L'enjeu ne se limite pas à multiplier les aides ponctuelles accordées à certaines entreprises. Il s'agit de transformer en profondeur l'environnement économique et productif afin de réduire les coûts, d'améliorer la compétitivité et de stimuler l'innovation dans l'ensemble du tissu économique.
Pour le professeur Lê Van Loi, président de l'Académie des sciences sociales du Vietnam, trois priorités s'imposent.
«Pour que ces réformes deviennent un véritable moteur de croissance, il faut d'abord sortir d'une logique purement administrative pour construire une logique de développement. Les institutions ne doivent pas seulement limiter les risques. Elles doivent favoriser la créativité, la concurrence et l'investissement. Ensuite, il faut concentrer les ressources sur les secteurs, les entreprises et les projets capables de générer un véritable effet d'entraînement. Enfin, la qualité de la mise en œuvre est essentielle: une bonne politique ne vaut que si elle est correctement appliquée», souligne-t-il.
Les experts identifient quatre principaux freins: les institutions, l'accès aux ressources, le fonctionnement du marché et la capacité d'innovation. Pour eux, les réformes ne doivent pas bénéficier à quelques entreprises seulement, mais renforcer l'ensemble du tissu productif.
«Il faut renforcer les capacités des entreprises vietnamiennes. Le pays a besoin de groupes capables de rivaliser à l'échelle mondiale et d'entraîner tout un écosystème. Les petites et moyennes entreprises doivent pouvoir grandir, tandis que les grandes entreprises doivent devenir de véritables locomotives. Cela passe aussi par des réformes institutionnelles: faciliter l'accès aux ressources, développer le marché des capitaux, adapter la fiscalité, accélérer la transformation numérique et renforcer les liens avec les entreprises étrangères afin de bénéficier de leurs transferts de technologies et de leur savoir-faire», insiste Pham Anh Tuân, directeur adjoint de l'Institut de l'économie du Vietnam et du monde.
L'intelligence artificielle fait également partie des priorités. Le Vietnam travaille à l'élaboration d'un cadre juridique destiné à encadrer son développement, tout en encourageant les investissements dans les infrastructures numériques.
«Une croissance à deux chiffres repose avant tout sur les gains de productivité. Et aujourd'hui, l'intelligence artificielle est l'un des outils les plus efficaces pour y parvenir. Mais ces infrastructures sont coûteuses. L'État doit les considérer comme des infrastructures stratégiques, les financer et les mettre à la disposition des entreprises afin qu'elles puissent moderniser leurs processus, mieux exploiter leurs données et leurs ressources humaines», explique Hô Duc Thang, directeur de l'Institut des technologies numériques et de la transformation numérique nationale.
Avec une croissance de 8,18% au premier semestre 2026, son meilleur résultat depuis seize ans, le Vietnam affiche une dynamique solide. Mais pour franchir un nouveau cap, les économistes estiment que la stabilité macroéconomique ne suffira plus. La réussite dépendra désormais de la capacité des réformes à renforcer durablement la compétitivité des entreprises, afin qu'elles puissent renforcer leur position dans les chaînes de valeur mondiales.
