitant du hameau de Trà Phô, pour qui l’amélioration des infrastructures est synonyme de transformation de la vie quotidienne.
«Autrefois, nous avions une vie très difficile. Mais aujourd’hui, les conditions de vie se sont nettement améliorées. L’arrivée de l’électricité, grâce à l’État, facilite l’irrigation des rizières et de nombreuses activités quotidiennes. La vie est devenue plus confortable et presque toutes les familles ont pu construire une maison en dur», nous dit-il.
À Tuyên Bình, qui est une commune frontalière de la province de Tây Ninh, la lutte contre la pauvreté repose sur un accompagnement combinant soutien aux moyens de subsistance, accès au logement et aide aux besoins essentiels. Dans le hameau de Ca Rung, la plupart des familles disposent désormais d’un logement stable. Mais des besoins subsistent, que souligne Trân Ba Duy, membre de l’équipe dirigeante du hameau.
«Il reste actuellement cinq ménages pauvres dans notre hameau, où la population vit principalement de l’agriculture. Cette année, l’État finance la construction d’une maison supplémentaire pour une famille démunie, ce qui suscite beaucoup de joie parmi les habitants. La plupart des ménages pauvres disposent désormais d’un logement stable. Pour les deux ménages proches du seuil de pauvreté, nous cherchons encore des sources de financement», partage-t-il.
Anticiper les nouveaux risques sociaux
Au Vietnam, les politiques de réduction de la pauvreté, de crédit, de logement, de santé, d’éducation, d’emploi et de secours en cas de catastrophe ont constitué et continuent de constituer un soutien essentiel pour des millions de familles. En 2025, le taux de pauvreté calculé selon le seuil multidimensionnel national s’établissait à environ 1,3%, soit un recul d’un point de pourcentage par rapport à 2024. Actuellement, plus de 99 millions de personnes bénéficient de l’assurance maladie, ce qui représente 96,9% de la population, tandis qu’environ 2,5 millions de personnes perçoivent une allocation de retraite sociale.
Ces progrès sont importants, mais les défis évoluent. Le Vietnam compte déjà plus de 17 millions de personnes âgées. D’ici 2036, les personnes de 60 ans et plus devraient représenter plus de 20% de la population, faisant entrer le pays dans une phase de vieillissement démographique. Les besoins en matière de revenus, de soins de santé et d’accompagnement de longue durée vont donc s’accroître.
Parallèlement, les catastrophes naturelles, les épidémies, l’automatisation et les mutations du marché du travail font apparaître de nouvelles formes de vulnérabilité. Pour y répondre, il ne suffit plus d’intervenir une fois les difficultés survenues. Il faut pouvoir repérer les risques, identifier rapidement les personnes concernées et adapter les aides à leurs besoins.
Lors d’une réunion consacrée à la mise en œuvre des politiques de protection sociale, le 25 août à Hanoï, le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, avait insisté sur la nécessité de traduire le principe de «ne laisser personne de côté» en résultats concrets et vérifiables.
«Il faut établir un dossier social pour chaque personne et mettre en place un guichet de services. Le gouvernement doit rapidement créer une base de données nationale sur la protection sociale, interconnectée avec les données sur la population, l’assurance, la fiscalité, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement et les catastrophes naturelles, tout en garantissant la sécurité des données et le respect de la vie privée. Chaque citoyen doit disposer d’un dossier social retraçant son parcours de vie, et chaque famille doit faire l’objet d’une évaluation complète de sa situation et de ses besoins. Il faut consolider le socle de protection sociale et réformer les dispositifs d’aide, en regroupant les programmes redondants et en harmonisant les critères essentiels, tout en laissant aux collectivités une marge d’adaptation aux réalités locales. Les aides doivent être ajustées au coût de la vie, à l’évolution des prix et aux capacités budgétaires, afin que les personnes frappées par un accident de parcours puissent recevoir un soutien complémentaire en temps utile», avait-il alors souligné.
À la suite de ces orientations, le gouvernement a adopté un plan de mise en œuvre assorti d’échéances précises. D’ici 2030, le Vietnam entend disposer des fondements d’un système de protection sociale à plusieurs niveaux, inclusif et numérisé, garantissant à toute la population un socle minimal de protection. À l’horizon 2045, le pays vise un système répondant aux standards des économies développées à revenu élevé, avec des services de qualité, des financements pérennes, une gouvernance transparente et une capacité de réaction rapide face aux risques.
La réduction de la pauvreté ne peut donc être considérée comme achevée dès lors qu’un ménage franchit un seuil statistique. Il faut encore lui permettre de préserver ses acquis, de faire face aux aléas et de construire son avenir. Investir dans la protection sociale, c’est à la fois prévenir les fractures, renforcer la résilience de la société et donner à chacun les moyens de participer au développement du pays. C’est à cette condition que la promesse de ne laisser personne de côté pourra se traduire durablement dans la vie quotidienne.
