Situé à une douzaine de kilomètres de Phan Rang - Thap Chàm, le village de My Nghiêp se distingue par la préservation des techniques traditionnelles de tissage artisanal. Chaque jour, les tisserandes travaillent sur leurs métiers à tisser en bois et font glisser la navette avec précision pour créer des pièces aux motifs typiquement cham. Vêtements, foulards, ceintures, objets du quotidien, mais aussi articles destinés aux cérémonies religieuses, aux fêtes et aux mariages sont ainsi réalisés à la main. Autrefois principalement décliné en noir et blanc, le brocart cham se pare aujourd’hui de couleurs plus variées, donnant naissance à des créations aux motifs et aux nuances plus riches, comme nous l’explique Luu Thi Em, elle-même tisserande à My Nghiêp.

“Les artisanes travaillent tous les jours, en y consacrant leur temps libre. Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui, les Cham ne commandent plus beaucoup ce genre d’articles. Les touristes, en revanche, en raffolent, et c’est surtout sur eux que l’on compte”, nous dit-elle.

Les motifs des étoffes de My Nghiêp sont souvent inspirés de symboles anciens de la culture cham, comme le génie de la lampe, le dieu Shiva ou encore le dragon céleste. Mais le village conserve également une trentaine de motifs traditionnels, représentant notamment des losanges, des lianes, des fleurs d’abricotier ou des fleurs à quatre pétales. Ces éléments sont ensuite stylisés en motifs géométriques aux lignes souples et harmonieuses. Cela étant, certaines artisanes recherchent aussi d’anciens motifs afin de les restaurer, de les étudier et de les transmettre aux générations futures. C’est par exemple ce que fait Lâm Thi Minh, une autre tisserande de My Nghiêp.

“Certaines artisanes ont réussi à retrouver et à restaurer des motifs anciens, aujourd’hui presque oubliés. Ils sont notamment utilisés pour confectionner des ceintures traditionnelles. Mais ce savoir-faire est aujourd’hui menacé. La plupart des artisans qui le maîtrisent sont âgés, et ils ne sont plus que quelques-uns”, nous confie-t-elle.

Si dans le village, environ 400 foyers continuent de faire vivre ce métier ancestral, la coopérative de tissage cham de My Nghiêp compte quant à elle 70 membres engagés dans la production artisanale traditionnelle. Récemment, elle a été invitée à présenter son travail lors de la 6ᵉ Journée de la culture cham, comme nous le rappelle son directeur, Phu Van Ngoi.

“Pour cette Journée de la culture cham, nous avons choisi plusieurs artisanes expérimentées pour montrer aux visiteurs les différentes étapes de fabrication d’un produit. Ca a aussi été l’occasion de faire découvrir au public le savoir-faire traditionnel des Cham de Khanh Hoa”, nous dit-il.

Pour préserver et développer le tissage traditionnel, les artisanes s’emploient à renouveler leurs modèles afin de mieux répondre aux attentes du marché. Les autorités locales les accompagnent également dans leurs partenariats avec des entreprises de mode vietnamiennes et étrangères, afin de trouver de nouveaux débouchés et de mieux valoriser leurs produits.