Cô Loa occupe une place singulière dans l’histoire du Vietnam. Le site a notamment été la capitale de l’État d’Âu Lac sous le règne du roi An Duong Vuong, au IIIe siècle avant JC, puis sous le règne de Ngô Quyên, au début du Xe siècle.

Cô Loa répond à deux des critères définis par la Convention du patrimoine mondial pour l’identification des biens culturels présentant une valeur universelle exceptionnelle. Quels sont-ils? Explications du professeur associé Vu Van Quân, chef du département d’Histoire de l’Université des sciences sociales et humaines de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï.

«Les deux critères auxquels répond Cô Loa sont, d’une part, celui d’un bien qui apporte un témoignage unique ou, à tout le moins, exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue; d’autre part, celui d’un bien qui représente un exemple éminent d’un type de construction, d’un ensemble architectural ou technologique, ou d’un paysage illustrant une ou plusieurs périodes significatives de l’histoire humaine», précise-t-il.

Les spécialistes mettent en avant cinq valeurs remarquables du site de Cô Loa: une fortification de grande ampleur, parmi les plus anciennes d’Asie du Sud-Est; une organisation architecturale originale; un haut niveau de maîtrise des techniques de construction; une articulation harmonieuse entre l’aménagement humain et le milieu naturel; et, enfin, une influence durable sur la conception des capitales vietnamiennes.

Cô Loa présente ainsi des caractéristiques qui ne reproduisent pas celles des biens déjà inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, ce qui est un véritable atout, comme l’explique le professeur Nguyên Quang Ngoc, vice-président de l’Association vietnamienne des sciences historiques.

«Cô Loa est la plus ancienne capitale, la plus représentative et la plus aboutie qui cristallise la quintessence de la civilisation du fleuve Rouge. Située au cœur du delta, dans une région densément peuplée, elle a été choisie comme capitale. Elle était à la fois une cité militaire et une capitale politique, dotée d’un système défensif puissant, robuste et organisé en plusieurs niveaux et enceintes. Le niveau de développement militaire de l’État d’Âu Lac était alors supérieur à celui des autres États de la région. Je suis convaincu que Cô Loa répond aux critères permettant de la considérer comme un bien du patrimoine culturel mondial», déclare-t-il.

La tradition populaire raconte que Cô Loa aurait autrefois compté neuf enceintes disposées en spirale, ce qui lui a valu le surnom de «cité-escargot». Le temps et les guerres n’en ont toutefois laissé subsister que trois: l’enceinte intérieure, l’enceinte centrale et l’enceinte extérieure.

Mais la valeur universelle exceptionnelle du site ne réside pas uniquement dans ses trois enceintes. Elle tient également aux relations entre les fortifications, les fossés, la rivière Hoàng Giang et le réseau hydrographique du fleuve Rouge, dans un paysage situé à la transition entre les zones de moyenne montagne et les plaines du nord du Vietnam.

«Les techniques utilisées pour édifier les fortifications de Cô Loa sont remarquables. Plus d’un million de mètres cubes de terre auraient été déplacés. Les fossés creusés autour du site ont fourni les matériaux nécessaires à l’édification des levées défensives. Les recherches archéologiques menées à Cô Loa ont également livré des éléments particulièrement importants. Une vingtaine de sites archéologiques ont livré des vestiges d’habitat, des ateliers de métallurgie, des sépultures, des espaces de stockage et d’autres structures», note le professeur associé Tông Trung Tin, président de l’Association vietnamienne d’archéologie.

Cô Loa ne constitue donc pas seulement un ouvrage défensif. Il s’agit d’un paysage historique conçu et organisé comme un ensemble cohérent, dans lequel les éléments architecturaux, hydrauliques, naturels et culturels sont étroitement liés.

Pour le professeur Nguyên Van Kim, vice-président du Conseil national du patrimoine culturel, c’est plus qu’un trésor national.

«Cô Loa figure parmi les principaux sites archéologiques du Vietnam et de l’Asie du Sud-Est. Avec ses valeurs matérielles et immatérielles, la citadelle de Cô Loa constitue un témoignage particulièrement convaincant de l’émergence et du niveau de développement original de la culture dongsonienne et de l’État d’Âu Lac. Voilà la base essentielle pour étayer les arguments relatifs aux critères de sélection et à la valeur universelle exceptionnelle du site», estime-t-il.

Hanoï a élaboré un schéma directeur de développement de la capitale à l’horizon d’un siècle. Cô Loa occupe une place particulière dans ce schéma, comme l’indique Nguyên Van Phong, secrétaire adjoint du Comité du Parti de Hanoï et chef du comité directeur chargé du projet de conservation, de restauration et de valorisation du patrimoine de la citadelle impériale de Thang Long et du site historique de Cô Loa.

«Il faut élaborer rapidement le schéma directeur de Cô Loa et systématiser les résultats des recherches consacrées au site, en l’inscrivant dans une vision d’ensemble qui tienne compte du processus de développement de Thang Long-Hanoï. Il est également nécessaire de lancer rapidement un projet de numérisation. Cela est indispensable non seulement pour la recherche, mais aussi pour l’éducation, la sensibilisation du public et la promotion des valeurs universelles exceptionnelles du site», plaide-t-il.

L’enjeu est désormais de concilier la préservation de ce paysage historique avec les transformations de la capitale. La candidature de Cô Loa à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO pourrait ainsi donner un nouvel élan à sa conservation et à sa transmission aux générations futures.