Ces nouvelles sanctions ont été dévoilées par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, cinq jours après que le président Donald Trump a annoncé le lancement d’une «guerre économique» sans précédent destinée à briser la résistance de l’Iran.

Un nouveau front

Lors d’une conférence de presse tenue le 24 août, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé un élargissement du dispositifde sanctions secondaires contre les entreprises et les pays qui continuent de commercer avec l’Iran. Cinq secteurs sont désormais dans le viseur de Washington: les actifs numériques, les technologies, l’or, l’aviation et le transport maritime. Les États-Unis ont également imposé de nouvelles sanctions contre 60 personnes, entreprises et navires soupçonnés d’aider l’Iran à générer des revenus pétroliers, à se procurer des armes ou à mener des activités dans le cyberespace. Ces sanctions visent des entités dans plusieurs régions du monde, notamment aux Émirats arabes unis, à Hong Kong, en Chine, à Singapour et en Europe. Selon Scott Bessent, ces mesures s’inscrivent dans ce que l’administration Trump présente comme un «D-Day économique», destiné à isoler financièrement l’Iran et à priver Téhéran des ressources nécessaires au fonctionnement de son économie, alors que le conflit entre les deux pays dure depuis près de six mois.

“Chaque pays dispose d’un délai précis pour mettre fin aux activités que nous avons identifiées. À défaut, nous prendrons nous-mêmes les mesures nécessaires, dans le cadre des pouvoirs du Département du Trésor. Je veux être clair: toute entité qui facilite des opérations de blanchiment d’argent pour le compte de l’Iran sera exclue du système financier en dollars américains. Le compte à rebours a commencé”, avertit-il.

Face à cette nouvelle offensive économique de Washington, les autorités iraniennes affirment depuis plusieurs jours être prêtes à faire face à tous les scénarios.

“Les États-Unis ont déjà déployé tous les moyens dont ils disposent. Ils ont tenté à plusieurs reprises de tester la détermination du peuple et des responsables iraniens, mais ont échoué à chaque fois. Il semble qu’ils aient décidé de tenter une nouvelle fois, au risque d’un nouvel échec. Nous nous préparons à cette situation depuis longtemps et connaissons bien leurs plans. Le gouvernement iranien travaille sur ce plan depuis deux ans et est pleinement prêt à faire face à cette nouvelle situation”, a déclaré Ali Madanizadeh, ministre iranien de l’Économie et des Finances.

Parallèlement, l’Iran menace de riposter en ciblant les intérêts économiques des États-Unis et de leurs alliés. Le 22 août, le président Masoud Pezeshkian a déclaré que son pays était engagé dans une guerre «totale», à la fois économique, militaire et sécuritaire.Cet avertissement laisse entendre que Téhéran se prépare à riposter par tous les moyens, y compris militaires, contre les États-Unis et les pays qui prendraient part à la guerre économique menée par Washington contre l’Iran.

Quelle réaction des pays tiers?

Autre question majeure: comment réagiront les pays qui entretiennent des relations économiques avec l’Iran? En passant de la pression militaire à une offensive économique, Washington expose en effet les banques et les entreprises étrangères entretenant des liens commerciaux ou d’investissement avec Téhéran à de nouvelles sanctions secondaires. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a averti que les pays qui ne se joindraient pas aux sanctions américaines «seraient eux aussi isolés avec l’Iran». Il n’a toutefois pas précisé quels pays seraient visés ni quand ces mesures entreraient en vigueur. Il a simplement indiqué que le président Donald Trump avait déjà eu plusieurs échanges téléphoniques avec des dirigeants étrangers pour les convaincre de mettre fin à leurs relations économiques avec Téhéran.

“Nous pensons que la meilleure façon de dialoguer avec ces pays est de privilégier une diplomatie discrète. Nous échangeons avec chacun d’eux pour leur expliquer clairement ce que nous attendons. Nous savons qui ils sont, et ils le savent aussi. Ainsi, lorsque les lourdes sanctions du Département du Trésor américain seront appliquées, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes”, dit-il.

Selon les observateurs, l’efficacité des nouvelles sanctions américaines dépendra autant de la capacité de l’Iran à y résister que de l’attitude de quelques pays clés, au premier rang desquels la Chine. Deuxième puissance économique mondiale, Pékin entretient des liens étroits avec Téhéran et serait notamment le principal débouché du pétrole iranien, absorbant jusqu’à 80% des exportations du pays.

“La Chine s’oppose aux sanctions unilatérales et illégales, qui ne reposent pas sur le droit international et n’ont pas été autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Nous appelons toutes les parties à agir de manière responsable et à privilégier une solution politique et diplomatique à la question iranienne”, a déclaré Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Andrew Miller, chercheur principal au Centre pour le progrès américain, estime que l’annonce par les États-Unis de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran et les pays qui commercent avec lui confirme une réalité: le conflit n’a pas rapproché Washington de son objectif de démanteler le programme nucléaire iranien ni d’affaiblir le pouvoir en place à Téhéran. Selon lui, même si les sanctions économiques peuvent avoir un impact, il est peu probable qu’elles permettent de parvenir rapidement à une issue favorable aux États-Unis.