À l’occasion de la fin de son mandat au Vietnam, l’ambassadeur de France, Olivier Brochet, revient sur les temps forts de ces trois années et sur les nouvelles perspectives du Partenariat stratégique global franco-vietnamien.

VOVWorld: Monsieur l’ambassadeur, quel bilan tirez-vous de ces trois années, marquées notamment par l’élévation des relations franco-vietnamiennes au rang de Partenariat stratégique global?

Olivier Brochet: Les trois années qui viennent de s'écouler sont trois années particulièrement intenses dans la relation bilatérale. Le meilleur symbole, à la fois de la qualité et de l’intensité de ces relations, ce sont les échanges au plus haut niveau qui se sont établis entre le secrétaire général et président Tô Lâm, et le président Emmanuel Macron. Ils se sont rencontrés une première fois en octobre 2024, quelques semaines après l’arrivée au pouvoir de Monsieur Tô Lâm au Vietnam. Ils se sont ensuite retrouvés en mai 2025, à l’occasion de la visite d’État du président Macron, une visite à la fois historique et particulièrement réussie. Et ils se retrouvent une troisième fois en moins de deux ans, à Paris, du 9 au 11 septembre, à l’occasion du Sommet sur l’espace, auquel Monsieur Tô Lâm a décidé de participer, ainsi que pour une visite officielle en France. Je n’oublie pas non plus, au cours de ces trois années, la visite très importante de l’ancien Premier ministre Pham Minh Chinh en France, à l’occasion du Sommet des Nations unies sur les océans, ainsi que pour une visite bilatérale. Et ici, au Vietnam, je pense à une autre visite, symbolique mais extrêmement importante: celle du ministre des Armées Sébastien Lecornu, à l’occasion du 70e anniversaire de Diên Biên Phu. Cette visite a illustré la profondeur de l’amitié entre nos deux pays et notre capacité à regarder ensemble le passé pour mieux construire notre avenir commun.

Ce que je retiens surtout, c’est qu’en trois ans, nous avons non seulement renforcé et élargi notre coopération dans tous les domaines, mais surtout consolidé la confiance entre nos deux pays et entre nos dirigeants. Cette confiance nous donne une envie encore plus forte de travailler ensemble pour l’avenir, dans l’intérêt de chacun de nos pays, mais aussi, nous le pensons, dans l’intérêt de la paix, de la stabilité et du développement dans le monde. C’est donc pour moi une grande satisfaction de pouvoir faire ce constat au terme de ces trois années.

VOVWorld: Quels sont les projets les plus emblématiques de la diversification de notre coopération?

Olivier Brochet: Je pourrais multiplier les exemples, je n'en prendrai que quelques-uns.

La santé est un domaine traditionnel et particulièrement important de la coopération entre nos deux pays. Les besoins de la population vietnamienne offrent aujourd’hui la possibilité non seulement d’accroître les exportations de produits pharmaceutiques français vers le Vietnam, mais aussi de développer de nouvelles coopérations permettant au Vietnam de renforcer son autonomie et de maîtriser de nouvelles technologies. Un exemple particulièrement marquant est le partenariat entre VNVC et Sanofi pour la construction d’une très grande usine de production de vaccins à Hô Chi Minh-Ville. À terme, cette usine permettra de produire au Vietnam des vaccins de très haute qualité, afin de répondre aux besoins en matière de prévention de plusieurs maladies, notamment les maladies infantiles, et ainsi de mieux protéger les jeunes générations vietnamiennes.

Le deuxième exemple concerne le secteur des transports. Là encore, nous avons une longue tradition de coopération, dont l’aéronautique est sans doute la meilleure illustration. Airbus fournit depuis longtemps la grande majorité des avions utilisés au Vietnam. Mais au-delà de la fourniture d’appareils, un véritable partenariat s’est développé dans le secteur aéronautique, permettant notamment de former de nombreux ingénieurs vietnamiens. Ces ingénieurs sont aujourd’hui capables d’assurer la maintenance de ces appareils et, à l’avenir, nous en sommes convaincus, ils pourront également travailler avec Airbus au développement d’usines au Vietnam, qui pourront s’intégrer pleinement dans la chaîne de valeur.

Il y a toutefois un autre secteur qui connaît aujourd’hui un véritable essor: c’est le transport ferroviaire. Depuis un an, avec la SNCF, avec le soutien de l’Agence française de développement, ainsi qu’avec Alstom, nous nous attachons à montrer à nos partenaires vietnamiens ce que nous pouvons leur apporter, non seulement en matière de technologies, mais surtout en termes de maîtrise de ces technologies et de transfert de savoir-faire. Nous avons notamment organisé des missions au Maroc, qui ont suscité beaucoup d’intérêt de la part de nos partenaires vietnamiens. La France y a accompagné le développement, avec les Marocains, d’un système de TGV qui fonctionne aujourd’hui extrêmement bien. Il s’agit du premier TGV d’Afrique, désormais entièrement exploité et géré par les Marocains.

Le dernier exemple concerne évidemment le développement de l’énergie décarbonée. Les entreprises françaises déjà présentes au Vietnam, qui entretiennent des relations étroites et de confiance avec leurs partenaires vietnamiens, sont désireuses d'intensifier leur coopération sur des projets d'énergie renouvelable (éolien, solaire, hydraulique) mais aussi sur de nouveaux sujets. L'an dernier, lors de sa venue au Vietnam, le président Emmanuel Macron a proposé au Vietnam de travailler ensemble sur le secteur du nucléaire. À l'occasion des rencontres qui se tiendront à Paris, les discussions se poursuivront pour déterminer si nos deux pays peuvent, à l'avenir, engager une coopération plus intensive dans ce domaine, dans l'intérêt du Vietnam bien entendu.

