Baptisée «Itinéraires touristiques patrimoniaux dans la ville de Hanoï», cette plateforme a été officiellement lancée dimanche 18 octobre, à la maison communale de Kim Ngân, dans le Vieux Quartier de la capitale.
Fruit d’une coopération franco-vietnamienne et financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères dans le cadre du dispositif Équipe France, le projet entend rapprocher la recherche scientifique du grand public. Présente à la cérémonie de lancement, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, en souligne la portée.
«C'est un projet emblématique de notre coopération dans le domaine de la conservation du patrimoine, qui est évidemment essentiel. Son ambition est de valoriser le patrimoine historique de Hanoï en proposant des itinéraires qui mettent à l'honneur des bâtiments anciens qui sont symboliques du folklore de Hanoï.»
Concrètement, cette plateforme est le fruit de près de deux ans de recherches sur le terrain. Chercheurs, experts, enseignants et étudiants ont recensé plus d’une centaine de sites patrimoniaux dans la capitale. Vingt-huit ont finalement été sélectionnés pour leur valeur historique et leur caractère représentatif.
Les visiteurs peuvent désormais explorer quatre itinéraires thématiques : les quatre temples gardiens de Thang Long, le culte de la Déesse Mère, les maisons communales dédiées aux fondateurs des métiers artisanaux traditionnels et les pagodes de Hanoï. Pour chaque site, une véritable mine d’informations est disponible: descriptions scientifiques, photographies, vidéos, documents historiques et relevés architecturaux.
Le tout en vietnamien, en français et en anglais. Et nul besoin de télécharger une application: sur place, il suffit de scanner un code QR suffit pour accéder aux ressources. Derrière cette innovation numérique se dessine un objectif plus large : faire du patrimoine un élément vivant du quotidien, un support d’éducation culturelle et un levier de développement touristique.
Pour Pham Tuân Long, directeur du Service de la culture, des sports et du tourisme de Hanoï, la préservation passe avant tout par une meilleure connaissance de cet héritage collectif:
«Le patrimoine d'Hanoï est présent dans chaque maison communale, temple, pagode, rue et pratique culturelle, préservé par la communauté depuis des générations. Chaque site historique renferme une part de la mémoire de la ville, intimement liée à la vie, aux croyances et aux moyens de subsistance de ses habitants. La préservation du patrimoine doit aller de pair avec la sensibilisation du public à ces valeurs. C'est pourquoi Hanoï s'attache à lier les efforts de préservation à l'éducation patrimoniale, au développement du tourisme culturel et à l'utilisation des technologies pour enrichir l'expérience des résidents et des touristes.»
Car connaître le patrimoine, c’est aussi mieux le protéger. Dans une capitale en pleine mutation urbaine, où certains édifices et lieux de mémoire restent encore insuffisamment documentés, l’urgence est bien réelle. Éléonore Caroit a rappelé l’importance d’agir sans attendre avant qu’il ne soit trop tard.
«Hanoï se transforme vite. La densification du tissu urbain s'est pesée sur son patrimoine des menaces qui sont réelles. Et à cela s'ajoute un autre défi. Une immense partie du patrimoine monumental de la ville n'avait jamais été répertoriée. Or, on ne protège bien que ce que l'on connaît. L'écrivaine française Marguerite Duras écrivait dans l'un de ses romans ‘Très vite dans ma vie, il a été trop tard’ Et ce trop tard peut venir aussi pour un bâtiment ancien, pour une rue, pour une mémoire. Il faut évidemment les préserver. Et c'est pourquoi il fallait agir sans attendre. Il fallait recenser, documenter et évidemment partager»
Cette démarche de transmission s’appuie également sur la mobilisation des jeunes. Une centaine d’étudiants, une quarantaine d’experts et une vingtaine d’enseignants ont contribué à ce travail d’inventaire et de documentation. Pour les étudiants, cette participation représente bien plus qu’un exercice universitaire: c’est une occasion de confronter leurs connaissances à la réalité du terrain.
Hoàng Anh Tuấn, recteur de l’Université des sciences sociales et humaines de Hanoï, relevant de l’Université nationale du Vietnam, insiste sur les bénéfices de cette expérience:
«Le projet crée également un environnement d'apprentissage pratique pour les étudiants. En participant à des enquêtes, en vérifiant des documents et en rédigeant des contenus de présentation des sites, les étudiants appliquent leurs connaissances, perfectionnent leurs compétences en recherche et améliorent leurs aptitudes à la communication. Cette expérience leur permet de mieux appréhender les responsabilités des professionnels du patrimoine et les exigences du marché du travail après l'obtention de leur diplôme»
Et qu’en pensent les principaux intéressés? Pour les jeunes visiteurs, la plateforme promet une découverte plus accessible, plus interactive et plus immersive du patrimoine de leur ville.
«Étudiante en sciences culturelles, je m'intéresse beaucoup au patrimoine, notamment à Hanoï, où j'étudie. Il y a des endroits très éloignés que je n'ai pas encore eu le temps ni l'occasion de visiter. Je suis ravie du lancement de cette plateforme numérique.»
«En scannant le QR code pour y accéder, j'ai trouvé la plateforme très intuitive et dynamique. J'ai pu facilement accéder aux informations et les consulter. Outre la partie visuelle, la partie audio m'a permis d'appréhender pleinement le contenu.»
«Je suis assez intéressé par l'histoire, donc lorsque j'ai découvert cette plateforme numérique, je l'ai trouvée assez utile car elle ne nécessitait que des étapes simples comme scanner le code et cliquer sur quelques clics pour en savoir plus»
Pour la docteure Nguyên Thi Hiêp, experte technique internationale en promotion du patrimoine et en développement touristique, la plateforme a vocation à dépasser les frontières de la capitale.
«Il ne s'agit pas simplement d'un itinéraire touristique, mais d'un outil polyvalent, une plateforme numérique que chaque province peut utiliser et mettre à jour régulièrement sous forme de carte culturelle.»
Une première étape est donc franchie. Fort de cette expérience dans la capitale, le projet pourrait s’inscrire dans un programme pluriannuel à l’échelle nationale, avec un déploiement progressif, province par province, à l’horizon 2030. L’ambition est claire: faire du numérique un allié de la préservation, de l’éducation et du tourisme durable. Derrière chaque temple, chaque pagode, chaque maison communale et chaque rue ancienne se cache une histoire. Désormais, à Hanoï, un simple geste sur son smartphone suffit pour en percer les secrets. Alors, laissez-vous guider et partez à la découverte de la capitale vietnamienne, qui se pare en ce moment de ses plus beaux atours automnaux.
