Des enfants au visage peint aux couleurs de l'Europe, des parents au micro d'un karaoké, des étudiants qui font la queue pour un tampon… Le principe est simple: à l'entrée, chacun reçoit son «passeport des langues». Chaque atelier est une escale, chaque escale un tampon, et les passeports remplis participent au tirage au sort de la clôture.

Au Vietnam, cette fête perpétue une tradition lancée par le Conseil de l'Europe pour montrer que la diversité linguistique n'est pas un obstacle, mais une richesse. Et depuis de nombreuses années, c'est le Goethe-Institut de Hanoï qui accueille l'événement.

«Le Goethe-Institut se trouve au cœur de Hanoï, et nous aimons inviter tout le monde. Il ne s'agit pas seulement de la langue et de la culture allemandes, mais aussi des langues et des cultures européennes. Nous voulons être ouverts à toutes les langues et à toutes les cultures», partage Sabine Wilmes, directrice par intérim du Goethe-Institut.

Pour cette édition, les organisateurs ont revu la formule. En amont, ils ont interrogé le public sur ses attentes. Objectif: que les familles, et même ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans une école de langues, repartent avec un passeport bien rempli.

«Cette année, nous avons davantage pensé aux familles. Pendant que les parents chantent au karaoké autour de l'Europe, les enfants se font peindre sur le visage des drapeaux ou des motifs européens», dit Dr Mara Ruth Wesemüller, responsable en chef de l'organisation.

Autres escales sur le passeport: un grand speak dating avec les onze partenaires, un défi de mots multilingue, des mini-cours d'initiation, et une conférence autour d'une question que se posent beaucoup de parents: pourquoi apprendre une langue étrangère dès le plus jeune âge? Autre nouveauté: une escale en langue des signes vietnamienne, pour relier les langues européennes, la langue vietnamienne et une approche plus inclusive.

Côté francophone, la Délégation Wallonie-Bruxelles était du voyage. Elle vient de fêter son 30e anniversaire au Vietnam, et pour son délégué, Pierre Du Ville, la langue a toujours été au cœur de cette relation.

«À l'origine, c'était vraiment la base même de notre coopération. C'était une coopération culturelle. Ça nous a appris à mieux nous connaître, à créer une relation de confiance. Le fait que la Belgique francophone soit membre à part entière de la Francophonie, tout comme le Vietnam, nous a rapprochés naturellement pour faire la promotion de la langue, mais pas simplement d'un point de vue linguistique: également toutes les valeurs et la culture qui vont avec», confie-t-il.

Mais en 2026, une question s'impose: l'intelligence artificielle pourrait-elle remplir ce passeport à notre place? Un atelier était d'ailleurs réservé aux enseignants de langues, sur l'IA en classe. Pour la directrice du Goethe-Institut, l'IA aide les débutants et fait gagner du temps aux enseignants, mais elle a ses limites.

«Si vous voulez apprendre une langue uniquement avec l'IA, ce sera difficile. Quand on parle avec l'autre, il y a beaucoup de petites choses: des gestes, des mots particuliers, notre façon de nous adresser les uns aux autres. Ce sont des éléments culturels. Vous pouvez apprendre le vocabulaire et la grammaire avec l'IA, mais apprendre une langue, c'est beaucoup plus que cela», indique-t-elle.

Même prudence chez Pierre Du Ville:

«Comme toutes les nouvelles technologies, il faut avoir un regard à la fois progressif, c'est-à-dire ouvert, mais en gardant quand même certaines vigilances. Si c'est un outil utile qui vient renforcer la capacité humaine, il peut être bénéfique. Par contre, s'il vise à remplacer des métiers ou à les rendre obsolètes, là, on peut se poser la question de sa véritable utilité. Il ne faut pas avoir peur, mais il faut quand même rester prudent», déclare-t-il.

En fin d'après-midi, les passeports débordent de tampons. Mais le vrai voyage commence ensuite: apprendre la langue de l'autre, c'est aller à sa rencontre. Comme le résume la directrice du Goethe-Institut, plus on connaît l'autre, plus on se rapproche, et mieux on peut travailler et vivre ensemble, en paix.