VOVworld: L'AFD est présente au Vietnam depuis plus de trente ans. Quel regard portez-vous sur cette coopération et comment a-t-elle évolué?
Julien Seillan: Je voudrais d'abord rappeler que l'AFD au Vietnam, c'est plus de 30 ans de relations qui ont été tissées entre la France et le Vietnam autour de projets de coopération communs. Ces 30 ans, c'est aussi plus de 3 milliards d'euros qui ont été investis au cours de ces 30 dernières années, suivant les différentes phases de développement du pays, en fonction de ces besoins qui ont évolué durant trois décennies au cours de la trajectoire de développement impressionnante qu'a connue le pays. Ce que je voudrais dire sur le mandat de l'AFD au Vietnam, c'est que depuis 2015, 100% de nos projets, 100% de nos activités sont alignés sur l'Accord de Paris. Aujourd'hui, le Vietnam est à un moment charnière. J'ai parlé de ces 30 années de croissance impressionnantes. Un moment charnière parce que le Vietnam se fixe deux ambitions conjointes. La première, celle d'atteindre la neutralité carbone, le net zéro, en 2050. Et la seconde, c'est d'accéder en 2045 au statut de pays à revenus élevés. C'est pour ça que l'Agence française de développement souhaite accompagner le Vietnam.
VOVworld: Concrètement, comment l'AFD accompagne-t-elle le Vietnam pour atteindre ces objectifs? Quels sont aujourd'hui vos principaux axes d'intervention?
Julien Seillan: Alors comment nous le faisons? Nous le faisons suivant trois axes prioritaires.
Le premier, c'est l'accompagnement de la transition énergétique, de la décarbonation de l'économie. Parce que cette très forte croissance soutenue, qui crée de la richesse, est une croissance qui est très émissive, émissive en gaz à effet de serre. Et donc, nous travaillons dans ce domaine-là à mobiliser jusqu'à 500 millions d'euros d'investissement en faveur de la décarbonation de l'énergie. Je voudrais vous citer un exemple phare, qui est un projet que nous avons pu monter au format Team Europe, grâce à l'Union européenne qui a apporté des financements dans le cadre de la facilité énergie de l'Union européenne. C'est le projet de Bac Aï.
VOVworld: Pouvez-vous nous dire un peu plus sur ce projet?
Julien Seillan: Il s'agit d'un grand projet de barrage de pompage-turbinage qui va devenir finalement une sorte de grande pile électrique, réserve d'énergie pour le pays. On soutient la modernisation des infrastructures électriques, aussi en augmentant la capacité d'installation existante, comme c'est le cas pour le barrage de Hoa Binh, dans lequel on a pu augmenter la puissance de production, et la création de nouvelles infrastructures, comme c'est le cas pour le projet de Yaly.
Dans cette transition, on intervient aussi en faisant des lignes de crédit bancaire, en soutenant, en orientant les financements vers des projets à valeur environnementale qui contribuent à la décarbonation.
VOVworld: Et le deuxième axe prioritaire de l'AFD au Vietnam?
Julien Seillan: Le deuxième axe, c'est celui de la résilience des territoires. Le Vietnam est un pays avec une côte formidablement longue et terriblement exposée. C'est un territoire très exposé, que ce soit sur ses côtes ou à l'intérieur des terres, aux effets du changement climatique. On le voit à chaque saison au Vietnam: des sécheresses, des inondations, de l'érosion côtière. Et là, la France propose un accompagnement, un financement auprès de la moitié des provinces du pays pour installer des infrastructures résilientes aux effets du changement climatique. Et donc, ça permet à une ville d'avoir une rivière qui la traverse sans que cette rivière, en crue, vienne emporter les berges. Ça permet de protéger les productions de riz du delta du Mékong, par exemple, de la salinisation, parce que le delta est en subsidence, s'enfonce, le niveau de la mer augmente, l'eau saline remonte dans les productions et c'est désastreux pour la production agricole. Et donc, sur la période 2021-2025, ce sont plus de 300 millions d'euros que la France a investis dans l'adaptation des territoires au changement climatique. Tout ça, ça vient avec des assistances techniques, avec des experts qui viennent apporter au Vietnam des savoir-faire, des techniques, et ça aboutit, et c'est bien l'ambition, à un dialogue de politique publique. Nous réunissons d'ailleurs ces jours-ci toutes les provinces qui ont connu ces projets pour qu'elles puissent échanger entre elles sur les méthodes de travail, sur les manières de faire pour adapter leurs territoires à ces effets du changement climatique.
VOVworld: Outre la transition énergétique et la résilience des territoires, quels sont les autres domaines d'intervention que vous jugez prioritaires aujourd'hui?
Julien Seillan: Troisième sujet, et c'est d'actualité, vous le voyez ici avec l'affiche qui est derrière moi: la décarbonation des transports. Le transport est un secteur extrêmement émissif et, grâce à l'Union européenne, qui nous a dédié la gestion d'une facilité de 40 millions d'euros pour la décarbonation des transports, nous développons des projets en faveur du transfert du transport vers des modes de transport décarbonés. Évidemment, c'est au format Team Europe que nous travaillons. L'exemple que vous voyez derrière moi, celui du métro d'Hanoï, a pu être réalisé et nous travaillons avec plusieurs banques, la KfW et la Banque européenne d'investissement, pour encourager le développement de modalités de transport décarbonées.
Aujourd'hui, on est en train de travailler sur l'éventualité d'une prolongation de cette ligne de métro numéro 3, mais aussi sur d'autres projets d'importance d'organisation urbaine à Hanoï, avec l'aménagement urbain autour des stations de métro.
Et on est en train d'investiguer, avec le ministère vietnamien de la Construction, le besoin qu'ils nous ont exprimé d'être accompagnés sur la réhabilitation du pont de Long Biên, cet objet d'architecture symbolique qui est au cœur de la ville, qui est aussi un symbole de la relation entre la France et le Vietnam et qui pourrait faire l'objet d'un financement et d'une réhabilitation.
VOVworld: Au-delà du financement des projets, qu'est-ce qui fait, selon vous, la spécificité de l'Agence française de développement dans son partenariat avec le Vietnam?
Julien Seillan: Au Vietnam, on apporte de la compétence, on apporte de l'expertise, en plus des prêts, et c'est bien cela qui nourrit la relation. C'est en cela que l'Agence française de développement nourrit la relation entre la France et le Vietnam.
Nous favorisons dans ce cadre-là la circulation des expertises, la circulation des savoirs, la connaissance aussi de l'écosystème des entreprises privées européennes et françaises qui sont en situation de pouvoir apporter des savoir-faire, des expertises, des compétences que le Vietnam recherche aujourd'hui dans sa formidable transformation.
VOVworld: Merci, Monsieur Julien Seillan, d'avoir répondu aux questions de La Voix du Vietnam.
