Pour cette édition 2026, huit équipes venues de facultés de médecine et d’universités vietnamiennes se sont affrontées pendant plusieurs semaines, avant que quatre d’entre elles n’accèdent à la finale organisée fin mai dernier à l’Université de médecine de Hanoï.
Cette année, le concours, organisé par le Club francophone de l’université, s’articulait autour du thème “La boîte de Pandore”, et des bouleversements provoqués par les nouvelles technologies dans le domaine médical.
Pour Dang Gia Phong, président du Club francophone de l’Université de médecine de Hanoï et organisateur du concours, l’objectif dépassait largement l’apprentissage de la langue.
«Avec le thème ‘La boîte de Pandore’, les organisateurs voulaient surtout créer un espace d’échange pour les jeunes: un lieu où l’on peut débattre, confronter ses idées et apprendre les uns des autres. Au-delà de la compétition, l’idée est aussi de développer l’esprit critique face aux grands défis de notre époque, tout en encourageant les participants à défendre leurs valeurs et leur sens des responsabilités», nous a-t-il dit.
Dans l’amphithéâtre, les débats se sont déroulés entièrement en français.
Et parmi les membres du jury cette année: Éric Soulier, conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Vietnam et directeur de l’Institut français du Vietnam. Pour lui, le niveau des étudiants était tout à fait remarquable.
«Je suis vraiment impressionné par la qualité de l’expression orale en français et la capacité à réfléchir sur des sujets complexes. Il faut avoir à la fois une connaissance de fond, puisqu’on parle de médecine, mais aussi réfléchir à des questions sociales et éthiques liées à la société vietnamienne et à sa place face à la modernisation du monde”, nous a-t-il confié.
Le fait est que derrière les questions médicales se cachent souvent des débats de société... Lors de la finale, certains étudiants ont par exemple discuté du traitement de la ménopause ou encore du don d’organes. Des sujets sensibles qui ont obligé les participants à réfléchir au rapport entre modernité, traditions et évolution de la société vietnamienne.
«La dernière question sur le don d’organes était extrêmement intéressante. Ça montre toute la profondeur et la capacité à réfléchir sur des projets sociétaux, au-delà de la médecine. Honnêtement, je suis absolument épaté par la qualité des débats et leur fluidité de ceux-ci. Bravo aux étudiantes et aux étudiants», a ajouté Eric Soulier.
Pour les étudiants, cette expérience aura été bien plus qu’un simple concours d’éloquence. C’est l'équipe "L'Espérence" de l’Université de médecine de Hanoï qui a remporté cette édition 2026 au terme de plusieurs semaines de préparation. Mais au-delà de la victoire, ses membres retiennent surtout les débats autour de l’intelligence artificielle et de l’éthique médicale. C’est par exemple le cas de Nguyên Thi Phuong Huyên
«Cette expérience nous a permis de développer un regard plus nuancé sur les défis que soulèvent l’intelligence artificielle et l’éthique médicale. Elle nous a appris qu’en médecine, les avancées technologiques doivent toujours être accompagnées d’une réflexion humaine et éthique», nous explique-t-elle.
Du côté de l’équipe de l’Université de médecine et de pharmacie de Huê, cette expérience aura été profondément marquante. Huynh Thai Minh Thi, elle, retient avant tout les échanges humains et intellectuels vécus tout au long de la compétition.
«La préparation des débats m’a permis de développer mon esprit critique, d’écouter des points de vue différents et de mieux comprendre les responsabilités qui nous attendent en tant que futurs médecins. Et je pense que ce concours ne nous aide pas seulement à améliorer notre français et nos compétences en argumentation, mais qu’il nous offre aussi l’occasion de rencontrer des étudiants venus de différentes facultés de médecine. Grâce aux échanges et au travail en équipe, nous apprenons à respecter la diversité des opinions, à élargir nos relations et à tisser des liens humains très précieux», nous confie-t-elle.
Au Vietnam, le français conserve une place particulière dans les études de médecine, héritage d’une longue coopération universitaire entre les deux pays. Mais aujourd’hui, cette langue devient aussi un outil d’ouverture internationale, comme nous le rappelle. Éric Soulier.
«Le français a ici un usage direct. Il permet la mobilité, les échanges universitaires, la possibilité de faire des stages, d’aller en France ou d’accueillir des professeurs français au Vietnam. Cette langue permet surtout de s’ouvrir au monde et à des modes de pensée différents», note-t-il.
Dans un monde médical de plus en plus globalisé, ces étudiants voient donc le français non seulement comme une langue académique, mais aussi comme une passerelle vers la recherche, les échanges internationaux et les grands débats de société de demain.
