Dans cet espace chargé de spiritualité, le chant Xoan dépasse le simple cadre artistique. Il s’inscrit dans les rituels liés au culte des rois Hùng, portant des vœux de prospérité et de paix. Entonné dans les maisons communales et les temples anciens, il perpétue une tradition pluriséculaire. Une tradition que Nguyên Thi Lich, cheffe de la troupe d’An Thai, tient absolument à préserver.
«Le chant Xoan de Phu Tho remonte à l’époque des rois Hùng. Selon la légende, après avoir vaincu l’ennemie, le roi organisait une excursion printanière avec sa reine et ses soldats. Lorsqu’ils passaient par cette région, la reine voyait apparaître des signes d’accouchement sans toutefois y parvenir. Une jeune femme du village, Quê Hoa, réputée pour sa voix et sa danse, fut invitée à se produire. À mesure qu’elle chantait, la reine fut apaisée et donna naissance à une princesse. Impressionné, le roi ordonna de transmettre largement cet art au peuple», raconte-t-elle.
À An Thai, l’un des anciens villages du Xoan, les répétitions battent leur plein. Artisans de cette tradition, anciens et jeunes s’exercent avec rigueur pour les représentations à venir, destinées tant aux habitants qu’aux visiteurs. Trân Huy Nam fait partie des maîtres les plus connus du Xoan.
«À l’occasion de la fête des rois Hùng, le chant Xoan occupe une place importante. Nous nous entraînons pour accueillir les visiteurs internationaux et participer aux spectacles destinés au public national», nous dit-il.
Dans d’autres villages anciens comme Phù Duc ou Kim Dai, l’activité est tout aussi intense. Les troupes peaufinent leur répertoire pour assurer des représentations continues durant toute la période festive, comme l’indique Nguyên Xuân Hôi, chef de la troupe de Phù Duc.
«Nous avons établi un programme complet pour réviser tous les chants traditionnels du village. Pendant la fête, du 6 au 10 du troisième mois lunaire, nous assurons des représentations quotidiennes», annonce-t-il.
Aujourd’hui, le chant Xoan s’impose aussi comme un atout du tourisme culturel. Les visiteurs venus rendre hommage aux rois Hùng peuvent découvrir cet art dans son cadre originel, au cœur des villages. Hông Minh a fait le déplacement depuis Hô Chi Minh-ville.
«J’avais déjà vu le chant Xoan à la télévision ou en ligne, mais le découvrir ici, en direct, avec les habitants du village, est une expérience précieuse. C’est une belle manière de transmettre cet héritage aux générations futures», constate-t-elle.
Au-delà du rituel, la fête des rois Hùng apparaît ainsi comme un moment de revitalisation du patrimoine. Porté par des voix anciennes mais toujours vivantes, le chant Xoan continue de relier passé et présent, préservant l’âme culturelle du Vietnam dans le monde contemporain.
