Le bruit du marteau et du burin résonne dans l’atelier de gravure sur argent de Dinh Van Cân et Dang Thi My Trâm, au village de Bàu Truc. Sous le porche de la maison, avec pour seuls outils un marteau et un burin, leur fille unique, Kinh Thi Mông Ngung, donne forme à de délicates pièces en argent, ornées de motifs finement gravés.
“Ce métier demande beaucoup de patience et de persévérance. L’étape la plus délicate consiste à graver le bord du plateau à bétel. Ma mère maîtrise toutes les étapes de fabrication tandis que mon père se charge surtout de l’assemblage et de la finition. Nous espérons qu’un jour nos enfants reprendront le métier, car sans relève, cette tradition risque de disparaître”, nous confie Mông Ngung.
Autrefois, les objets utilisés lors des cérémonies cham étaient fabriqués entièrement en argent pur. Mais avec la hausse du prix de ce métal, de nombreux artisans utilisent aujourd’hui l’aluminium ou le cuivre, des matériaux plus abordables. Malgré ce changement, les motifs traditionnels et les valeurs culturelles cham restent présents sur chaque objet.
L’étape la plus difficile est la gravure des motifs car elle requiert une concentration absolue et une grande précision pour donner vie à des motifs de dragons, de phénix, de fleurs stylisées ou à d’autres symboles emblématiques de la culture cham. Les artisans réalisent notamment des plateaux et des boîtes à bétel, des crachoirs ou encore des plateaux d’offrandes, autant d’objets utilisés lors des fêtes de Katê et de Ramuwan, des cérémonies du Nouvel An ou des mariages traditionnels, comme l’indique Dàng Thi My Trâm.
“C’est mon père qui nous a transmis ce métier. Nos produits sont vendus dans la région mais aussi dans d’autres provinces. Grâce à cet artisanat, nous avons pu élever nos neuf enfants et les envoyer à l’école”, dit-elle.
Grâce à la finesse de leur travail, les créations de la famille de Dinh Van Cân sont appréciées non seulement à Khanh Hoa mais aussi dans d’autres provinces, comme Lâm Dông, Dông Nai, Tây Ninh et à Hô Chi Minh-Ville. Alors que l’art traditionnel de la gravure sur argent des Cham se fait de plus en plus rare, les efforts de la famille pour préserver ce métier jouent un rôle crucial dans la sauvegarde d’un précieux patrimoine culturel, comme l’a souligné Ba Minh Truyên, un responsable du Musée de Khanh Hoa.
“Pour les Cham, les objets gravés en argent occupent une place particulière. Les plateaux et boîtes à bétel, ainsi que les brûle-parfums, sont conservés avec soin et ne sont utilisés que lors des cérémonies religieuses. Ils servent à présenter les offrandes destinées aux ancêtres et aux divinités, et symbolisent le respect et la gratitude que les Cham leur témoignent”, explique-t-il.
La commune de Ninh Phuoc est connue pour ses deux villages d’artisanat traditionnel: Bàu Truc, célèbre pour sa poterie, et My Nghiêp, réputé pour son tissage de brocatelle. Plus discrète, la gravure sur argent des Cham, également pratiquée à Bàu Truc, reste encore méconnue. Aujourd’hui, les autorités locales souhaitent préserver cet artisanat et le mettre en valeur aux côtés de la poterie et de la brocatelle dans le cadre du développement du tourisme communautaire, comme l’explique Dàng Chi Quyêt, secrétaire du comité du Parti du village de Bàu Truc.
“Nous espérons que les autorités locales apporteront leur soutien à la formation des jeunes et faciliteront les démarches pour que Monsieur Cân et Mme Trâm obtiennent le titre d’Artisans émérites. Une telle reconnaissance serait une source d’encouragement pour le couple et l’aiderait à transmettre ce savoir-faire ancestral aux générations futures”, estime-t-il.
Dans le village de Bàu Truc, la gravure sur argent demeure ainsi un précieux héritage culturel vivant, dont la préservation et la valorisation constituent aujourd’hui un véritable enjeu.