VOVWorld: Quelles perspectives pour la coopération scientifique, universitaire et les échanges entre les jeunes générations?

Olivier Brochet: Depuis 40 ans, les échanges humains, et notamment la formation des jeunes générations, constituent l’un des principaux piliers du partenariat bilatéral. Au cours des 30 dernières années, quelque 150.000 à 200.000 jeunes Vietnamiens sont venus étudier en France. Aujourd’hui, ils sont entre 6.000 et 7.000 à y poursuivre leurs études, mais nous souhaitons naturellement pouvoir en accueillir davantage.

Parallèlement, nous avons développé au Vietnam des coopérations universitaires particulièrement ambitieuses, à travers trois campus franco-vietnamiens.

L’Université des sciences et technologies de Hanoï est aujourd’hui celle qui retient le plus notre attention, notamment en raison de son dynamisme. Le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter et devrait bientôt dépasser les 5.000. Son développement va se poursuivre, notamment avec le projet de rejoindre le campus de Hòa Lac, qui permettra de disposer d’infrastructures beaucoup plus importantes.

Le Centre franco-vietnamien de gestion, le CFVG, présent à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville, poursuit également son développement dans le domaine de la gestion et de la formation des cadres. À l’avenir, il a vocation à accueillir davantage d’étudiants et surtout à diversifier son offre de formation pour mieux répondre aux besoins du Vietnam contemporain. Il pourrait également s’étendre à d’autres régions, notamment avec l’ouverture envisagée d’une antenne à Da Nang.

Enfin, le troisième dispositif, un peu différent mais tout aussi important, est le Programme de formation des ingénieurs d’excellence. Il repose sur un partenariat entre des consortiums réunissant les meilleures universités et grandes écoles françaises et les universités polytechniques de Hanoï, de Da Nang et de Hô Chi Minh-Ville. Il permet aux étudiants, tout en suivant leur formation au Vietnam, d’obtenir un diplôme d’ingénieur français.

VOVWorld: Comment le Partenariat stratégique global peut-il renforcer notre coopération sur les grands enjeux internationaux ?

Olivier Brochet: Déjà, ça doit nous amener à avoir davantage d'échanges dans les enceintes internationales pour trouver des points de convergence et des points d'entraînement de nos partenaires. Il y a énormément de sujets sur lesquels nous pouvons travailler.

On l'a vu par exemple dans le courant de l'année passée, lorsque le Vietnam a présidé la conférence de suivi du traité de non-prolifération, au cours de laquelle nous avons eu une très bonne collaboration avec la présidence vietnamienne pour l'aider à trouver des compromis.

Deuxième exemple, c'est évidemment la situation régionale. La stabilité en mer Orientale. La France réaffirme régulièrement l'importance du droit maritime international et de la liberté de circulation dans cette zone maritime. Nous avons chaque année au moins une escale d'une frégate française qui vient justement dans la région pour participer à cette libre circulation.

Troisième exemple, la crise au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Hormuz. C'est évidemment un sujet majeur de préoccupation pour le monde entier, pour nos pays, pour l'ASEAN et l'Union Européenne. La France, avec l'Angleterre, a pris des initiatives et continue de chercher une solution pour garantir la libre circulation dans le détroit d'Hormuz. Nous n'y sommes pas, la situation reste compliquée, mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Et le soutien apporté par le Vietnam, par les pays de l'ASEAN, à nos efforts pour travailler dans ce domaine-là est particulièrement bienvenu.

VOVWorld: Parmi les grands moments de votre mandat, y en a-t-il un qui symbolise particulièrement, à vos yeux, l'évolution de la relation franco-vietnamienne et ce que vous souhaitez en retenir pour l'avenir ?

Olivier Brochet: Je partirai évidemment avec en mémoire les grands moments qui ont marqué la relation bilatérale. Parmi eux, la visite à Diên Biên Phu a été particulièrement marquante pour moi. Elle l’a été non seulement parce que notre ministre des Armées était présent, mais aussi par l’émotion qu’elle a suscitée. Je garderai toujours en mémoire l’image de ces trois soldats vétérans de l’armée française, âgés de plus de 90 ans, soutenus par de jeunes soldats vietnamiens sous le soleil de Diên Biên Phu. Ils étaient à la fois venus rendre hommage à leurs camarades tombés ici, lorsqu’ils avaient une vingtaine d’années et combattaient parce que la France leur avait demandé de le faire, et profondément heureux de découvrir ce qu’était devenu le Vietnam et de voir sa jeunesse. C’est certainement l’un des souvenirs qui restera le plus profondément gravé dans ma mémoire.

Je partirai donc avec beaucoup de gratitude envers le Vietnam et les Vietnamiens, mais aussi avec une immense confiance dans l’avenir de notre relation. Je suis convaincu que nos deux pays ont encore de très belles pages d’histoire à écrire ensemble, côte à côte, dans le respect de leurs intérêts respectifs, mais aussi au-delà. Notre histoire est tellement forte et particulière qu’elle nous donne la capacité d’être imaginatifs et de continuer à être force de proposition.

VOVWorld: Merci, Monsieur l’ambassadeur!