Patrimoine, création contemporaine, industries culturelles, diplomatie culturelle… autant de dimensions appelées à façonner un Vietnam singulier, créatif et ouvert sur le monde, un Vietnam qui ambitionne de figurer parmi les trois premières puissances culturelles de l'ASEAN.
Pour Alisa et Bruce, venus au Vietnam pour la première fois, la découverte du pays a commencé par une recommandation de voyageurs: assister à un spectacle de marionnettes sur eau.
Photo d'illustration: bvhttdl.gov.vn
Dans la pénombre du théâtre, les premières notes de musique traditionnelle s'élèvent. La surface de l'eau se transforme en scène vivante. Derrière un rideau de bambou apparaissent des marionnettes de bois qui racontent la vie des campagnes vietnamiennes, les fêtes populaires et les légendes du pays. En moins d'une heure, les deux visiteurs ont le sentiment d'avoir découvert bien davantage qu'un simple spectacle.
«C'était absolument extraordinaire. Je n'avais jamais rien vu de tel. J'aime ce genre de spectacles parce qu'ils me permettent de découvrir les traditions et les formes artistiques du Vietnam d'autrefois», partage Alisa.
«Le spectacle commence avec la musique traditionnelle vietnamienne, puis la magie opère. Les personnages populaires apparaissent et racontent la vie des paysans. Grâce à de longues tiges de bambou dissimulées sous l'eau, les artistes donnent l'impression que les marionnettes dansent véritablement. C'est un spectacle magnifique», raconte Bruce.
Pour ces deux voyageurs, cette représentation est devenue une porte d'entrée vers l'histoire, l'identité et l'imaginaire du Vietnam, sans qu'aucune traduction ne soit nécessaire.
Mais le souvenir du Vietnam peut aussi naître du parfum d'un bol de phở dégusté dans une ruelle de Hanoï, du son mélancolique d'un đàn bầu, la cithare monocorde vietnamienne, ou simplement de la possibilité de partager, le temps d'une soirée, la vie quotidienne des habitants.
«Je suis venu au Vietnam une dizaine de fois, principalement à Hanoï. Je connais bien la vieille ville et j'y retourne régulièrement», nous dit un habitué.
«J'aime le fait que les gens puissent se promener librement jusqu'à onze heures ou minuit. C'est très différent de ce que l'on connaît en Occident. Je ne viens pas seulement pour visiter, mais pour partager le quotidien des habitants et avoir le sentiment d'en faire partie», ajoute une autre touriste.
On aura noté qu’aucun de ces visiteurs ne parle de «produit culturel». Ils décrivent simplement des expériences vécues. C'est précisément dans cette simplicité que s'exprime l'une des formes les plus durables de l'influence culturelle.
À plusieurs milliers de kilomètres de là, la culture vietnamienne se raconte aujourd'hui dans un autre langage, celui du cinéma documentaire.
Présenté récemment en France, en Belgique et en Tchéquie, Viet Culture in Motion, premier festival international consacré exclusivement au court-métrages documentaires sur la culture vietnamienne, propose un regard contemporain porté par une nouvelle génération de réalisateurs.
Cuisine traditionnelle, théâtre tuồng, artisanat ou scènes du quotidien… autant de sujets abordés avec une écriture cinématographique moderne qui cherche moins à illustrer le patrimoine qu'à le faire ressentir.
À l'issue de la soirée d'ouverture, le maire de Lorient, Fabrice Loher, a salué la diversité des œuvres présentées.
«Nous avons découvert ce soir trois courts métrages consacrés aux traditions culturelles vietnamiennes. Le premier explorait la gastronomie, le deuxième les arts du spectacle, tandis que le dernier, ‘Le poids de l'eau’, abordait un tout autre aspect de la vie vietnamienne. Cette diversité de regards rend ces films particulièrement intéressants. Ils touchent le public et permettent de mieux comprendre, puis d'aimer davantage le Vietnam», a-t-il noté.
À travers des initiatives comme Viet Culture in Motion, le Vietnam multiplie les passerelles avec le public international. Dans le même temps, des millions de voyageurs continuent chaque année de découvrir ses villes historiques, ses paysages et ses sites patrimoniaux.
Mais ce qui marque le plus durablement les visiteurs dépasse souvent les lieux eux-mêmes: l'accueil réservé par les habitants, les sourires échangés, ou encore la manière dont les traditions continuent de rythmer la vie quotidienne.
À l'heure où le pays entend mesurer et renforcer sa «puissance douce», celle-ci ne se résume plus à un classement international. Elle repose avant tout sur la capacité du Vietnam à préserver son identité, à raconter son histoire avec sincérité et à transformer son patrimoine culturel en un langage universel capable de toucher les publics bien au-delà de ses frontières.
