La stabilité stratégique au premier plan

La rencontre entre les dirigeants des deux premières puissances économiques mondiales a suscité l’attention du monde entier dès la cérémonie d’accueil.

Le 23 septembre, Donald Trump s’est rendu en personne au pied de la passerelle pour accueillir Xi Jinping à la base aérienne d’Andrews, dans le Maryland. Un geste protocolaire particulièrement rare dans les annales de la présidence américaine. Le dirigeant chinois a ensuite été accueilli par une imposante démonstration aérienne, avant de participer à un dîner d’État à la Maison-Blanche.

Selon des observateurs, ce cérémonial particulièrement soigné relève en partie du principe de réciprocité diplomatique: la Chine avait elle aussi réservé un accueil très protocolaire à Donald Trump... Mais il traduit surtout l’importance accordée par la Maison-Blanche à cette rencontre, qui intervient à un moment clé pour Washington et Pékin, qui cherchent à gérer une relation complexe, dont les enjeux dépassent largement le cadre bilatéral.

Lors de leur entretien, le 24 septembre, Donald Trump et Xi Jinping ont tous deux insisté sur la nécessité de préserver la stabilité stratégique.

Xi Jinping a souligné que les États-Unis et la Chine étaient deux grandes nations poursuivant des objectifs similaires. Selon lui, le «renouveau de la nation chinoise» et le «retour de la grandeur de l’Amérique» ne sont pas incompatibles et peuvent au contraire se compléter.

Aussi le président chinois a-t-il appelé les deux pays à privilégier une coexistence pacifique et à mettre en place les mécanismes nécessaires pour éviter le «piège de Thucydide», une notion géopolitique qui veut que lorsqu’une puissance rivale menace de renverser la puissance dominante, la guerre devient inévitable et qu’il avait déjà évoquée lors de sa rencontre avec Donald Trump en mai à Pékin.

De son côté, Donald Trump a qualifié Xi Jinping de «grand ami». Il a également estimé que les possibilités de coopération entre les deux pays étaient plus nombreuses que les motifs d’affrontement.

«Si nous nous concentrons sur nos intérêts communs, je suis convaincu que nous pouvons accomplir de grandes choses. La poursuite de ces intérêts communs a déjà rapproché nos deux peuples par le passé, et ce malgré les vastes océans qui nous séparent, les grandes distances géographiques et nos nombreuses différences. Elle nous a même conduits à devenir des alliés pendant la Seconde Guerre mondiale», a rappelé le chef de la Maison Blanche.

Les deux dirigeants ont également abordé plusieurs dossiers urgents liés à la sécurité, aux technologies et à la «superintelligence», terme employé par Donald Trump pour désigner l’intelligence artificielle.

Le président américain a estimé que les décisions prises dans ces domaines pourraient favoriser la paix et la prospérité pour les décennies à venir.

Xi Jinping a, pour sa part, brièvement évoqué l’intelligence artificielle. Il a rappelé que les deux pays figuraient parmi les «nations pionnières» dans ce domaine.

Selon lui, les États-Unis et la Chine ont à la fois les capacités et la responsabilité de développer et de réglementer l’IA à des fins bénéfiques. Ils doivent aussi veiller à ce que son développement reste sous contrôle humain et contribue au bien-être des populations.

Des signaux positifs

La volonté de stabiliser les relations s’est également manifestée à travers plusieurs accords conclus en amont du sommet. Sans constituer de percée majeure, ils témoignent en tout cas d’une volonté de maintenir le dialogue.

Le 23 septembre, notamment, Washington et Pékin ont prolongé leur trêve commerciale.

Comme l’a précisé le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, les deux parties ont décidé de prolonger de deux mois l’Accord de Busan, conclu l’an dernier en République de Corée, pour apaiser les tensions commerciales. Initialement appelé à expirer le 10 novembre 2026, l’accord restera ainsi en vigueur jusqu’au 10 janvier 2027.

Cette prolongation de deux mois est plus courte que les six mois espérés par la plupart des observateurs. Elle reste néanmoins considérée comme un signal positif par plusieurs spécialistes, dont Ruby Osman, conseillère principale sur les questions géopolitiques liées à la Chine à l’Institut Tony Blair pour le changement mondial.

«Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une trêve commerciale qui permettra de régler tous les problèmes de cette relation. Mais je pense que le fait que les deux parties souhaitent une forme de trêve, même imparfaite, montre qu’elles ont pleinement conscience des dommages qu’elles peuvent s’infliger mutuellement. Nous l’avons clairement constaté au plus fort de la guerre tarifaire l’an dernier. Et je pense qu’à court terme, aucune des deux parties ne souhaite réellement relancer ce conflit», estime-t-elle.

Sur le front de l’intelligence artificielle, les deux pays sont également proches de la mise en place d’un «dialogue États-Unis-Chine sur l’IA». Ce mécanisme pourrait permettre aux deux parties de s’informer mutuellement des incidents potentiels liés à l’intelligence artificielle, notamment lorsqu’ils sont susceptibles de menacer la sécurité nationale.

Da Wei, le directeur du Centre pour la sécurité et la stratégie internationales de l’Université Tsinghua, en Chine, note que ces discussions interviennent alors que de nombreuses voix appellent à ralentir le développement de l’IA.

Sur le principe, estime-t-il, l’idée n’est pas mauvaise. La principale difficulté réside toutefois dans la vérification. Il faut pouvoir s’assurer que l’autre partie a réellement ralenti ses activités. Sans mécanisme de vérification fiable, cette démarche pourrait devenir un «piège», d’autant que la confiance entre Washington et Pékin reste limitée.

Dans l’ensemble, la rencontre au sommet du 24 septembre n’a pas débouché sur de percée majeure, comme l’avaient anticipé plusieurs observateurs.

Mais le fait que les deux parties continuent de privilégier la stabilité de leur relation et de rechercher des accords constitue un signal positif pour leurs relations bilatérales, mais aussi pour l’environnement géopolitique et économique mondial.

Donald Trump et Xi Jinping pourraient se retrouver dès novembre, à l’occasion du sommet de l’APEC organisé par la Chine. Une nouvelle rencontre pourrait ensuite avoir lieu en décembre, lors du sommet du G20 à Miami, aux États-Unis.