Avec plus de 3.260 kilomètres de côtes et une zone économique exclusive dépassant le million de kilomètres carrés, le Vietnam dispose d'un potentiel parmi les plus importants de la région. L'éolien en mer doit permettre de réduire la dépendance aux combustibles importés, de diversifier les sources d'énergie et de renforcer la sécurité énergétique du pays.
Ces objectifs figurent désormais dans le Plan VIII révisé de développement de l'électricité. Pour le vice-ministre de l'Industrie et du Commerce, Nguyên Hoàng Long, les progrès technologiques ouvrent de nouvelles perspectives: l'éolien offshore pourrait non seulement répondre à la demande intérieure, mais aussi soutenir les exportations d'électricité verte et le développement de l'hydrogène vert.
«Les projets d'éolien en mer sont gigantesques. Mais l'objectif ne se limite pas à construire des parcs éoliens. Il s'agit aussi de bâtir toute une chaîne industrielle et de services, génératrice de centaines de milliers d'emplois et capable de faire du Vietnam un centre régional, voire mondial, de cette industrie», explique-t-il.
L'éolien offshore est déjà en train de transformer certains secteurs industriels. La Société des services techniques pétroliers du Vietnam (PTSC), une filiale du groupe national de l'industrie énergétique du Vietnam (Petrovietnam) en offre un premier exemple. En juin dernier, elle a exporté 33 fondations d'éoliennes offshore et, ces cinq dernières années, a participé à la construction de dix sous-stations électriques en mer, représentant une capacité totale d'environ 6 gigawatts. Pour Nguyên Tuân, responsable commercial de PTSC, les retombées sont déjà tangibles.
«Un seul contrat de fabrication de fondations a généré entre 300 et 400 millions de dollars d'exportations et permis de créer près de 3.000 emplois dans une centaine d'entreprises vietnamiennes pendant trois ans. Au-delà des recettes et des emplois, c'est aussi une question d'autonomie industrielle. Sans une industrie nationale solide, le Vietnam restera dépendant des fournisseurs étrangers pour atteindre ses objectifs de 16 à 17 gigawatts de capacité installée d'ici 2035», insiste-t-il.
Les experts estiment que cette filière peut entraîner dans son sillage le secteur de la mécanique, les industries de soutien, le bâtiment, les transports maritimes ou encore les services techniques à forte valeur ajoutée. À mesure que le taux de contenu local progressera, la valeur créée ne viendra plus seulement de la production d'électricité, mais aussi de la maîtrise des technologies et de l'intégration des entreprises vietnamiennes dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Pour le docteur Du Van Toan, de l'Institut des sciences météorologiques, hydrologiques, environnementales et marines relevant du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, les conditions naturelles sont particulièrement favorables.
«L'éolien en mer, ce n'est pas seulement une nouvelle filière industrielle. C'est aussi une formidable opportunité d'investissement pour les territoires côtiers. Le Vietnam compte 21 provinces et villes littorales, dont la plupart disposent de conditions de vent particulièrement favorables. Les relevés effectués sur plusieurs années montrent des vitesses moyennes d'environ 6 mètres par seconde, souvent supérieures à 7 mètres par seconde, un niveau idéal pour développer des parcs éoliens à grande échelle. Les investissements sont à la hauteur de ce potentiel. À titre d'exemple, un parc éolien d'une puissance de 500 mégawatts représente près de 2 milliards de dollars. Si, à terme, chaque province côtière parvient à lancer un projet de cette ampleur, les capitaux mobilisés se chiffreront en dizaines de milliards de dollars. De quoi stimuler durablement l'économie locale et contribuer, à l'échelle nationale, à l'objectif d'une croissance à deux chiffres», souligne-t-il.
Les premiers projets avancent déjà. Le groupe Électricité du Vietnam (EVN) et le groupe national de l'industrie énergétique du Vietnam (PVN) ont lancé des campagnes de prospection dans le Nord et le Sud. Des investisseurs vietnamiens, mais aussi danois, américains et japonais, ont obtenu des autorisations pour mener des études en mer pour une capacité totale d'environ 10 gigawatts.
Reste toutefois un obstacle de taille: le cadre juridique. Pour Du Van Toan, le Vietnam doit rapidement compléter ce cadre et mettre en place un mécanisme spécifique pour accélérer le développement de l'éolien en mer.
«La priorité est de revoir les deux textes qui encadrent directement le développement de l'éolien en mer: la loi sur l'électricité et la loi sur les ressources et l'environnement marins et insulaires. Leur révision est d'ailleurs prévue cette année. Pour la loi sur les ressources marines, il faut clarifier la répartition de l'espace maritime, les procédures d'autorisation, les études d'impact environnemental, ainsi que les règles d'utilisation et de location des surfaces et des fonds marins. Autant de points essentiels pour sécuriser les investisseurs. La loi sur l'électricité, elle, doit prévoir un mécanisme clair de délivrance des licences, en donnant, dans un premier temps, la priorité aux projets programmés d'ici à 2030. Enfin, il est indispensable d'anticiper les besoins fonciers pour les postes électriques et les lignes de raccordement, afin de mettre en place un réseau de transport capable d'accompagner le développement de cette nouvelle filière», précise-t-il.
L'expérience des pays pionniers montre que ceux qui structurent rapidement leur propre chaîne d'approvisionnement prennent une avance décisive dans les technologies vertes. Pour le Vietnam, l'éolien offshore pourrait ainsi devenir bien davantage qu'une nouvelle source d'énergie: l'un des moteurs de son ambition de s'imposer comme une grande puissance maritime.
